Roselyne Bachelot, la nouvelle porteuse de valises mémorielles des exigences de l’État algérien

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[Benedetti]

En annonçant l’ouverture en anticipation des archives relatives à la guerre d’Algérie, le macronisme, une nouvelle fois, démontre qu’il est l’idiot utile des exigences mémorielles du pouvoir algérien, analyse notre chroniqueur Arnaud Benedetti.   

Par  Arnaud Benedetti Valeurs actuelles 14 décembre 2021

La ministre de la Culture, Roselyne Bachelot. Photo © Jacques Witt/SIPA Partager cet article sur FacebookTwitterLinkedIn

Madame Bachelot vient d’annoncer l’ouverture en anticipation des archives relatives à la guerre d’Algérie. À quelques mois du premier tour de la présidentielle et du 60e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, l’exécutif offre, après une période de tensions, un cadeau de pardon à Alger et à ce qu’il imagine être, sans le dire, mais en y pensant très fort, les potentielles clientèles électorales des héritiers du FLN.

Au moins, les choses sont claires : le macronisme est l’idiot utile des exigences mémorielles du pouvoir algérien. Non pas que l’ouverture archivistique ne soit pas utile, voire légitime, mais elle n’est assortie d’aucune condition de réciprocité vis-à-vis des hiérarques algériens. Ces derniers ne doivent leur survie au pouvoir qu’au prix d’un ressentiment, voire d’une haine anti-française qu’ils ne cessent d’alimenter. C’est le carburant de leur légitimité, la « rente mémorielle » que le président français dans un rare élan de lucidité et d’audace avait osé désigner et en quelque sorte dénoncer mezzo voce.

le macronisme est l’idiot utile des exigences mémorielles du pouvoir algérien

Depuis 1962, Paris ménage Alger, sans pour autant qu’Alger lui en soit quelque peu reconnaissant. Avec le résultat que l’on sait : un pays qui a gâché toutes ses chances, mais qui demeure arc-bouté sur un rapport de forces permanent avec l’ancienne puissance coloniale.

Madame Bachelot, qui agit sur ordre, mais avec la mémoire courte de l’histoire que décidément le pouvoir, même s’il s’en défend, ne cesse d’instrumentaliser plus que tout autre de ses prédécesseurs, eut été mieux inspirée de proposer cette ouverture sous réserve que de l’autre côté de la Méditerranée, on procède à une démarche similaire. Que nenni, il ne faut en aucun cas pour l’exécutif irriter Alger dont on sait la susceptibilité dès qu’il s’agit d’instaurer un dialogue transcendant les divisions passées avec Paris.

On ne peut exclure des arrière-pensées électorales à quelques encablures d’une présidentielle

Les Harkis massacrés, les tueries d’Oran et d’ailleurs, les disparus européens (plusieurs milliers) durant cette guerre de huit ans, tous ces dossiers demeurent un tabou mémoriel pour les autorités françaises parce qu’il ne saurait être question de froisser les autorités algériennes. De facto, Madame Bachelot, loin de travailler à l’apaisement de par et pour l’histoire, a confirmé une attitude constante de soumission, de collaboration pénitentielle, portant les valises mémorielles des exigences de l’État algérien, en pensant satisfaire ce dernier qui dans les faits n’attend qu’un acte de repentance générale pour l’ensemble de la présence de la France en Algérie.

Tout ceci est consternant, d’autant plus indigent même que cela ajoute, comme souvent au gré de ces circonvolutions circonstancielles, le déshonneur à l’inefficience… Bien évidemment, on ne peut exclure des arrière-pensées électorales à quelques encablures d’une présidentielle. Ce que l’on appelle, souvent de manière hâtive, la droitisation de la droite combinée à la réappropriation potentielle d’une partie de son électorat par celle-ci entraînerait mécaniquement un mouvement pendulaire à gauche dans la stratégie de la majorité sortante, pour cette simple raison que ce qui est susceptible d’être perdu d’un côté doit être récupéré de l’autre.

Dans cette hypothèse, l’enjeu algérien pourrait participer aussi de ce repositionnement au moment où la route de la droite est en mesure d’être coupée et l’hémorragie, supposée, stoppée. La macronie retrouverait de la sorte son lit originel qu’elle a cru gommé durant un quinquennat avec le ralliement à ses côtés de quelques apostats du camp conservateur. Pas étonnant que ce soit l’une des figures de ces derniers qui sur cette question mémorielle serve de caution à cette manœuvre. Désolant…

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