Éric Zemmour: «Pour une économie de l’enracinement et de la transmission au sein des familles»

Scroll down to content

Réservé aux abonnés

Par Eric Zemmour. LE FIGARO. 14 décembre 2021

Eric Zemmour. Crédit : Fabien Clairefond

TRIBUNE – Le candidat à la présidentielle explique ses préconisations pour favoriser la transmission d’entreprises familiales ainsi que les donations entre parents et grands-parents et leurs descendants. Ce sont là deux conditions de la prospérité économique du pays, estime-t-il.

Il y a quelques semaines, j’ai rencontré deux entrepreneurs du monde rural. Le premier se désolait: «Il y avait quinze fleurons chez nous. Les pères sont partis. Aucune de ces entreprises n’est restée dans le patrimoine de la commune. Elles ont été rachetées et les centres de décisions sont à l’étranger.» Le second ajoutait: «Ici, les gens ne se connaissent plus. Tout bouge. Beaucoup de choses ont été délocalisées.»

La semaine du FigaroVoxNewsletter

Le samedi

Retrouvez les chroniques, les analyses et les tribunes qui animent le monde des idées et l’actualité. Garanti sans langue de bois.S’INSCRIRE

Aujourd’hui, on enseigne dans toutes les écoles de commerce la sacro-sainte mobilité. L’idée de demeurer sédentaire, de prolonger une lignée, l’idée du temps long, dans l’économie comme dans la vie, ces idées-là sont reçues par la doxa contemporaine comme des signes de sclérose.

Il faut retrouver une France du patrimoine, de la propriété et de la transmission.

Je propose d’exonérer purement et simplement de droits de donation et de succession les transmissions d’entreprises familiales entre générationsEric Zemmour

Longtemps, le capitalisme français fut constitué de petites et moyennes entreprises dynamiques mais qui tenaient difficilement le choc face aux grands groupes germaniques ou américains. Sous la férule clairvoyante de Georges Pompidou, l’État a soutenu l’édification de géants capables de tenir leur rang dans la compétition mondiale. Cet élan fut le fruit du travail detous les Français.

À LIRE AUSSIMathieu Bock-Côté: «Petit éloge de l’héritage»

À VOIR AUSSI – «On croit à la famille, à la nature»: être jeune et voter Zemmour, qui sont les militants colleurs d’affiches?«On croit à la famille, à la nature»: être jeune et voter Zemmour, qui sont les militants colleurs d’affiches?Play Video

Mais, avec la mondialisation, les grands groupes ont délocalisé le travail et internationalisé le capital. Après avoir fait le succès des grandes, l’État doit désormais se mettre au service des petites et moyennes entreprises. Ainsi, la France disposera à son tour de ce tissu de PME qui fait la puissance économique des Allemands comme des Italiens.

Il faut retrouver notre tradition de capitalisme familial, qui protège le savoir-faire et les réussites acquis de génération en génération. Désormais, il y a très peu de transmissions d’entreprises entre les générations en France, par comparaison avec nos voisins européens: 25 % contre 51 % en Allemagne, 64% en Pologne, 75% en Autriche et 80 % en Italie.

Ce sujet est d’autant plus essentiel que l’immense majorité des emplois en France sont créés par des petites et moyennes entreprises, et que près de 20 % des dirigeants de petites et moyennes entreprises françaises sont âgés de plus de 60 ans.

La question est vitale: qu’attendons-nous pour remettre en cause nos droits de transmission, parmi les plus élevés au monde? L’Italie a, par exemple, mis en place un dispositif fiscal compétitif pour les transmissions d’entreprises, avec une exonération totale de droits jusqu’à 1 million d’euros et un taux d’imposition de seulement 4 % au-delà. Quel contraste avec le taux marginal français, qui peut atteindre les 45 %!

À LIRE AUSSIPrésidentielle: Éric Zemmour face aux défis de l’après-Villepinte

Alors, que faire, lorsque vous héritez d’une entreprise de vos parents, afin d’être en mesure de régler les sommes dues à l’administration fiscale? Revendre l’entreprise à un groupe étranger ou bien distribuer la trésorerie pour payer les droits de succession, au risque de la fragiliser? Comment accepter que toute une vie de travail soit ainsi sacrifiée?

Certes, le «pacte Dutreil» permet en principe d’exonérer de droits les donations et successions, à hauteur de 75 % de la valeur des titres des entreprises transmises. Toutefois, ce dispositif est trop complexe et soumis à trop de conditions. Il interdit les mouvements de rapprochement, pourtant essentiels pour faire émerger des entreprises de taille intermédiaire (ETI), qui créent des emplois et exportent. Nous avons trois fois moins d’ETI en France qu’en Allemagne (5400 contre 13.000).

Je propose donc d’exonérer purement et simplement de droits de donationet de succession les transmissions d’entreprises familiales entre générations. L’objectif de cette mesure est de pérenniser et de conserver en France les entreprises familiales. Ainsi, continueront-elles d’innover et de créer de l’emploi en France.

La nation est aussi une famille. Nous devons combattre le processus de désaffiliation qui corrompt notre sentiment d’appartenanceEric Zemmour

Transmettre son entreprise en ayant l’assurance qu’elle pourra devenir plus prospère qu’elle ne l’était, c’est aussi en faire profiter ses enfants de son vivant. Et, ce qui n’est pas négligeable, l’entrepreneur mettra d’autant plus d’énergie dans l’extension de son entreprise qu’il saura que ses enfants la perpétueront: le dynamisme entrepreneurial sera mécaniquement accru.

La fiscalité française concentre le patrimoine chez les personnes les plus âgées, qui voudraient transmettre de leur vivant mais sont dissuadées par notre fiscalité. Les inciter à transmettre une partie du patrimoine à leurs descendants de leur vivant aura pour effet secondaire de permettre à des générations plus jeunes d’investir et de consommer.

À LIRE AUSSI«Pourquoi il est impossible d’abolir l’héritage»

À VOIR AUSSI – Christophe Deldycke: «Les entreprises familiales n’ont plus peur des investisseurs»Play Video

Un parent peut actuellement donner à son enfant une somme exonérée de droits jusqu’à 100.000 euros tous les 15 ans, tandis que les donations d’un grand-parent à son petit-enfant sont exonérées de droits à hauteur de 31.865 euros seulement.

Afin d’inciter à la transmission tout au long de la vie, je propose donc qu’un parent puisse donner à son enfant une somme d’argent exonérée de droits jusqu’à 200.000 euros tous les 10 ans. Le régime applicable aux grands-parents en matière de donation sera également aligné sur celui des parents.

La nation est aussi une famille. Nous devons combattre le processus de désaffiliation qui corrompt notre sentiment d’appartenance. Je crois aux vertus de l’héritage, de l’enracinement et du patrimoine, qui, seules, hier comme aujourd’hui, ouvriront la voie à notre prospérité retrouvée.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :