Volodymyr Zelensky : «La Russie menace l’Ukraine pour faire chanter l’Occident. Laissez-nous rejoindre l’Otan»

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Par LENA. LE FIGARO. 17 décembre 2021

Volodymyr Zelensky, le président ukrainien.
Volodymyr Zelensky, le président ukrainien. AFP / JOHANNA GERON

VU D’AILLEURS – Entretien avec le président ukrainien : «Nous protégerons notre terre et notre peuple en toutes circonstances. Les Ukrainiens ne renonceront jamais à leur liberté.»

Par Pietro Del Re (La Repubblica)

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Monsieur le Président, Vladimir Poutine a de nouveau déployé des troupes à la frontière avec l’Ukraine. Ces manœuvres militaires vous semblent-elles plus menaçantes que d’habitude ?

À quoi servent les troupes stationnées près de nos frontières ? La Russie s’en sert à des fins de chantage. Avant tout, contre les États occidentaux. Lorsque les troupes russes se renforcent, le chantage se fait plus dur, à tel point que l’on craint une agression contre notre État ou l’ensemble de la région. La Russie a commencé cette guerre en 2014 et depuis, nous sommes habitués à tous les scénarios. Malheureusement, on ne peut pas en dire autant des autres pays européens. L’Allemagne, par exemple, nous a récemment empêchés d’obtenir de l’Otan des fusils anti-drone et des systèmes anti-sniper, des armes purement défensives. Toute démocratie victime d’une agression devrait avoir le droit d’acquérir de telles armes. Malheureusement, c’est la peur qui prévaut dans certaines capitales européennes.

L’Europe et les États-Unis ont condamné le Kremlin et se sont à nouveau rangés du côté de Kiev. Mais si les Russes envahissaient votre pays demain, seriez-vous prêts à les affronter ?

Nous protégerons notre terre et notre peuple en toutes circonstances et contre toutes les invasions. Les Ukrainiens ne renonceront jamais à leur liberté. Pendant ce temps-là, à Moscou, on pourrait presque ouvrir un musée consacré aux nombreuses condamnations reçues du Kremlin. Nous sommes bien sûr reconnaissants de tout le soutien dont nous bénéficions. Mais les efforts collectifs ne suffisent pas à ramener la Russie ni à une politique fondée sur le respect du droit international et des États voisins, ni à des négociations de paix sérieuses en Ukraine orientale. Après tout, même l’accord sur les prisonniers de guerre signé à Paris en 2019 n’a toujours pas été appliqué. Des centaines de personnes sont retenues prisonnières dans les territoires occupés, auxquels la Russie avait promis de garantir l’accès des organisations internationales. Mais il n’en est rien, car les prisonniers ukrainiens vivent dans des conditions si épouvantables qu’il est inenvisageable pour la Russie de les dévoiler à la Croix-Rouge.

Avez-vous estimé le nombre de morts possibles en cas de guerre ?

C’est précisément parce que nous pensons au nombre possible de victimes que nous insistons constamment sur les efforts diplomatiques. Nous ne «jouons» pas avec les armes, nous ne déployons pas de troupes à la frontière, nous ne faisons pas usage de la force à l’encontre du territoire occupé de notre État. Cette guerre a déjà fait quelque 15.000 morts. Un million et demi d’Ukrainiens ont été contraints de fuir leurs foyers et sont devenus des réfugiés à l’intérieur de leur propre pays. Si l’on parle du prix d’un conflit à plus grande échelle, il est clair que les pertes humaines pourraient atteindre un ordre de grandeur bien supérieur. Y compris pour les Russes. La question qui se pose est celle de savoir si la société russe est prête ou non à sacrifier la vie de ses citoyens pour occuper une autre partie de l’Ukraine.

Pendant ce temps-là, des gens continuent à mourir dans le Donbass. Comment se fait-il qu’après huit ans, on n’entrevoie toujours aucun signe de paix ?

L’Ukraine est prête à faire tous les efforts nécessaires pour parvenir à une paix juste et durable. Cette interview pourrait prendre la forme d’un énorme livre si je commençais à énumérer toutes les propositions que nous avons faites à la Russie dans le but d’intensifier les négociations. Mais il suffirait d’un seul chapitre pour compiler les réponses données par cette même Russie, qui ne se considère toujours pas comme une partie en cause. Son astuce à la table des négociations consiste à insister sur la nécessité d’établir un dialogue avec les séparatistes du Donbass. Mais qui sont ces séparatistes ? Au sein des territoires occupés, tout est géré par des militaires et fonctionnaires du gouvernement russe.

Vladimir Poutine demande désormais des garanties écrites, telles qu’un rejet préventif de l’adhésion de Kiev à l’Otan. Seriez-vous prêt à renoncer à ce projet en échange d’un retrait définitif des troupes de Moscou stationnées à vos frontières ?

Notre État a renoncé à sa part de l’arsenal nucléaire soviétique, le troisième plus grand au monde, et a obtenu en échange l’assurance, également de la Russie, que ses frontières et sa sécurité seraient respectées. Un engagement qui n’a pas été tenu. Il est donc assez étrange d’entendre la Russie nous demander des garanties, alors qu’elle a elle-même déjà rompu tant de ses promesses.

Pensez-vous que la menace de lourdes sanctions économiques brandie par le président américain Joe Biden soit suffisante pour arrêter Moscou ?

Les discussions entre le président américain et son homologue russe n’ont abouti à aucune réduction des troupes à nos frontières. Sans parler de ce qui se passe en mer d’Azov, dont 70 % de la superficie est sous contrôle russe. Ce n’est que lorsque les choses commenceront à changer que nous pourrons dire que les arguments de Biden se sont avérés convaincants.

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Ne pensez-vous pas que, pour faire pression sur Poutine, il suffirait de le menacer de ne pas ouvrir le gazoduc Nord Stream 2, un ouvrage récemment achevé qui permettra à Moscou de transporter 55 milliards de mètres cubes de gaz naturel par an vers l’Allemagne et le reste de l’Europe ?

Le fait même que le Nord Stream 2 puisse être mis en service a quelque chose d’extrêmement déstabilisant pour notre région. La Russie investit dans les pays occidentaux dans le but de faire fonctionner le nouveau gazoduc à son plein potentiel, ce qui signifierait la fin du transport de gaz depuis le territoire ukrainien. Lorsque cela se produira, les problèmes de sécurité en Europe centrale et orientale augmenteront de façon spectaculaire.

Actuellement, vous vous entretenez activement avec les dirigeants des pays de l’UE. Qu’attendez-vous exactement de l’Europe et de l’Italie, en particulier ?

Certains pourraient avoir peur du potentiel économique de l’Ukraine, mais si l’Ukraine devient un membre à part entière de la communauté européenne, l’Italie et d’autres pays n’en retireront que des avantages. Quand il s’agit de parler paix avec la Russie, les Italiens n’ont pas moins de poids politique que les autres États qui participent déjà à l’effort de négociation. Noël approche à grands pas. C’est donc le moment d’essayer d’obtenir un cessez-le-feu, la libération des prisonniers ainsi que la création de conditions favorables à la libre circulation des personnes. Je suis persuadé que lorsqu’elle s’entretiendra avec Moscou, l’Italie aura son mot à dire. Et que Poutine ne pourra pas l’ignorer.

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