David Desgouilles: «Éric Ciotti est le plus en phase avec la base idéologique des militants LR»

Par Léo Satgé LE FIGARO. 2 décembre 2021

Le candidat LR à la présidentielle 2022 sera annoncé samedi après-midi.
Le candidat LR à la présidentielle 2022 sera annoncé samedi après-midi. JOEL SAGET / AFP

FIGAROVOX/ENTRETIEN – Valérie Pécresse et Éric Ciotti se sont qualifiés, jeudi 2 décembre, pour le second tour du Congrès LR. Le député des Alpes-Maritimes a été récompensé pour sa fidélité au parti, laquelle a pu notamment faire défaut à Xavier Bertrand, explique David Desgouilles.

David Desgouilles est chroniqueur à Marianne. Il a publié Dérapage (éd. du Rocher, 2017) et Leurs guerres perdues, (éd. du Rocher, 2019).

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FIGAROVOX. – Que vous inspire le choix des adhérents LR pour ce second tour ?

David DESGOUILLES. – Quatre candidats en trois points seulement, c’est extrêmement partagé. Et il est vrai que, mis à part Philippe Juvin, donner un pronostic de ce premier tour relevait davantage d’un don de marabout que des compétences d’un expert de la droite. À partir de là, il me semble qu’Éric Ciotti est surtout récompensé par le fait qu’il n’a jamais vraiment quitté les militants puisque Xavier Bertrand et Valérie Pécresse l’avaient quitté et que Michel Barnier n’avait semble-t-il pas renouvelé son adhésion en 2019 et 2020. De plus, on peut considérer que le député des Alpes-Maritimes était bien plus en phase idéologiquement avec le cœur des militants LR.

Xavier Bertrand misait sur les débats pour parler au-delà du corps électoral du congrès, faisant comme s’il était déjà qualifié pour affronter Emmanuel Macron. Certains adhérents chevronnés ont pu être déroutés par cette tactique.David Desgouilles

Derrière lui, Valérie Pécresse a semble-t-il davantage mobilisé. Les nombreuses adhésions enregistrées en Ile-de-France sont sans doute un résultat de cette mobilisation.

Quelle est la motivation des adhérents en écartant Xavier Bertrand qui était le mieux placé dans les sondages pour représenter LR à la présidentielle ?

Xavier Bertrand, contrairement à Valérie Pécresse, était à l’origine opposé à toute compétition interne et il ne s’y est rallié qu’en traînant les pieds. Il misait sur les débats pour parler au-delà du corps électoral du congrès, faisant comme s’il était déjà qualifié pour affronter Emmanuel Macron. Certains adhérents chevronnés ont pu être déroutés par cette tactique. Sa meilleure position dans les sondages n’a donc pas pu compenser ces handicaps, qu’il s’était lui-même imposés. Le moment où Valérie Pécresse s’est inscrite en faux, lors du débat de mardi soir, face à la position favorable de Xavier Bertrand sur le mandat présidentiel unique, s’il n’a sans doute pas été décisif, me semble assez révélateur d’une meilleure compréhension des enjeux, et d’une campagne cohérente. J’ai beaucoup de mal à comprendre comment on peut défendre une telle limitation constitutionnelle de mandat dans le temps, alors que les circonstances s’en chargent très bien toutes seules comme les dix dernières années l’ont montré.

À l’issue des différents débats LR, peut-on dire que la droite a «réfléchi à un projet de société» comme le réclamait Maxime Tandonnet dans nos colonnes en août dernier ?

Malheureusement, je n’ai rien vu de tel. J’ai surtout vu des candidats qui débattaient de mesures techniques qui n’étaient pas du niveau d’un président de la République. À cet égard, le moment où, mardi soir, Valérie Pécresse et Michel Barnier se sont accrochés, c’était à propos d’une décision du conseil constitutionnel qui avait censuré une mesure visant les charges salariales en dessous de 1,6 Smic. L’ex-commissaire reprochait à la présidente de la région Ile-de-France de prendre le risque d’être à nouveau censurée ; elle s’inscrivait en faux. Cette controverse est du niveau d’un directeur juridique du ministère du travail.

À LIRE AUSSIMaxime Tandonnet: «Le débat d’idées serait-il redevenu une priorité chez LR ?»

À VOIR AUSSI – Carl Meeus: «La présence d’Éric Ciotti a peut-être empêché le départ d’adhérents vers Éric Zemmour»Carl Meeus: «La présence d’Éric Ciotti a peut-être empêché le départ d’adhérents vers Éric Zemmour»Play Video

En revanche, personne ne se pose la question de savoir pourquoi c’est au conseil constitutionnel de trancher ce genre de sujet. Elle est peut-être là, la question de projet de société, celle de la légitimité de certaines Cours à se substituer aux gouvernements et parlements. Or, à l’exception notable du sujet migratoire, les candidats à l’investiture LR n’ont fait qu’effleurer la question.

Et ce n’est pas qu’une question du calibre des candidats. Il y a cinq ans déjà, un ex-chef de l’État et deux anciens premiers ministres s’écharpaient sur les mêmes détails sans dessiner un projet de société. Seul Jean-Frédéric Poisson avait tenté d’en dessiner un. Mais on lui a vite fait comprendre qu’il était hors sujet, ses contradicteurs comme les journalistes qui animaient les débats.Certains candidats ont tenté de lancer des formules en les présentant comme des projets de société. Mais, in fine , on est plus proche du slogan publicitaire que du projet de société.

Certes, certains candidats ont tenté de lancer des formules en les présentant comme des projets de société : Xavier Bertrand avec sa «République des territoires», Michel Barnier avec son gouvernement «par le respect», ou Valérie Pécresse qui souhaite «remettre de l’ordre dans la rue comme dans les finances». Mais, in fine, on est plus proche du slogan publicitaire que du projet de société.

Ces débats nous ont-ils éclairés sur la façon dont la droite pouvait se distinguer à la fois d’Emmanuel Macron et d’Éric Zemmour/Marine Le Pen ?

Un seul a pu nous éclairer un peu, le troisième, sur CNews, animé par Laurence Ferrari et Sonia Mabrouk. C’est le seul où les candidats ont pu parler un peu entre eux, sans être sous le feu de questions d’une précision qui n’a pas lieu d’être. Mais, il en faut davantage pour sortir de l’antienne répétée par les cinq candidats en chœur pendant ces quelques semaines de campagne : «nous formons une équipe de France compétente». C’est un peu court pour susciter un élan.

Le système de Congrès a-t-il permis d’éviter les écueils inhérents aux primaires ?

En tout cas, il a été moins violent qu’il y a cinq ans entre les candidats. Mais est-ce dû au système de congrès par rapport à la primaire ouverte ? Ou est-ce plutôt dû à la personnalité des candidats qui avaient moins de contentieux que Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Fillon et Jean-François Copé ? J’ai plutôt tendance à pencher pour la seconde option. Même si je ne minimise pas que la possibilité que des électeurs de gauche aient pu voter en 2016 a pu participer à l’hystérisation de la primaire.


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