Laïcité: cachez ce sondage…

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Par Judith Waintraub LE FIGARO. 17 décembre 2021

40 % des lycéens estiment que «les règles édictées par leur religion sont plus importantes que les lois de la République».Guillaume Bonnefont/P3 PRESS/MAXPPP

DÉCRYPTAGE – Une enquête édifiante de l’Ifop pour la Licra montre la présence de plus en plus intrusive de l’islam au lycée. Une réalité que certains milieux contestent et voudraient ignorer.

Menus halal, toilettes séparées, contestation des cours… Les lycéens musulmans sont de plus en plus nombreux à exiger des dérogations à la règle commune et leurs condisciples s’en émeuvent de moins en moins. Tels sont les principaux enseignements du sondage* sur les lycéens et la laïcité réalisé par l’Ifop à la demande de la Licra, qui vientd’en publier la deuxième partie. 40 % des lycéens et parmi eux 65 % des musulmans estiment que «les règles édictées par leur religion sont plus importantes que les lois de la République», contre 23 % des Français dans leur ensemble. Cette proportion explose dans les lycées classés «prioritaires». Dans cette enquête, réalisée trois mois après l’assassinat de Samuel Paty, 19 % seulement des lycéens musulmans trouvent «justifié» que des enseignants leur montrent «des dessins caricaturant ou se moquant des religions afin d’illustrer les formes de liberté d’expression». Les lycéens dans leur ensemble ne sont que 61 % à tolérer l’humour sur les religions contre 73 % de la population.

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Ce sondage n’était pas encore paru que la Vigie de la laïcité sonnait le tocsin, le qualifiant de «biaisé»,«éminemment partial» et contestant le focus sur les lycéens musulmans, qui aboutirait à «une division nauséeuse de la population lycéenne, à l’opposé de toute démarche laïque». La Vigie de la laïcité est l’association fondée par Jean-Louis Bianco et Nicolas Cadène après que Marlène Schiappa a mis fin aux activités de l’Observatoire de la laïcité, rattaché à Matignon, dont ils étaient respectivement président et rapporteur général. La ministre à la Citoyenneté a obtenu la suppression de l’Observatoire en mars dernier, gagnant un combat engagé par Manuel Valls premier ministre en 2015, quand Jean-Louis Bianco avait signé une tribune alertant contre la «stigmatisation» de l’islam et le risque de «division» en réaction aux attentats islamistes du 13 novembre. Parmi les signataires, des individus et des groupes comme le CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France, aujourd’hui dissous) réputés proches des Frères musulmans.

«Arme contre la laïcité»

Ensemble ou séparément, le duo Bianco-Cadène s’est aussi distingué par ses attaques contre Élisabeth Badinter quand la philosophe avait affirmé que l’accusation d’«islamophobie» était une «arme contre la laïcité», ses critiques des arrêtés anti-burkiniou sa défense du voile pour les accompagnatrices de sortie scolaire comme pour les jeunes filles accomplissant leur service civique. Il tente de continuer le combat avec la Vigie de la laïcité, qui compte parmi ses membres fondateurs le sociologue Jean Baubérot, théoricien d’une «laïcité apaisée»,l’anthropologue Dounia Bouzar, spécialiste de la déradicalisation aux méthodes controversées, ou encore le sociologue Michel Wieviorka, qui conteste l’existence d’un «racisme d’État» pour mieux pourfendre le «racisme institutionnel».

Le communiqué de la Vigie de la laïcité contre le sondage Ifop-Licra se conclut par un appel aux médias et aux responsables publics «à ne pas relayer “tel quel” ce sondage tronqué […], mais à bien en identifier les nombreux biais». François Kraus, directeur de l’expertise «Actualités et Politique» de l’Ifop, a répondu point par point à ce qu’il considère comme une «entreprise de diffamation» de Jean-Louis Bianco et de Nicolas Cadène, en montrant l’inanité de leurs critiques méthodologiques (voir sur le site de l’Ifop). Le ministère de l’Éducation nationale, quant à lui, n’avait pas réagi au sondage au moment où Le Figaro Magazine bouclait son édition. Le contraste entre les résultats de l’enquête et les chiffres publiés la semaine dernière par la Rue de Grenelle sur les atteintes à la laïcité est pourtant surprenant. Un peu moins de 160 ont été signalées entre septembre et mi-novembre dans les 3750 lycées de France, toutes catégories confondues. Et dire qu’en octobre 2020, Jean-Michel Blanquer répétait encore: «La logique du “pas de vague”, je ne la supporte plus!» C’était juste après l’hommage d’Emmanuel Macron à Samuel Paty.

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*Réalisé en ligne du 15 au 20 janvier selon la méthode des quotas auprès d’un échantillon représentatif de 1006 lycéens.

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