Ivan Rioufol: «Conditions pour un retour de la vraie droite»

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Par Ivan Rioufol LE FIGARO. 9 décembre 2021

Ivan Rioufol. François BOUCHON/Le Figaro

CHRONIQUE – Dans un contexte incertain, une droite affirmée peut espérer s’imposer en alternative au progressisme failli, qui sort griffes et crocs.

Les Français sont partagés. Ils aimeraient renverser la table. Cependant, ils redoutent de casser la vaisselle. Les trois quarts des sondés seraient prêts à un vote protestataire, en tournant le dos aux partis traditionnels. Oui, les temps sont révolutionnaires. Toutefois, ces mêmes rebelles redeviennent des enfants apeurés dès qu’il s’agit d’obéir aux consignes sanitaires de l’État-nounou. Une majorité de citoyens redoute, sur la santé, la moindre prise de risque au profit d’une sécurité cotonneuse. Cet état d’esprit précautionneux n’est guère propice aux insurrections. Pendant ce temps, l’ancien monde agonisant n’en finit pas de se raidir dans ses intransigeances et ses brutalités. Le Système – la domination d’une caste et de ses idées – sait qu’il est vulnérable. Il ne sait plus convaincre. Sa survie est posée.

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C’est dans ce contexte incertain qu’une droite affirmée peut espérer s’imposer en alternative au progressisme failli, qui sort griffes et crocs. L’enjeu est de corriger quarante ans d’idéologies hors sol et de centrisme mou. Il s’agit de passer outre les interdits de penser. Or la droite de gouvernement a participé aux erreurs imposées par l’hégémonisme de la gauche. Désignée samedi par 110.000 adhérents LR avec 60,95% des voix contre 39,05% à Éric Ciotti, Valérie Pécresse a promis «une franche rupture»Un sondage la donne déjà à l’Élysée. Très bien. Toutefois, la candidate s’était fait remarquer, en 2019, par sa distance prise avec le patron des LR, Laurent Wauquiez, trop à droite à son goût. En quittant le parti, elle avait expliqué: «La refondation de la droite ne pourra pas se faire à l’intérieur mais à l’extérieur des Républicains.» Tout le monde peut se tromper. Mais autant l’admettre.

Les Républicains doivent cesser de mimer la gauche décatie. Ils ne peuvent plus avoir honte d’être de droite

Parce que l’Histoire est en attente de courage, les Républicains doivent cesser de mimer la gauche décatie. Ils ne peuvent plus avoir honte d’être de droite. Le bon score de Ciotti, qui n’avait le soutien d’aucun des trois candidats éliminés au premier tour (Michel Barnier, Xavier Bertrand, Philippe Juvin) montre qu’une partie des militants LR est perméable à une ligne radicale. Bertrand a échoué après avoir fait de Marine Le Pen un repoussoir. Dès dimanche, Ciotti a créé son mouvement en promettant de ne pas «trahir» ses électeurs: À droite! Il a fait connaître à Pécresse ses premiers désaccords après l’avoir entendue retoquer certaines de ses propositions. «Le message qui a été lancé par Valérie Pécresse n’était pas le bon message», a-t-il dit. Le couple s’est rabiboché lundi. Est-il solide?

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Pécresse déteste les «populistes». Aussi va-t-elle devoir se faire violence pour espérer gagner. Car elle a besoin de l’appui des citoyens inquiets pour la survie de leur pays. Cet électorat est puissant. Il sait les lâchetés de LR sur les questions identitaires. Or il n’est plus question de flatter les minorités ou le communautarisme, comme a pu le faire la candidate en participant, en 2010 dans Le Monde, à un «Appel pour une République multiculturelle et post-raciale», lancé par l’indigéniste Rokhaya Diallo. La même année, Pécresse s’adressait aux musulmans:«Faites du lobbying et venez travailler avec nous.» Cette fausse droite se trompe d’ennemis. Ce ne sont pas les nationaux qu’elle doit combattre, mais Emmanuel Macron. Ciotti l’a compris, en assumant sa proximité avec Éric Zemmour. Navrant est le choix de LR de démettre, mardi, Guillaume Peltier de ses fonctions de vice-président LR pour sanctionner son appel à l’union des droites.

Front des perdants

Seules les droites unies, en tout cas par leur électorat, gagneront à coup sûr en avril. Pécresse est semblable à Macron dans ses réticences à écouter le peuple oublié. Elle n’apporte pas, pour l’instant, une durable plus value politique. Sa faiblesse est d’être issue de l’ancien monde, coupé de la classe moyenne. Or la sourde exaspération populaire, qui menace d’un vote antisystème, doit être entendue pour ce qu’elle est: le réveil d’une France historique mais marginalisée. Elle entend reprendre son destin en main. En fait, les Républicains n’ont pas clarifié leur doctrine, qui balance entre modération et fermeté. Dans leur rang, les donneurs de leçons se bouchent le nez par habitude devant les candidats souverainistes. Il y a une hypocrisie à entendre les dignitaires LR parler immigration ou islam politique tout en participant à la diabolisation de Marine Le Pen et, plus encore, d’Éric Zemmour qui a imposé le thème de la survie française. C’est sur le nouveau candidat, qui a tenu son premier meeting dimanche en Seine-Saint-Denis, que s’abattent les avanies. Jean-Luc Mélenchon le présente comme «un ennemi du genre humain», Bernard-Henri Lévy comme un «incendiaire des âmes», la droite policée comme un fauteur de guerre civile. Ce front est celui des perdants.

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Ahurissante est la haine que suscite l’ancien journaliste quand il dit vouloir sortir la France des griffes de ses maltraitants et de ses fossoyeurs. Ce sont eux qui s’auto-désignent et font chorus dans l’injure, appuyés par des médias ayant perdu toute distance. Ces derniers se sont scandalisés à juste titre de violences commises durant son meeting de Villepinte, après une provocation de militants de SOS Racisme. Mais ils n’ont rien dit de l’agression physique subie par Zemmour alors qu’il montait sur scène. Ils n’ont rien dit de l’appel du président socialiste du département de la Seine-Saint-Denis, Stéphane Troussel, à s’opposer à sa venue ; rien dit du mot d’ordre des «antifas» à «saboter» le meeting. Zemmour est présenté comme un «fasciste» par une gauche intolérante qui a lâché ses nervis pour le faire taire. Il lui est reproché le chaos que ses adversaires installent. Le candidat de la «Reconquête»a eu beau jeu de faire valoir aux 13.000 personnes présentes, venues en dépit des difficultés et des menaces: «S’ils me détestent, c’est parce qu’ils vous détestent». Il est possible que des citoyens, sensibles à la défense de la démocratie et du débat, s’identifient à ce candidat iconoclaste qui dit vouloir «sauver notre peuple». Rien n’est encore joué.

Raoult n’est pas un charlatan

Le professeur Didier Raoult a été de ceux qui ont dû subir les violences du Système sanitaire, qui ne tolère lui non plus d’autre discours que le sien. Accusé de«charlatanisme», le Conseil de l’ordre des médecins de Nouvelle-Aquitaine a écarté cette infamie. Il a reconnu aussi qu’«il n’a fait courir aucun risque en prescrivant l’hydroxychloroquine». Le blâme sanctionne sa seule communication. La meute a perdu.

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