Présidence française de l’UE : les ambitions démesurées d’Emmanuel Macron

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Le chef de l’État a présenté un programme très ambitieux pour la présidence française du Conseil de l’Union européenne, à partir du 1er janvier. Le calendrier, perturbé par la présidentielle et le Covid-19, pourrait lui jouer des tours.

nEmmanuel Macron a présenté le programme de la PFUE à l'Élysée, le 9 décembre. (Photo de Ludovic Marin / AFP)

  • L’EXPRESS. 10 décembre 2021

Deux heures et dix minutes ne lui auront donc pas suffi. Jeudi 9 décembre, Emmanuel Macron recevait 250 journalistes à l’Élysée pour présenter les priorités de la présidence française du Conseil de l’Union européenne (ou PFUE), du 1er janvier au 30 juin prochain. Après une liste à la Prévert de ses ambitions européennes, le président a répondu à vingt questions des journalistes, jusqu’à ce que son attachée de presse annonce la fin de l’entretien. « Allez, encore une dernière », n’a pu s’empêcher d’ajouter ce chef de l’État qui aime tant deviser, en particulier sur l’Europe. Il a d’ailleurs poursuivi le dialogue avec les journalistes dans les couloirs de l’Élysée, philosophant sur le principe de « fédéralisme européen » (auquel il ne croit pas) ou se projetant dans le nouveau couple franco-allemand. 

Une vision, des ambitions et des risques

Si la présentation d’Emmanuel Macron réservait finalement peu de surprises à ceux qui ont suivi les dossiers européens ces derniers mois, l’ampleur de ses ambitions pour les six mois de la PFUE a de quoi donner le tournis, y compris aux spécialistes. « Il a présenté une vision pour l’Europe qui va bien au-delà de la PFUE, c’est un programme très ambitieux, pointe Georgina Wright, directrice du programme Europe de l’Institut Montaigne. Le président de la République a pris un risque en présentant autant de sujets, celui que les trois quarts de ses propositions n’aboutissent pas. » 

Emmanuel Macron veut toutefois profiter au maximum de ces six mois pour faire avancer sa propre vision de l’Europe, qu’il tente de mettre en place depuis son discours de la Sorbonne, en septembre 2017. Ces derniers mois, les équipes diplomatiques françaises ont préparé le terrain à Bruxelles pour avoir un maximum de mesures concrètes à annoncer aux Français début 2022. « Cette PFUE a deux objectifs majeurs, avance Georgina Wright : prouver que la France a de l’influence au sein de l’UE, sur les sujets du climat, du social, etc. Mais aussi montrer que l’UE sert les intérêts de la France et des Européens. » Pour ce président bientôt en campagne, le calendrier sera serré d’ici le 10 avril, premier tour de la présidentielle. La Loupe, le podcastNouveau ! Ecoutez l’info de plus près
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Paris souhaite avant tout faire avancer les grands dossiers européens chers à Emmanuel Macron. Il milite ainsi pour une Europe plus souveraine, « capable de maîtriser ses frontières », et va initier une réforme de l’espace Schengen. Un « pilotage politique » encore assez flou de la zone de libre circulation sera proposé aux partenaires européens. La France tentera par ailleurs de faire avancer le pacte migratoire européen, une politique commune sur l’immigration bloquée depuis un an et demi dans les couloirs de Bruxelles, alors que les crises se multiplient à nos frontières. 

Vers une avancée de la défense européenne

Le projet de défense européenne, une idée portée par le président français, devrait connaître des avancées dans les prochains mois. La Boussole stratégique, un livre blanc fixant les objectifs de cette défense commune, sera adoptée en mars, sous présidence française, après avoir été initiée sous présidence allemande l’année dernière. « Le contexte géopolitique sur les sujets de défense est porteur et favorable aux avancées en la matière, avec l’accumulation de menaces extérieures et la stratégie de pivot asiatique des Américains, juge l’ancien diplomate Yves Bertoncini. Mais, sur ce sujet, il faut être subtil et patient. Macron aura-t-il cette patience et cette subtilité ? Il sera scruté, en particulier pendant cette période électorale. »  

Outre les grands concepts et le dialogue approfondi avec des voisins régionaux, comme l’Afrique et les Balkans occidentaux, les diplomates français négocient des mesures concrètes avec leurs homologues européens. Le Quai d’Orsay est particulièrement optimiste sur le projet de « salaire minimum européen ». Comme l’a souligné Emmanuel Macron jeudi, il ne s’agit pas d’un « Smic européen » mais d’un mécanisme permettant d’ajuster le salaire minimum au niveau de vie dans chacun des vingt-sept États membres. « Les négociations avancent bien et il est tout à fait possible que le texte soit adopté pendant la PFUE, estime Georgina Wright. Mais ce projet ne propose qu’un cadre et les États membres ne seront pas contraints de fixer un salaire minimum. Son impact en sera donc plutôt limité. » LIRE AUSSI >> Macron : la présidence française de l’UE peut-elle servir sa réélection ?

Une autre mesure que Paris espère faire adopter, au moins sur le principe, est la taxe carbone aux frontières. Ce projet, poussé par la France depuis une quinzaine d’années, propose de fixer un prix du CO2 sur les importations de produits hors-UE, afin de décourager les délocalisations vers des pays où les normes sont plus laxistes et protéger les entreprises européennes. Mais la mesure est loin de faire l’unanimité en Europe, et la France devra encore batailler ferme pour obtenir un accord, même de principe, au premier semestre 2022. 

Le Covid-19, grand inconnu de la PFUE

Avec près de 500 événements annoncés et au moins le double de réunions de travail, le chantier de la PFUE s’annonce titanesque. D’autant que la majorité des événements devra se dérouler avant l’élection présidentielle française, en avril. « Il risque d’y avoir un goulet d’étranglement d’annonces et de sommets pendant trois mois, puis plus aucune communication d’avril à juin, pendant que le travail continuera à Bruxelles », prévoit un diplomate européen.  Sur le même sujet

Sans oublier le risque d’un rebond de la pandémie pendant ces trois premiers mois, qui annulerait la majorité des sommets et réunions. Le rapprochement entre la France et l’Europe serait mis à mal dans cette période cruciale. Fin novembre, Clément Beaune, le secrétaire d’État aux Affaires européennes, nous assurait que la France « travaillait à tous les scénarios logistiques pour la PFUE, y compris celui d’une nouvelle crise du Covid-19 ». Depuis, le variant Omicron a fait son apparition et laisse déjà craindre le déferlement d’une nouvelle vague épidémique sur l’Europe en début d’année prochaine. L’adversaire le plus sérieux aux ambitions européennes d’Emmanuel Macron pourrait être le Covid-19. 

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