États-Unis: Donald Trump incarne l’opposition radicale et mûrit sa revanche

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Par Adrien Jaulmes. LE FIGARO. 3 décembre 2021

Après les semaines d’incertitude qui ont suivi l’assaut contre le Capitole, Trump est redevenu, depuis son acquittement, le 13 février 2021, par le Sénat, la figure dominante du Parti républicain. RACHEL MUMMEY/REUTERS

DÉCRYPTAGE – Les espoirs de certains dirigeants républicains de voir l’ancien président disparaître de la scène politique pour une raison ou pour une autre ont été déçus.

Trump s’est remis en campagne. Toujours privé de son compte Twitter, interdit de Facebook, l’ancien président a trouvé un nouveau moyen de s’adresser à son public grâce à ses courriels. Dans ces messages, envoyés plusieurs fois par jour au nom de son nouveau comité d’action, Sauver l’Amérique, il commente l’actualité, critique la politique de Biden, et distribue les blâmes aux républicains qui ont eu le malheur de lui déplaire.

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Particulièrement à l’aise dans ce rôle d’imprécateur, l’ancien président incarne une opposition radicale à Joe Biden. Son comité d’action politique lui permet aussi de lever des fonds, estimés à plus de 1 million de dollars par semaine. Contournant la suspension du compte de Trump, ce comité paie des publicités en son nom sur Facebook, et sollicite des dons au nom du «vrai président».

Trump fait aussi la promotion de son dernier livre: Our Journey Together («notre voyage ensemble»), épais album de photos qu’il a lui-même choisies et dont il a écrit les légendes. Le livre, où on le voit fréquemment aux côtés de dirigeants étrangers, permet aux lecteurs de «revivre les moments inoubliables de l’époque, où le président Trump était à la Maison-Blanche».

De façon plus classique, Trump a aussi repris ses entretiens avec les médias. Dans l’une de ses récentes interventions sur Fox News, il a accusé Biden de «détruire l’Amérique»«Nous avons un groupe de gens qui détruisent notre pays et peut-être le font-ils sciemment», a dit Trump.

Les espoirs de certains dirigeants républicains de voir l’ancien président disparaître de la scène politique pour une raison ou pour une autre ont été déçus. Après les semaines d’incertitude qui ont suivi l’assaut contre le Capitole, Trump est redevenu, depuis son acquittement, le 13 février 2021, par le Sénat, la figure dominante du Parti républicain.

Candidat non-officiel

S’il n’a pas officiellement annoncé sa candidature à l’élection présidentielle de 2024, laissant entendre qu’il pourrait le faire après les élections législatives de 2022, Trump s’est vanté des nombreuses visites qu’il recevait dans sa résidence de Mar-a-Lago, en Floride, d’élus républicains désireux de se présenter à ses côtés comme vice-président.

Dans un récent entretien à une télévision britannique où il répondait aux questions de Nigel Farage, Trump a presque reconnu qu’il ne pourrait pas faire autrement que se représenter: «Si vous aimez votre pays, vous n’avez pas le choix, la question ne se pose même pas.»

Aucun rival ne semble en mesure de lui disputer l’investiture républicaine. Depuis Mar-a-Lago, Trump règne sur le parti, distribuant ou retirant son soutien aux élus républicains en fonction de leur loyauté à sa personne. Liz Cheney, qui a voté sa destitution et dénonce le danger que fait peser Trump sur le parti, est frappée d’anathème. Trump a officiellement apporté son soutien à une candidate qui s’oppose à la réélection de Lisa Murkowski, la sénatrice républicaine de l’Alaska, qui avait appelé à sa démission. Mitch McConnell, qui fut le puissant chef du groupe républicain au Sénat, est traité par Trump de «vieux corbeau brisé», et accusé de collaborer avec les démocrates. Kevin McCarthy, le chef de la minorité républicaine à la chambre, est contesté par les élus trumpistes. Les timides tentatives d’autres figures républicaines, comme le chef de l’ancien gouverneur du New Jersey Chris Christie, pour que le parti «aille de l’avant» au lieu de se préoccuper du passé, sont rejetées catégoriquement par Trump. La thèse de l’élection présidentielle volée reste le test de loyauté pour les membres du Parti républicain.

Contre-attaque

Trump ne cherche même plus à nier l’insurrection du 6 janvier. Fidèle à sa méthode favorite, il contre-attaque en retournant contre ses accusateurs leurs arguments. Selon lui, la véritable atteinte portée à la démocratie ne l’a pas été le 6 janvier 2021, mais le 3 novembre 2020, quand l’élection lui a été volée par une fraude massive des démocrates.

Pourquoi n’enquêtent-ils pas sur les personnes et les États qui ont triché sur l’élection à l’origine de la manifestation du 6 janvier ?Donald Trump

Trump a refusé d’accéder aux demandes de la commission parlementaire chargée de l’enquête d’accéder aux archives de la Maison-Blanche le jour de l’insurrection. «Pourquoi n’enquêtent-ils pas sur les personnes et les États qui ont triché sur l’élection à l’origine de la manifestation du 6 janvier?», a lancé publiquement Trump dans l’un de ses courriels. «Les patriotes américains ne vont pas permettre que cette subversion de la justice se poursuive!»

La commission d’enquête parlementaire se heurte aussi au refus de témoigner de plusieurs anciens collaborateurs de Trump. En faisant traîner en longueur la procédure, les républicains espèrent reprendre la majorité à la Chambre en 2022, et mettre fin à cette commission. Le Congrès n’est pas le seul à enquêter sur Trump. L’ancien président fait aussi face à d’autres procédures pénales.

Le procureur de New York enquête sur des accusations de fraude fiscale à l’encontre de la société de Trump, la Trump Organization, et de son directeur financier, Allen Weisselberg.

En Géorgie, une autre procédure judiciaire a été ouverte sur les tentatives d’ingérence de Trump dans l’élection de 2020, notamment sur son appel téléphonique au secrétaire d’État républicain de l’État pour lui demander de modifier les résultats de l’élection présidentielle. Le procureur général du district de Columbia pourrait aussi inculper Trump pour avoir incité à la violence au cours de l’insurrection du 6 janvier.

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Trump rejette ces procédures comme faisant partie de la «chasse aux sorcières» lancée contre lui depuis son élection. Mais, ayant perdu l’immunité dont bénéficient les présidents en exercice, Trump pourrait voir une éventuelle inculpation affecter ses perspectives politiques futures.

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