Mathieu Bock-Côté: «La violence des “antifas” et la présidentielle»

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Par Mathieu Bock-CôtéPublié il y a 2 heures, mis à jour il y a 2 heures

Mathieu Bock-Côté. Collection personnelle

CHRONIQUE – Pour les «antifas», en dernière instance, toute forme de conservatisme revendiqué ou d’attachement véritable à la nation passe pour une forme de fascisme contre lequel les grands moyens sont autorisés.

La mouvance prétendument antifasciste, souvent qualifiée d’«antifa», entend perturber la prochaine élection présidentielle. Elle s’est notamment donné pour mission de harceler jusqu’à l’agression physique la campagne d’Éric Zemmour, pour l’empêcher de tenir ses rassemblements, ou dissuader ses militants et potentiels électeurs de s’y rendre. Les «antifas» exercent à leur manière une petite terreur contre leurs ennemis et s’autorisent contre eux un recours à la violence politique.

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À Marseille, ils se sont comportés comme de véritables voyous. Et ce dimanche, en région parisienne, ils entendent encore faire taire Zemmour, et promettent une rixe devant la salle qui l’accueillera. Certains proposent même de paralyser les transports publics pour empêcher les partisans du candidat de se présenter sur les lieux. Les «antifas» agressent, saccagent, insultent, et cela, dans une indifférence quasi générale, cachant bien mal, souvent, chez certains commentateurs, une satisfaction à peine dissimulée, comme si leurs victimes l’avaient bien cherché.

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Car on en trouve plusieurs, dans les médias, et même dans la classe politique, pour dire que leur violence, aussi regrettable soit-elle, est la conséquence des discours décrétés inacceptables tenus par ceux que le régime diversitaire assimilent à l’«extrême droite». Certains disent même clairement que tous les moyens sont légitimes, même s’ils ne sont pas également efficaces, pour lutter contre un candidat accusé de tenir un discours quasiment factieux. On ne les présente à peu près jamais dans le rôle de l’agresseur.

Imaginons, par effet de contraste, si des militants associés à la droite «radicale» expliquaient à la télévision qu’il peut être légitime de s’en prendre physiquement aux gauchistes ou aux «wokes» parce qu’ils mettent en péril la civilisation occidentale. Ils seraient immédiatement dénoncés par tous, et cela avec raison. Ajoutons que de tels militants ne se retrouvent pas, eux, sur les plateaux télé et sont condamnés aux marges les plus lointaines de la cité, dans des sectes inaudibles.

Ici encore pèse la logique du deux poids deux mesures, qui transforme trop souvent la démocratie en farce. Il suffit à la droite de ne pas être un décalque de la gauche pour être assimilée à l’extrême droite. Quant à la gauche, sa frange radicale peut frapper, et une partie de sa représentation officielle, dédramatiser ou théoriser la légitimité de ces violences, sans être jamais inquiétée.

À l’échelle de l’histoire moderne, les « antifas » contestent le monopole de la violence légitime censé caractériser l’État

Cette complaisance se dévoile d’ailleurs à travers la manière de prêter à cette extrême gauche violente la bannière de l’antifascisme. Pour les «antifas», en dernière instance, toute forme de conservatisme revendiqué ou d’attachement véritable à la nation passe pour une forme de fascisme contre lequel les grands moyens sont autorisés. Nous n’oublierons pas, écrivant cela, que la gauche, plus largement, a mobilisé la référence au fascisme au fil des dernières décennies pour désigner ceux qu’elle prenait pour des ennemis, de Gaulle étant le plus célèbre d’entre eux. Rien n’est plus bête que de prétendre que les adversaires des «antifas» sont des fascistes. Pourtant, cette bêtise, on l’entend souvent.

À l’échelle de l’histoire moderne, les «antifas» contestent le monopole de la violence légitime censé caractériser l’État. Ils réhabilitent les milices. Mais on peut croire, à certains égards, qu’ils exercent une violence déléguée inconsciemment par le régime diversitaire contre ceux qu’il diabolise. Voyons les choses lucidement: un système qui diabolise, qui fascise, qui extrême-droitise ses contradicteurs, au point même d’envisager des persécutions légales ou administratives à leur endroit, en appelle implicitement à la violence contre eux, il les désigne à la vindicte publique comme autant de canailles idéologiques qu’il faut punir. Dès lors, les «antifas» se présentent comme les supplétifs de l’idéologie dominante, qui tirent les conséquences de ses oukases et de ses condamnations à la peine de mort sociale. On pourrait aussi parler des barbouzes du régime diversitaire. Ce sont les spécialistes du sale travail.

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Le monde occidental n’a pas tiré la leçon de l’expérience totalitaire au XXe siècle. S’il s’entête à chercher partout la trace d’un fascisme pourtant enterré, ce dont tous se réjouissent, il n’a toujours pas compris l’autre versant du totalitarisme. Les milices d’extrême gauche nous rappellent que le totalitarisme porte aussi un drapeau rouge et qu’il parvient à s’inscrire au cœur de notre vie politique, sans susciter d’émoi, car on le croit finalement animé par les plus nobles motifs, les plus nobles intentions. Ses conséquences funestes ne seraient pas dans sa nature, mais les effets d’une application mal comprise des préceptes de la gauche radicale. Cette dernière peut donc sévir sans rien risquer, et faire sa loi, sans que cela ne fasse scandale.

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