La géopolitique de l’espace

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Cherkaoui Roudani  De Cherkaoui Roudani8 décembre 2021. Revue « CONFLITS »

Dans un monde en mutation  profonde avec un changement sans précédent des paradigmes de la puissance, les États puissants sont en quête d’un renforcement d’une souveraineté extraterritoriale afin d’asseoir leur suprématie et de fait d’avoir des relais de rééquilibrage stratégique.  Dans ce sens, l’espace est devenu un terrain de plusieurs enjeux que ce soit économique, scientifique,  militaire ainsi que géostratégique. 

De ce fait, la course déclenchée vers l’espace déterminera le sort d’un rapport de force qui établira de nouvelles doctrines politiques,  économiques et militaires qui détermineront l’influence stratégique des États. Sans aucun doute,  la doctrine spatiale américaine rythmera les relations internationales.

Outre les enjeux géostratégiques de l’espace et les champs de la concurrence qui sont dans son sillage, le monde dans les 20 années prochaines se construira, entre autres, autour de la coopération internationale spatiale. Néanmoins, les ambitions spatiales des États ne riment pas parfois  avec le besoin stratégique que demande une éventuelle exploration et exploitation des matériaux critiques et stratégiques qu’engrange l’espace et particulièrement la lune. Cette dernière deviendra un espace géopolitique d’une course aux étoiles en fonction des capacités opérationnelles des forces qui prétendent à l’hégémonie dans ce domaine. S’il est certain que le développement de l’arme nucléaire a transformé le monde, l’espace sera à l’évidence le prochain nouveau terrain de compétition spatiale.

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État des lieux de la course mondiale vers l’espace

L’espace est le futur terrain d’une compétition économique qui va sceller la domination dans un certain nombre de domaines stratégiques dont notamment la défense, l’aéronautique, les technologies spécifiques aux lanceurs, surveillance et systèmes orbitaux.

Les stratégies spéciales déjà existantes, ajoutées à celles qui sont en cours d’élaboration vont modifier la perception de la puissance de certains États, principalement les États-Unis, la Russie, la Chine et l’Union européenne.

Mais, cette compétition acharnée restera asymétrique compte tenu des moyens déployés pour tracer les futures frontières spatiales. Il serait nécessaire de rappeler que l’espace constituait déjà un enjeu extrêmement important pendant la guerre froide et que l’Union soviétique avait initié, à partir des années cinquante, une politique spatiale globale  qui lui avait permis de surpasser les États-Unis. La mise en place d’une arsenalisation sous forme d’un déploiement d’armes couplé avec une certaine capacité opérationnelle avec des bombardiers à grand rayon d’action, capable d’atteindre des objectifs américains, avait déclenché une course sans précédent dans ce domaine entre les deux grandes puissances. Le lancement d’un missile intercontinental en août 1957 par l’Union soviétique à été suivi par la mise en orbite de « spoutnik », premier satellite à l’échelle mondiale. Cette petite sphère de 58 cm et de 80 kg environ, qui n’a servi qu’à émettre un petit signal radio, a eu un retentissement mondial tellement spectaculaire que le New York Times avait qualifié  l’événement  de « Pearl Harbor technologique ».

Continuant sur sa lancée,  Moscou avait fait, en novembre 1957, une autre démonstration de force extra-atmosphérique en envoyant à bord de son satellite « spoutnik 2 » une chienne dénommée « Laika » qui serait restée, semble-t-il, sept jours en apesanteur. L’avantage soviétique allait s’accentuer encore plus en 1959 par un premier survol lunaire, par l’envoi en 1961 du premier homme dans l’espace,  Youri Gagarine, suivi en 1963 par Valentina Terechkova.

Réagissant à cette asymétrie géostratégique, les États-Unis avaient déployé tous leurs moyens pour conquérir l’espace à leur tour. L’illustration fut le lancement du satellite « Explorer » en 1958 et la signature par le Président  Eizenhower de la loi instituant la « NASA » (National Aéronautic Spacial Administration). En 1961, Alain Shepard inaugura un vol suborbital, sans tourner autour de la terre à l’instar des Soviétiques, qui fut une première au niveau mondial.

L’autonomie stratégique spatiale américaine allait se concrétiser après grâce à la navette « Freindship 7 » et surtout à travers le programme spatial « Appolo » qui a permis la réalisation du premier alunissage le 21 juillet 1969 et le lancement du premier satellite géostationnaire de télécommunications « Early bird ».

Développement de la course à l’espace 

À partir des années 1970, la compétition spatiale allait prendre une autre ampleur en s’étendant à d’autres planètes du système solaire avec l’utilisation de systèmes de sondes: « Venus »(URSS) et « Viking « (USA).

Mais la course vers l’espace n’allait évidemment pas se limiter aux seules puissances précédemment citées. Elle a suscité l’intérêt d’autres pays comme la Chine, l’Union européenne, l’Inde, le Japon, les Émirats arabes unis et même certaines entreprises privées (Hyperloop, Space X, Tesla …).

Sur le plan économique, l’intérêt est aussi grand, ce qui confère à la conquête spatiale une importance considérable.  En effet,  la possibilité de faire de nouvelles découvertes de ressources naturelles, avec toutes les conséquences probables sur les progrès techniques futurs,  synonymes de puissance, exacerbe les tensions et justifie les actions des différents acteurs pour atteindre leurs objectifs.

C’est dans cette perspective que s’inscrit, à titre d’exemple, le projet de « ESA » (European Spatial Agency) qui vise à créer, à l’horizon 2030, la station orbitale « Lunar Orbital Plateforme Gateway », qui est une sorte de station-passerelle de ravitaillement sur la lune.

Dans un futur plus ou moins proche, il ne serait pas étonnant de voir surgir des bases militaires sur la lune avec tout ce que cela suppose comme nouveaux types d’armements. À cet égard, la création d’un « US Space Force  » fondé sur la nouvelle doctrine « Space Power » constitue assurément un signe annonciateur de la future configuration géopolitique et stratégique qui redéfinira les concepts de puissance et d’influence dans les relations internationales.

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