Face à l’Iran, les États-Unis perdent patience

Les négociateurs américains dénoncent le blocage des pourparlers sur le nucléaire iranien, alors que le programme de Téhéran se poursuit tambour battant.

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Le président des États-Unis, Joe Biden, a déjà averti que « toutes les options sont sur la table », concernant l’Iran et son programme nucléaire.© ANDREW CABALLERO-REYNOLDS / AFP

Par Armin Arefi Publié le 06/12/2021. LE POINT

S’ils ne se trouvent pas dans la même pièce que leurs homologues iraniens, les diplomates américains sont à pied d’œuvre à Vienne pour négocier, via leurs alliés européens, un retour des États-Unis et de l’Iran dans l’accord sur le nucléaire iranien (JCPOA). Or, cinq jours après la reprise des pourparlers, à la suite de cinq mois d’arrêt et l’élection d’un nouveau gouvernement ultraconservateur à Téhéran, les différentes parties se sont brusquement quittées vendredi sans le moindre compromis, afin de mener des consultations dans leur pays d’origine. L’occasion pour Washington de tirer la sonnette d’alarme sur les intentions de la nouvelle administration iranienne.

« L’Iran n’a pas montré de sérieux. Il n’a pas adopté la posture d’un pays qui pense sérieusement à un retour rapide à un respect mutuel [du JCPOA] », a dénoncé samedi un haut responsable du Département d’État, sous le couvert de l’anonymat.« Et je crois que cela a été clair pour tout le monde, y compris les pays qui ont des relations plus proches avec l’Iran. » Signé en juillet 2015 par l’Iran et plusieurs grandes puissances (États-Unis, RussieChineFrance, Royaume-Uni et Allemagne), l’accord sur le nucléaire iranien avait permis de limiter drastiquement les activités atomiques de la République islamique, selon les multiples rapports publiés à l’époque par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). En échange, la communauté internationale avait levé les sanctions internationales contre Téhéran.

Intransigeance iranienne

Mais l’ancien président américain Donald Trump s’est unilatéralement retiré du JCPOA en mai 2018, jugeant que cet accord ne traitait pas des autres problématiques posées par la République islamique dans la région : son programme balistique et son soutien à des milices chiites opposées aux intérêts américains au Moyen-Orient. Prononçant au total près de 1 500 sanctions américaines contre l’Iran durant l’ensemble de son mandat, l’ex-pensionnaire de la Maison-Blanche a échoué dans son pari de contraindre Téhéran à revenir à la table des négociations et à accepter un compromis plus large. Au contraire, à partir de mai 2019, la République islamique a commencé à reprendre pas à pas ses activités nucléaires prohibées, se rapprochant chaque jour davantage de l’obtention de l’arme atomique, ce qu’elle dément.

À LIRE AUSSINucléaire : ce que veut l’IranDéterminé à empêcher l’Iran de se doter de la bombe nucléaire, mais privilégiant au contraire la voie diplomatique, le nouveau président américain Joe Biden a donné son feu vert à l’ouverture en avril dernier de négociations indirectes avec Téhéran, sous l’égide du haut représentant de l’Union européenne pour les Affaires étrangères. Mais alors qu’un accord était proche au mois de juin, les pourparlers ont été suspendus peu après l’élection du juge ultraconservateur Ebrahim Raïssi à la présidence iranienne. Désormais, les positions de la nouvelle équipe iranienne de négociateurs sont autrement plus fermes que la précédente.

1 500 sanctions

« L’Iran est venu avec des propositions qui reviennent sur tous les compromis auxquels il avait consenti au cours du sixième cycle de pourparlers, tout en empochant tous les compromis que les autres, en particulier les États-Unis, avaient réalisés, puis en a réclamé davantage », a regretté le haut responsable américain. Au contraire, le porte-parole de la diplomatie iranienne Saeed Khatibzadeh a assuré ce lundi que les propositions de Téhéran « étaient basées sur l’accord et le brouillon [de compromis conclu lors] des six sessions de négociations précédentes », et a souligné que ces « textes sont tout à fait négociables ». La principale requête de l’Iran est d’obtenir la levée de la totalité des 1 500 mesures punitives imposées par Donald Trump – celles sur le nucléaire, mais aussi celles liées au soutien au terrorisme et aux violations des droits de l’homme –, arguant que toutes ces sanctions ont été prises dans le seul but de torpiller le JCPOA. Mais Washington ne se dit prêt à agir que sur les mesures strictement liées au programme nucléaire iranien.

À LIRE AUSSIL’horizon s’assombrit autour du nucléaire iranien« Ce qu’ils [les Iraniens] ont mis sur la table en termes de demandes d’allègement des sanctions va bien au-delà de la portée du JCPOA », a pointé le haut responsable du Département d’État. « Et ce que le JCPOA impliquait en termes d’allègement de sanctions est assez clair. Nous avons clairement indiqué que nous étions prêts à lever toutes les sanctions qui sont conformes à l’accord, mais si l’Iran veut que nous allions au-delà, alors, bien sûr, nous parlons d’un autre accord, et l’Iran devrait aller au-delà de ce qu’il a réalisé à l’époque du JCPOA. »

L’Iran demande des garanties

Échaudée par le précédent de Donald Trump en mai 2018, la République islamique souhaite notamment obtenir des garanties quant au respect futur de l’accord par les États-Unis, quand bien même un président républicain venait à l’emporter à la Maison-Blanche en 2024, ce que Washington estime ne pouvoir lui accorder. De la même manière, Téhéran aimerait avoir l’assurance qu’une levée des sanctions américaines permettra réellement à l’Iran d’en empocher les dividendes économiques, le secrétariat au Trésor ayant déjà ciblé par le passé des entreprises étrangères désireuses de commercer avec la République islamique, en raison des mesures sur le terrorisme et les droits de l’homme. Or, une telle décision semble aujourd’hui hors de portée de Joe Biden sur le plan politique, notamment en raison de son infime majorité au Congrès.

À LIRE AUSSIEbrahim Raïssi, l’élu de la République islamique d’Iran« Un retour des États-Unis dans l’accord sur le nucléaire coûterait peu à Washington, au contraire de l’Iran, qui devrait à nouveau revenir sur ses avancées en matière d’enrichissement d’uranium », estime Hamzeh Safavi, professeur de sciences politiques et membre du conseil scientifique de l’université de Téhéran. « Si les États-Unis ne sont pas en mesure de donner d’assurance sur la durée d’un accord, alors l’Iran voit plus d’inconvénients que d’intérêt à revenir dans le cadre du JCPOA. » En cas d’échec des négociations, Washington brandit pour la première fois la menace de nouvelles sanctions contre Téhéran. « Si nous devions conclure que l’Iran a tué le JCPOA – non pas nous mais l’Iran –, en raison de son incapacité et de son refus de se mettre en conformité et à un rythme raisonnable, alors je suppose que, oui, il y aurait d’autres sanctions qui seraient déclenchées », a expliqué le haut responsable américain. « Ensuite, les sanctions qui ont été levées à la suite de l’accord reviendraient probablement en place, et c’est plus que les sanctions américaines », ajoute-t-il, en référence aux mesures punitives de l’ONU et de l’Union européenne, levées en janvier 2016 après la signature du JCPOA.

« Nous nous ajusterons »

Un argument qui ne semble pas de nature à faire plier les Iraniens. Déjà criblée de sanctions américaines, qui fragilisent l’économie iranienne sans que le régime ne s’effondre, la République islamique joue la montre. Se sentant en position de force au niveau régional, sans avoir rien lâché sur son programme balistique, elle poursuit tambour battant ses activités nucléaires les plus sensibles et fait monter les enchères à Vienne. « Les négociateurs occidentaux de l’accord de 2015 craignent que l’Iran soit désormais résolument engagé dans une militarisation de son programme nucléaire dont la possibilité devient de facto un moyen de pression maximale de la part de Téhéran en contrepoint de la pression maximale américaine mise en œuvre par l’ancien président américain Donald Trump », juge David Rigoulet-Roze, chercheur spécialisé sur le Moyen-Orient, associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) et rédacteur en chef de la revue Orients stratégiques (éditions L’Harmattan). « Le but serait de placer les Occidentaux devant un dilemme implicite quasi impossible à résoudre : soit vous cédez sur tout, en revenant purement et simplement à l’accord de 2015 et en offrant des garanties de non-remise en cause pour le futur, soit vous prenez le risque de la possibilité d’une bombe iranienne. »

À LIRE AUSSILes services américains tempèrent la menace d’une bombe iranienneSous la pression d’Israël, qui exhorte les États-Unis à claquer la porte des négociations et à songer à l’option militaire contre l’Iran, Washington temporise et donne encore sa chance au dialogue. « Le fait est qu’au final, nous pensons que la diplomatie est la meilleure manière de résoudre cette [crise] », a rappelé samedi le haut responsable du Département d’État, alors que les pourparlers de Vienne doivent reprendre en fin de semaine. Mais « si l’Iran ne fait pas preuve de bonne foi pour se mettre en conformité, ajoute-t-il, alors nous allons devoir utiliser […] d’autres outils. »

Ce même hebdomadaire nous expliquait sans cesse, il n’y a encore pas très longtemps, que tout était de la faute de l’abominable Trump……C’est amusant de voir les choses se remetrre en perspective…..

Artofus.

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