Faire taire l’opinion adverse : le dernier renoncement démocratique

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FRONT POPULAIRE. 16 décembre 2021

OPINION. Élus, intellectuels, journalistes… à l’approche des élections, ils sont de plus en plus nombreux à agiter l’épouvantail de la déstabilisation démocratique pour réclamer la censure de certaines opinions.

Faire taire l’opinion adverse : le dernier renoncement démocratique

« C’est justement parce que je peux tout que je ne peux pas tout me permettre. » Cette phrase que Michel Audiard fait dire à Jean Gabin dans Le président résume à elle seule la charge qui incombe à un élu de la République.

Que ce dernier soit président du Conseil (dans le film), député, sénateur, élu régional ou départemental ou maire, le respect de l’État de droit est le garant de la démocratie qui nous permet aujourd’hui de nous exprimer, dans tous les sens du terme. Ces élus sont le premier maillon de cet État de droit qu’ils représentent et auquel nous, citoyens, sommes attachés. Ces élus sont le premier maillon du processus démocratique qu’ils se doivent de défendre chaque jour et dont nous bénéficions. Ils sont aussi ce chaînon du jeu démocratique qu’est l’élection présidentielle dont ils ont le premier rôle et nous le dernier.

Aujourd’hui, le rôle qu’on nous attribue n’est même plus celui d’acteur, mais celui de figurant, voire d’otage. Il ne se passe pas une semaine sans que des représentants de la République, ceints de leur écharpe tricolore et se réclamant des idées de Voltaire, ne s’érigent en moralistes, énonçant haut et fort les critères non négociables à l’apposition de leur signature devenue une faveur presque royale. Au diable la République. Il ne se passe pas une semaine sans que des idées ne soient passées au crible du politiquement correct et mises en examen par une poignée d’élus ou d’intellectuels bien-pensants. Il ne se passe pas une journée sans que des électeurs soient méprisés, relégués au rang de simples consommateurs auxquels on serre la main dans les marchés quelques semaines avant des élections pour faire populaire. « Je ne suis pas d’accord avec vous, mais je battrai jusqu’à ma mort pour que vous puissiez le dire » ne semble avoir été valable que pour leur élection. Est-il permis en effet qu’un candidat à l’élection présidentielle, quel qu’il soit, se retrouve obligé de quémander un parrainage à un élu qui a bénéficié du processus démocratique pour avoir ce rôle ? est-il permis, par extension, que des électeurs soient pris en otage par ceux-là même qu’ils ont élu ?

La démocratie est un concept qui ne peut fonctionner qu’avec des démocrates. Et pourtant, ils sont nombreux ces démocrates à ériger des barrières sur la base de critères culturels et sociaux présentés comme des frontières au-delà desquelles la paix ne serait plus assurée. L’épouvantail de la déstabilisation, que certains ont contribué à alimenter, serait donc le prétexte au plus grave renoncement démocratique. Une façon comme une autre d’ouvrir la porte à la transformation de la France en « une démocratie sans démocrates », pour reprendre la formule de Ghassan Salamé dans son ouvrage sur le monde arabe.

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