Procession menacée à Nanterre : des élus dénoncent l’inertie du gouvernement face à la hausse des actes antichrétiens

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Les actes antichrétiens augmentent et sont de plus en plus violents. Dans la classe politique, plusieurs élus s’alarment du manque d’intérêt du gouvernement qui tarde à prendre des mesures pour endiguer le phénomène. 

Par  Anne-Sophie Retailleau Publié le 14 décembre 2021 VALEURS ACTUELLES

Photo © Leo Correa/AP/SIPAPartager cet article sur FacebookTwitterLinkedIn

Mercredi 8 décembre, jour de la fête de l’Immaculée conception. A la paroisse des Fontenelles, à Nanterre, une procession rassemblant une trentaine de personnes se lance dans les rues de la ville. Quelques minutes après le départ, plusieurs individus interpellent les processionnaires. Les insultes et les menaces fusent. « Wallah sur le coran je vais t’égorger » hurle l’un d’entre eux au prêtre qui marche en tête de la procession. Les participants sont traités de « kouffars »(mécréants en arabe), pendant que d’autres leur lancent « vous n’êtes pas chez vous ici ». Quelques minutes plus tard, la police intervient pour escorter les processionnaires jusqu’au point d’arrivée. En début de semaine, une plainte a été déposée par le diocèse.A LIRE « Ici c’est la terre d’Allah, cassez-vous » : un prêtre et des fidèles menacés d’égorgement et insultés à Nanterre

Un des paroissiens qui participait à la procession se montre fataliste : « On vit dans ce quartier sensible, on a une certaine habitude de la violence » précise-t-il. Après cet incident, les fidèles sont toutefois très inquiets face au risque de subir de nouvelles menaces ou des agressions. « Les paroissiens veulent surtout une forte mobilisation des forces de l’ordre. Leur plus grande inquiétude est de ne pas être protégés. » Notre témoin affirme que de telles violences ne s’étaient jamais produites auparavant dans la paroisse. Si les actes antichrétiens comme les profanations, les vols, les dégradations ne sont pas nouveaux, comme le rappelle le député LR Philippe Gosselin, les agressions et les menaces sont de plus en plus violentes. En mai dernier, un scénario similaire s’était produit, à l’occasion de la commémoration des victimes de la Commune. La procession organisée pour l’évènement avait violemment été attaquée par des militants d’extrême gauche, blessant plusieurs de ses participants. Pour l’élu de la Manche, ces violences, de plus en plus fréquentes, portent gravement atteinte à la liberté de culte des chrétiens.

Les chrétiens premiers visés par les attaques antireligieuses

À la suite des évènements de Nanterre, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin s’est exprimé dans un tweet, dénonçant les « actes inadmissibles » subis par les participants à la procession. S’il ne s’est pas exprimé publiquement sur les statistiques des actes antireligieux, les chiffres transmis par les services du ministère indiquent que les chrétiens sont les premiers visés par ces attaques. Ces derniers mois, 686 actes antichrétiens ont été recensés, contre 523 actes antisémites, et 171 actes antimusulmans. Avant la crise sanitaire, lors de laquelle de nombreuses églises ont été fermées, le nombre d’incidents visant les chrétiens et leurs lieux de culte s’élevait à plus de 1000 sur l’année 2019. « On a le sentiment d’une vraie recrudescence », remarque Philippe Gosselin. En 2019, le député et sa collègue Annie Genevard s’étaient alarmés de cette situation.

Dans un courrier adressé à Richard Ferrand, alors président de l’Assemblée, les deux élus demandaient la mise en place d’une mission d’information sur la multiplication des actes antichrétiens. Mais leur requête s’était vue appliquer une fin de non-recevoir, au motif que les données statistiques disponibles indiquaient déjà la réalité du phénomène. Le président de l’Assemblée n’a pas jugé nécessaire de mobiliser les moyens dont dispose la chambre. « Ce n’est pas qu’une question de statistiques, explique Philippe Gosselin, nous avons besoin d’effectuer des auditions, de procéder à des enquêtes, de comparer et d’analyser les données, afin de faire un vrai travail de fond et présenter des propositions pour lutter contre ce problème ». Le député constate avec colère une « minimisation du phénomène » par le gouvernement.

Même constat pour Valérie Boyer. La sénatrice LR avait questionné le gouvernement à deux reprises pour obtenir des informations et des moyens de contrôle. « Nous avons besoin de procéder à des enquêtes, c’est aussi le rôle du Parlement de contrôler l’activité de l’exécutif » affirme-t-elle, « on ne peut pas rester dans le flou, le gouvernement doit répondre à nos interrogations ». L’élue des Bouches-du-Rhône dénonce par ailleurs le « deux poids deux mesures » de la classe politique, qui a largement réagi, « à juste titre », à la profanation du carré musulman d’un cimetière. L’agression des catholiques à Nanterre, elle, a quasiment été passée sous silence.

Pas seulement un problème sécuritaire

A l’Assemblée nationale, la majorité des parlementaires LREM ne semblent pas plus concernés. Pour Agnès Thill, députée exclue du parti présidentiel, « la majorité s’assoit sur la liberté de culte sans souci, on l’a vu au moment du Covid ». Pendant le confinement et le couvre-feu, les chrétiens n’avaient pas pu se rendre à la messe, et le gouvernement avait par la suite arbitrairement fixé le nombre de personnes acceptées dans une église. L’élue distingue des messages contradictoires envoyés par le gouvernement. « Le Président rend visite au pape, mais il n’y a que peu de réactions face aux violences antichrétiennes », pointe l’élue. Si certains exigent davantage de protection aux abords des lieux de culte, elle considère que la vraie solution ne peut s’envisager que sur le long terme. « Plus on mettra en place des mesures de protection, plus on montrera que les chrétiens sont en position de faiblesse, et cela accentuera le phénomène. Ça ne suffira pas ». Pour Agnès Thill, « la seule solution, c’est de redresser la France. Et cela passe par le fait d’affirmer simplement que la France est un pays chrétien. Il faut que nos dirigeants l’affirment clairement : nous sommes dans un pays laïque, où chacun peut vivre, mais nous ne sommes pas dans un pays athée. Notre pays, nos paysages, portent la marque d’une histoire chrétienne ». Plus qu’un problème de sécurité, c’est un enjeu de civilisation. Difficile à entendre pour un président qui considère « qu’il n’y a pas de culture française ».

Pourtant, au ministère de l’Intérieur, on assure prendre « très au sérieux » le problème des actes antireligieux. S’il y a bien une baisse des actes antireligieux, le conseiller des cultes reconnaît qu’elle est à replacer dans le contexte sanitaire. « Il y a bien une recrudescence importante de ce type d’actes, reconnaît-il, notamment chez les catholiques ». Il pointe « deux éléments nouveaux : le terrorisme d’une part, et les agressions de l’autre ». Quant aux moyens alloués à la défense de la liberté de culte, 4 millions d’euros sont dépensés par an pour sécuriser les lieux de prière. Pour le ministère de l’Intérieur, il faut encourager les institutions ecclésiastiques à porter plainte lorsque de tels incidents se produisent. Le dispositif de sécurité, mis en place d’une manière plus ou moins étroite selon les cultes, doit être déployé plus largement pour les chrétiens, comme c’est déjà le cas pour les juifs. Mais ce sont aux organisateurs du culte d’en faire la demande. « La démarche est commune. Il faut signaler les évènements organisés, et les moyens nécessaires de sécurité seront appliqués ».

3 ans pour la mise en place d’une mission parlementaire

De même, les services du ministère de l’Intérieur se félicitent de l’initiative du premier ministre, qui vient de nommer deux députés, Ludovic Mendès et Isabelle Florennes, pour une mission parlementaire concernant les actes antireligieux. Les deux parlementaires sont chargés d’établir un rapport d’ici février 2022, afin de recenser les cas et d’établir des propositions en matière de prévention et de sanction. « Ils ont beau jeu de demander une mission parlementaire, remarque Philippe Gosselin, ça fait presque 3 ans que nous la réclamons ! ». Des initiatives dans ce sens avaient été rejetées à plusieurs reprises. « Jusque là, il y a eu une banalisation de la violence, un manque d’intérêt manifeste et un manque de courage qui participent à la montée des tensions », affirme le député. Il questionne la qualité et l’efficacité des travaux à effectuer dans le cadre de cette mission. « C’est un travail qui nécessite plusieurs mois, or avec l’élection présidentielle, il faut avoir en tête que les travaux parlementaires se termineront fin février… ». Reste à voir quelles seront les actions concrètes mises en place.

Pour ces élus qui s’alarment de la montée des actes antichrétiens, il y a urgence. « Dans le monde, 1 chrétien sur 9 subit des persécutions » rappelle Valérie Boyer. Le christianisme demeure la religion la plus persécutée au monde. A quelques semaines de Noël, l’actualité vient nous rappeler que cela ne se passe pas uniquement en dehors de nos frontières.

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