Présidence française : Macron surcharge la barque de l’UE

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Jamais une présidence tournante de l’UE n’avait autant concentré d’événements. Une tornade qui sert la campagne présidentielle de Macron. Mais sert-elle l’Europe ?

Si, depuis le traite de Lisbonne, le president n'a en realite aucun role institutionnel dans la presidence francaise de l'UE, Emmanuel Macron entend bien peser.
Si, depuis le traité de Lisbonne, le président n’a en réalité aucun rôle institutionnel dans la présidence française de l’UE, Emmanuel Macron entend bien peser.© AMMAR ABD RABBO / AFP

Par Emmanuel POINT Publié le 06/12/2021 LE POINT

Le président Macron lance sa campagne présidentielle par une autre présidence : celle de l’Union européenne, qui débute le 1er janvier. Sa conférence de presse de jeudi est censée révéler les grandes priorités de sa présidence, concentrée autour des trois premiers mois de l’année 2022, présidentielle oblige. En fait, elles sont assez connues : régulation numérique avec les textes DSA et DMA, boussole stratégique sur la défense et la sécurité, revenu minium européen, sommet Afrique…

Succédant à la Slovénie et précédant la République tchèque, la France prend les commandes des négociations européennes au moment où quelque 250 textes sont dans le pipeline européen. Un étouffe-chrétien réglementaire pour graver dans le marbre les nouvelles priorités de l’Europe. Il s’agit du pic législatif de la mandature d’Ursula von der Leyen, puisque la pandémie a gelé, pendant de longs mois, le travail ordinaire des institutions. Cette accumulation de textes ne fait pas peur aux 280 diplomates de la représentation permanente de la France à Bruxelles, qui ont été formés, depuis deux ans, aux techniques de négociation européennes.

À LIRE AUSSIBaverez – Les enjeux de la présidence française de l’Union

Macron n’a pas de rôle institutionnel

Si, depuis le traité de Lisbonne, Emmanuel Macron n’a en réalité aucun rôle institutionnel dans la PFUE (présidence française de l’UE), ses ministres, eux, ont un rôle capital à jouer, mais dans un registre très différent. Autant Macron peut incarner une ambition politique forte, parler haut, voire brutaliser le ronron habituel, autant ses ministres doivent, au contraire, se mettre au service du collectif en abordant l’attitude la plus humble, la plus disponible à la recherche des compromis. En somme, il y a comme un partage des rôles : Macron fera de la politique en portant haut l’étendard européen ; ses ministres, eux, arrondiront les angles avec leurs collègues et devront trouver des compromis avec le Parlement européen.

Si les bruits de bottes qu’on entend en Ukraine devaient donner lieu à une crise ouverte, nul doute que le président de la République sauterait sur l’occasion de prendre le leadership de la diplomatie européenne face à Vladimir Poutine. Mais contrairement à Nicolas Sarkozy en août 2008 dans la crise géorgienne, Macron n’a plus de rôle officiel. Le président du Conseil, Charles Michel, est censé alors représenter l’UE à l’extérieur dans de telles circonstances. On peut raisonnablement penser que Charles Michel, l’allié libéral de Macron dans la famille Renew, saura s’effacer au profit du Français, ou du moins lui ménager une place de choix…

Macron a rendez-vous à Strasbourg le 19 janvier

Le programme, comme on l’a dit, est plus que chargé. La visite traditionnelle du collège des commissaires européens au début de chaque présidence tournante est prévue à Paris les 6 et 7 janvier. Emmanuel Macron prononcera, quant à lui, son discours devant le Parlement européen de Strasbourg le 19 janvier. Sans doute, l’un des grands moments de communication politique de cette présidence.

À LIRE AUSSIPrésidence française de l’UE : Macron épuise déjà tout le mondeCette PFUE menée au pas de charge soumet la diplomatie européenne à un rythme infernal, inédit à ce stade, notamment avec l’organisation de 19 réunions informelles des ministres européens en France. Nouveauté : les villes de région seront sollicitées, permettant à chaque ministre de faire valoir une Europe proche des territoires. Jean-Yves Le Drian et Florence Parly inaugureront cette farandole, à Brest, les 12 et 13 (Défense) et 13 et 14 janvier (Affaires étrangères). Barbara Pompili accueillera ses homologues pour un conseil informel Environnement et Énergie du 20 au 22 janvier à Amiens. Les ministres européens de la Recherche, de l’Enseignement supérieur et de l’innovation sont attendus à Paris par Frédérique Vidal les 24 et 25 janvier.

Véran réunit les ministres de la Santé à Grenoble

Puis, direction Strasbourg les 26 et 27 janvier pour un conseil informel des ministres de l’Éducation et de la Jeunesse autour de Jean-Michel Blanquer. C’est ensuite à Lens qu’aura lieu la réunion informelle des ministres de l’Industrie et du marché intérieur (31 janvier et 1er février). Gérald Darmanin et Éric Dupond-Moretti se passeront le relais entre Tourcoing et Lille pour le conseil informel JAI (Justice et Affaires intérieures) du 2 au 4 février.

Retour à Strasbourg pour un conseil Agriculture du 6 au 8 février autour de Julien Denormandie. La ville de Grenoble accueillera les 9 et 10 février un conseil informel des ministres de la Santé avec Olivier Véran aux manettes. Franck Riester, ministre délégué au Commerce, réunira ses homologues européens à Marseille les 13 et 14 février tandis qu’Élisabeth Borne, à Bordeaux, agrégera ceux du Travail les 14 et 15 février.

Bachelot met en valeur Angers

Toulouse, la ville d’Ariane Espace, a été choisie pour organiser le conseil informel « Compétitivité Espace », le 16 février. C’est au Bourget qu’aura lieu les 21 et 22 février la réunion informelle des ministres des Transports autour de Jean-Baptiste Djebbari. Bruno Le Maire recevra ensuite ses homologues de l’Économie et des finances à Paris les 25 et 26 février. Les ministres chargés de la Cohésion se rencontreront à Strasbourg du 28 février au 1er mars.

Clément Beaune, le secrétaire d’État aux Affaires européennes, a choisi Arles, le 4 mars, pour planter le décor du conseil informel « CAG » (Affaires générales) qui précédera le conseil européen des chefs d’État et de gouvernement les 24 et 25 mars. Pourquoi Arles ? « Parce que sa mère y vit, en retraite, et qu’il s’y rend régulièrement », nous explique son entourage. À Montpellier se tiendra une réunion informelle des ministres en charge du développement les 6 et 7 mars. Roselyne Bachelot recevra ses homologues de la culture à Angers les 7 et 8 mars et, enfin, Nevers conclura cette première salve de réunions avec un conseil informel des ministres européens en charge des télécommunications.

L’Allemagne n’a jamais été aussi proeuropéenne

Ce calendrier se double d’une autre série de réunions, cette fois, formelles, qui se tiennent à Bruxelles. Si bien que les ministres vont cumuler une trentaine de réunions en trois mois. À cela, il faut ajouter un sommet UE-Afrique et un sommet Défense. Les ambassadeurs qui représentent les 27 ne vont pas chômer non plus. L’agenda de la PFUE prévoit là aussi plus d’une trentaine de réunions des COREPER I et II (les deux niveaux de représentations diplomatiques).

Une chance pour le président français : la nouvelle coalition allemande s’est mise en place dans des temps assez brefs. Le contrat de coalition conclu entre le futur chancelier SPD Olaf Scholz et ses partenaires écologistes et libéraux est l’un des plus européens des 30 dernières années. Depuis Kohl, aucun chancelier n’affiche autant d’ambitions fédéralistes, c’est dire ! La discussion délicate sur la réforme du pacte budgétaire ne parasitera pas la PFUE car elle n’aura lieu qu’au second semestre de l’année 2022 (sans que l’on sache d’ailleurs si Macron sera encore à l’Élysée à ce moment-là).

La hantise de la crise Covid-19

En revanche, deux événements peuvent ternir ce « moment français » en Europe : la crise Covid-19, qui obligerait nombre de réunions à repasser en format « hybride ». Un calendrier de rechange est prévu et la décision sera prise, au vu de la situation sanitaire dans les semaines à venir. Autre écueil : une fâcherie aggravée avec la Pologne et la Hongrie, deux pays qui pourraient choisir d’adopter la politique de la « chaise vide » si l’argent du plan de relance demeure toujours bloqué. La question de l’État de droit pourrait alors largement pourrir la présidence française de l’UE. Viktor Orban, le turbulent Premier ministre hongrois, fait face à des législatives en avril. Toute sa campagne repose sur l’euro-bashing. Il n’a donc aucun intérêt à offrir à Emmanuel Macron, son adversaire sur la scène européenne, des victoires trop faciles durant sa présidence. Les deux hommes sont plus complices qu’on ne le croit, chacun voyant dans l’autre le faire-valoir de ses thèses sur le plan interne. La question reste ouverte de savoir si la PFUE servira les intérêts de l’Europe ou la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron.

Planning des réunions ministérielles informelles

– 12 et 13 janvier : ministres de la Défense, à Brest.

– 13 et 14 janvier : ministres des Affaires étrangères, à Brest.

– 20 et 22 janvier : conseils Environnement et Énergie, à Amiens.

– 25 janvier : ministres de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, à Paris.

– 26 et 27 janvier : ministres de l’Éducation et de la Jeunesse, à Strasbourg.

– 31 janvier-1er février : ministres de l’Industrie et du Marché intérieur, à Lens.

– 2 au 4 février : ministres en charge de la Justice et des Affaires intérieures, à Tourcoing et Lille.

– 6 au 8 février : ministres de l’Agriculture et de la Pêche, à Strasbourg.

– 9 et 10 février : ministres de la Santé, à Grenoble.

– 13 et 14 février : ministres du Commerce, à Marseille.

– 14 et 15 février : ministres du Travail, de l’Emploi et des Affaires sociales, à Bordeaux.

– 21 et 22 février : conseil des Transports, au Bourget.

– 25 et 26 février : ministres de l’Économie et des Finances, à Paris.

– 28 février-1er mars : ministres en charge de la Cohésion, à Strasbourg.

– 4 mars : conseil Affaires générales, à Arles.

– 6 et 7 mars : ministres du Développement, à Montpellier.

– 7 et 8 mars : ministres de la Culture, à Angers.

– 8 et 9 mars : ministres des Télécommunications, à Nevers.

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