Guillaume Tabard: «Présidence française de l’UE, le risque d’un effet pschitt sur la scène nationale»

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Par Guillaume Tabard LE FIGARO. 8 décembre 2021

«Cette échéance, rare puisque les dernières pour la France remontent à 1995 et 2008, était censée valoriser Emmanuel Macron à double titre», estime Guillaume Tabard. AFP

CONTRE-POINT – Pour Emmanuel Macron, qui a toujours inscrit l’Europe dans son ADN, la PFUE lui permet d’achever son quinquennat en lui donnant sa véritable couleur. Mais l’exercice ne recèle pas autant de bienfaits que ses amis en attendent.

Une bénédiction ou un poison pour Macron, cette présidence française de l’Union? Voilà des mois que les amis du chef de l’État voient approcher cette échéance avec gourmandise. Au risque d’en survaloriser les avantages et d’en sous-estimer les inconvénients pour lui à l’approche de la campagne présidentielle.À découvrir

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Cette échéance, rare puisque les dernières pour la France remontent à 1995 et 2008, était censée valoriser Emmanuel Macron à double titre. Être, quelques mois durant, le président non seulement du pays mais de tout le continent politique, c’est revêtir un statut l’élevant au-dessus du commun des autres candidats. Et pour celui qui a toujours inscrit l’Europe dans son ADN, c’est achever son quinquennat en lui donnant 
sa véritable couleur ; c’est conclure en dévoilant l’horizon véritable 
de son action et de son engagement. En un mot, cette PFUE – manie, européenne aussi, des acronymes – devait être le couronnement de la présidence. Son apothéose.

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Le chef de l’État sera-t-il contraint de déchanter? Il se pourrait que l’exercice ne recèle pas autant de bienfaits que ses amis en attendent. Ceux-ci se réfèrent souvent à l’aura de la présidence Sarkozy marquée par le volontarisme de son anté-prédécesseur sur la crise financière et sur l’affaire géorgienne. Mais un tel déploiement sur la scène bruxelloise et internationale n’a pas la même incidence qu’en période électorale. Le premier écueil pour Macron sera donc celui de l’agenda. Quoi de plus chronophage qu’une présidence de l’Union? Au moment où le président de la République sera aussi un candidat à plein temps à l’élection présidentielle. Même si la posture européenne se voudra le carburant d’une campagne nationale, le choc des contraintes d’emploi du temps sera inévitable.

Le président de l’Union est tout sauf le superpatron des Vingt-Sept. Son action est d’une tout autre nature. Il n’est en rien le général en chef ; juste celui qui coordonne et fait avancer des dossiers pour la plupart lancés avant lui

Il y a surtout une illusion sur la nature de cette PFUE. Pour les Français, nimbés de l’esprit de la Ve République, le chef de l’État est celui qui décide de tout, qui fait tout, qui rend compte de tout et qui est responsable de tout. Mais le président de l’Union est tout sauf le superpatron des Vingt-Sept. Son action est d’une tout autre nature. Il n’est en rien le général en chef ; juste celui qui coordonne et fait avancer des dossiers pour la plupart lancés avant lui et qui n’aboutiront, au mieux, qu’après lui. Surtout avec le renforcement du rôle du quatuor bruxellois (la présidente de la Commission, le président du Conseil, celui du Parlement et le chargé de la politique extérieure), les prérogatives de la présidence tournante des chefs d’État et de gouvernement sont mineures. Autrement dit, pas de quoi pour Macron ajouter un volet européen substantiel à son bilan. Sauf s’il parvenait à arracher une refonte radicale des accords de Schengen ; ce à quoi personne ne croit.

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Cela ne va pas empêcher le président de la République d’utiliser cette séquence pour faire vibrer sa vision européenne, pour raviver la flamme de son discours de la Sorbonne. Mais face au scepticisme sur l’UE, sa nature, ses ambitions, il n’est pas sûr que ce soit sur ce terrain que les Français attendent Macron. Ni ne le jugeront. À trop miser sur cette PFUE, le chef de l’État risque de devoir assumer une présidence européenne qui, même efficace dans les détails, ferait pschitt aux yeux de l’opinion française.

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