MATHIEU BOCK-CÔTE. Chronique

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Par Mathieu Bock-Côté 17 décembre 2021. LE FIGARO

Mathieu Bock-Côté. LE FIGARO

CHRONIQUE – Sous la présidence Trump, on s’est beaucoup inquiété de la prolifération des fake news. Mais on en vient à oublier l’existence aujourd’hui d’une sorte de version mondaine et progressiste de cette théorie conspirationniste.

On trouve à Paris, mais ailleurs aussi, des journalistes qui pratiquent leur métier de nouvelle manière. Se croyant grands reporters, et considérés ainsi par une partie de leurs pairs, ils versent toutefois dans le complotisme mondain et en viennent à fabriquer médiatiquement un monde alternatif en croyant décrire les zones invisibles du monde réel. À la recherche de réseaux, de complicités nauséabondes, de mécènes horribles, de lectures clandestines, ils scrutent la vie des politiques et des intellectuels en croyant cartographier leur univers. C’est la méthode du journalisme de cas contact.

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Ils ont une thèse à démontrer et la démontreront à tout prix, quitte à sélectionner des faits sans trop de rapports entre eux, quitte même à les tordre, quitte même, s’il le faut, à les inventer, sans oublier d’en effacer d’autres, afin de tisser entre eux un fil d’ariane imaginaire pour reconstruire de manière fantasmagorique un parcours et confirmer après coup ce qu’ils croyaient savoir dès le début. Et cette thèse est toute simple: l’extrême droite serait parmi nous, au seuil du pouvoir,et il y aurait urgence à traquer ses collabos, ceux qui «font le jeu de», selon la formule consacrée. Naturellement,la définition proposée de l’extrême droite est aussi floue que variable: globalement, sera d’extrême droite ce que la pressede gauche détestera extrêmement. Lorsque vient le temps de demanderà ces fins limiers de définir avec un minimum de rigueur les concepts dont ils se réclament, ils y parviennent rarement.

Sale étiquette

Mais on l’aura compris, le pouvoir d’étiqueter et d’étiqueter négativement est le plus important qui soit dans une société où les médias prennent une telle importance. Car dès lors qu’une étiquette diffamante colle à un homme public, tous ses propos seront interprétés à cette lumière, et on ne l’écoutera plus pour ce qu’il dit mais pour ce qu’il ne dit pas mais qui inonderait paradoxalement son propos. Voilà pourquoi la sociologie des codes de la respectabilité est essentielle pour analyser les mécanismes du débat public.

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La méthode n’est pas nouvelle: qui parvient à coller une sale étiquette à un adversaire parviendra peut-être à l’infréquentabiliser, à le rendre sulfureux, et même nauséabond. Il aura beau s’en défendre, s’il le veut, ou afficher son indifférence, s’il ne sent pas le besoin, cette entreprise de salissage laissera parfois quelques traces. À travers cela, on assiste au désir de mettre au point une fabrique du monstre. L’objectif est de réussir à condamner à la peine de mort sociale celui qui ne pense pas de la bonne manière. Il y a là une forme de vilenie fanatique, qui nous rappelle bien le XXsiècle intellectuel, qui fut celui des listes de proscrits.

Fantasmes idéologiques

On s’est beaucoup inquiété, sous la présidence de Donald Trump, de la prolifération des fake news. Mais on en vient à oublier l’existence aujourd’hui d’une sorte de version mondaine et progressiste de QAnon (mouvance conspirationniste américaine, NDLR) chez certains journalistes d’enquête. Ils falsifient la réalité, et créent même un monde parallèle correspondant à leurs fantasmes idéologiques. Ce sont des spécialistes de la contrefaçon, des créateurs de fake news. Lorsqu’on lit leurs articles, on constate souvent qu’on n’y trouve à peu près rien de vrai. Ont-ils menti volontairement? Le font-ils parce qu’ils sont indifférents à la vérité et au mensonge et qu’ils croient servir une supervérité qui leur vient par révélation militante? Sont-ils conscients de vivre dans un univers halluciné?

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Ils proposent un récit, pour définir un personnage, avec l’ambition de l’imposer de manière durable dans la vie publique. Souvent répété, il créera une réalité alternative, le double médiatique d’un intellectuel. C’est l’argument du vrai visage. Il repose sur une thèse étrange, voulant que certains intellectuels avancent à visage masqué, en dissimulant une filiation clandestine ou des préférences inavouables. Derrière le travail d’un intellectuel, derrière ses livres, derrière ses éditoriaux et ses tribunes, se trouverait un sous-texte, une ambition qu’il ne confesse pas mais qui le commanderait.

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Ces journalistes traqueurs de monstres ont-ils la moindre preuve de ce qu’ils avancent? Bien sûr que non. Mais puisqu’on cherche le vrai visage, qui par définition, se cacherait, les preuves ne sont pas nécessaires. Le ressenti suffit. C’est la prime à la calomnie. Naturellement, il ne sert à rien de répondre à ces commissaires politiques. Tout est tellement faux dans leurs articles qu’on y perdrait son temps. Mais il n’est pas interdit d’analyser leurs méthodes et de voir de quelle manière ces falsificateurs qui se réclament du journalisme corrompent l’exercice démocratique.La rédaction vous conseille

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