ENQUÊTE. Comment la Chine fait main basse sur l’Amérique latine

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Autrefois soumis à l’influence du pays de l’Oncle Sam, le continent latino, que l’on surnommait « l’arrière-cour de Washington », est devenu la chasse gardée de Pékin. Enquête.

Le président chinois Xi Jinping et celui du Panama Juan Carlos Varela devant le canal de Panama, en décembre 2018.

Le président chinois Xi Jinping et celui du Panama Juan Carlos Varela devant le canal de Panama, en décembre 2018.

L’EXPRESS 19 décembre 2021

Qui n’a jamais rêvé des Galapagos ? Classé au patrimoine mondial de l’Unesco, l’archipel, un sanctuaire écologique, est demeuré à l’écart de la civilisation durant des siècles. A 1000 kilomètres des côtes de l’Equateur, son territoire volcanique aux plages de sable fin abrite tortues géantes et iguanes endémiques, albatros majestueux et pinsons de Darwin, perroquets multicolores et fous à pieds bleus, tandis que sa réserve marine est un aquarium peuplé de poissons étincelants, mais aussi d’otaries, de dauphins, de baleines à bosse et de requins gris, marteau, tigre ou à cornes. Le paradis terrestre ? Voire. 

A l’heure où vous lisez ces lignes, environ 300 navires-usines chinois cernent les 19 îles des Galapagos et, à 20 kilomètres au large, siphonnent les fonds marins vingt-quatre heures sur vingt-quatre, causant des dégâts irrémédiables à la biodiversité. Poissons et calamars sont immédiatement congelés à bord et empaquetés pour être vendus sur le marché chinois, qui compte 1,4 milliard de consommateurs. 

« Après avoir ratiboisé les stocks, cette armada met habituellement le cap sur l’île de Pâques, au large du Chili, pour y commettre les mêmes dégâts, raconte le géographe et spécialiste de la Chine contemporaine Emmanuel Véron. Puis, elle cingle vers la Chine, où les équipages, composés essentiellement de paysans, retrouvent le monde rural dont ils sont issus… jusqu’à la prochaine campagne de pêche au long cours, qui durera cinq mois. » La Loupe, le podcastNouveau ! Ecoutez l’info de plus près
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Des habitants de l'île équatorienne de Santa Cruz aux Galapagos manifestent contre la pêche illégale le 14 août 2017, après la découverte de 300 tonnes de poissons, y compris des espèces de requins protégées sur un navire chinois
Des habitants de l’île équatorienne de Santa Cruz aux Galapagos manifestent contre la pêche illégale le 14 août 2017, après la découverte de 300 tonnes de poissons, y compris des espèces de requins protégées sur un navire chinoisafp.com/JUAN CEVALLOS

Mais pourquoi l’Equateur (17,6 millions d’habitants), dont dépendent les Galapagos, accepte-t-il le pillage de ses ressources ? « La réponse est simple, explique, sous couvert d’anonymat, un ancien membre de l’administration américaine. Depuis qu’au début des années 2010, le prix du baril a chuté de moitié, ce pays producteur de pétrole n’est plus en mesure de rembourser les emprunts contractés auprès de consortiums chinois qui ont construit de nombreuses routes et barrages. Dorénavant, Pékin fait sa loi à Quito. » 

Ce cas d’école illustre une évolution géopolitique majeure : la dépendance de l’Amérique latine vis-à-vis de l’empire du Milieu. Alors que la « doctrine Monroe » (1823) puis celle du « Big Stick » (1901) de Theodore Roosevelt avaient fait du continent latino « l’arrière-cour des Etats-Unis » pendant deux siècles, cette région du monde se trouve, depuis une bonne quinzaine d’années, sous influence chinoise. 

"L'arrière pour de Pékin" ou le monde latino sous influence chinoise
« L’arrière pour de Pékin » ou le monde latino sous influence chinoiseCartographie: Dario Ingiusto L’Express

Tout commence après l’adhésion de Pékin à l’Organisation mondiale du commerce, en 2001. S’ensuit une ruée chinoise aux antipodes. « Cinq à dix ans après avoir « colonisé » l’Afrique, les Chinois ont vu dans le continent latino un autre eldorado et un relais de croissance », expose l’économiste Emmanuel Hache, qui étudie les économies asiatiques. La fréquence des voyages de Xi Jinping est un indicateur sûr : de 2014 à 2020, le dirigeant communiste a visité plus souvent l’Amérique du Sud et centrale que le continent noir. LIRE AUSSI >> Pour ou contre : l’entrée de la Chine dans l’OMC a-t-elle été une erreur ?

Pour son pays, qui est le plus peuplé du monde, l’équation est simple : alors qu’il ne possède qu’un dixième des terres arables du globe, il doit nourrir un habitant de la planète sur cinq (18%). « Pour la sécurité alimentaire de la Chine, l’Amérique latine est cruciale », résume Sylvie Bermann, ambassadrice de France à Pékin (de 2011 à 2014), lors d’un récent colloque à la fondation France-Amériques, à Paris. 

Les Chinois jettent leur dévolu sur les matières premières dont ils manquent : produits agricoles (soja), énergies fossiles (pétrole), minerais (fer). Depuis 2005, ils investissent aussi dans les infrastructures routières, portuaires et hydroélectriques. Résultat, l’empire du Milieu contrôle ou possède des participations dans quarante ports sur les côtes des deux océans et à l’entrée du canal de Panama ! L’un des ports s’inscrit dans un méga projet au Salvador, qui couvrira à terme un dixième de la superficie de ce petit Etat. 

Chargement d'une production de soja dans une ferme à Toledo (Etat de Parana, sud), le 13 mai 2003
Chargement d’une production de soja dans une ferme à Toledo (Etat de Parana, sud), le 13 mai 2003afp.com/NANI GOIS

Après avoir déroulé le tapis rouge au président Xi Jinping lors d’une visite en 2019, son homologue salvadorien  Nayib Bukele – un populiste – attend maintenant la concrétisation des infrastructures promises qui portent le nom de « zone économique spéciale ». Outre une plateforme logistique sur le littoral du Pacifique, l’accord entre les deux pays inclut la construction d’une zone industrielle, d’un port, d’un aéroport, d’un stade, d’une bibliothèque, d’une usine d’assainissement des eaux sur le lac Ilopango ainsi que l’amélioration des infrastructures touristiques de Surf City, un « spot » touristique sur le littoral. « L’ensemble du projet devrait être construit par des ouvriers chinois », selon la Prensa, un quotidien du pays voisin, le Honduras. De son côté, l’administration américaine fait son possible pour freiner l’ensemble du projet en multipliant les pressions diplomatiques en coulisses. 

A travers le continent, les Chinois possèdent d’autres infrastructures, par exemple quinze installations hydroélectriques majeures. Au Chili, ils contrôlent 57% de la distribution d’électricité. Le sous-sol est également convoité par Pékin. Outre le fer brésilien, la Chine cible les minerais dits « de la transition énergétique » : lithium et cuivre de Bolivie, du Chili et d’Argentine, essentiels pour la fabrication des batteries. 

Une base de communication spatiale chinoise en Patagonie

Cette omniprésence, on s’en doute, contrarie les Etats-Unis. « Visible partout, la progression chinoise est alarmante du point de vue stratégique », s’est inquiété, devant le Congrès américain, en mars dernier, l’amiral Craig S. Faller, qui vient de quitter ses fonctions de patron du Southern Command, c’est-à-dire de la région militaire latino-américaine. 

Particulièrement préoccupante aux yeux du Pentagone est la perspective de l’utilisation militaire qui pourrait être faite, du jour au lendemain, des ports de commerce et des aéroports civils. Autre problème : l’installation en 2017 d’une station chinoise de communication avec des satellites dans la province de Neuquén, en Patagonie, gérée directement par le ministère chinois de la Défense, sans droit de regard de l’Argentine. 

La situation géopolitique est pour le moins paradoxale. Ainsi, les Etats-Unis sont de plus en plus absents dans leur traditionnelle « arrière-cour » mais omniprésents en mer de Chine et en Asie du Sud-Est à travers leurs alliances régionales tandis que l’Empire du Milieu s’est déplacé jusque dans les Caraïbes et sur le continent latino. 

Les Etats-Unis soupçonnent d’ailleurs le grand rival asiatique d’être derrière le projet argentin de base navale en Terre de Feu. Annoncé cet été par le président Alberto Fernandez, cet investissement à 300 millions de dollars doit faire d’Ushuaia un « hub » logistique pour l’Atlantique Sud. Enfin, last but no least, le seul câble Internet sous-marin connectant l’Afrique à l’Amérique du Sud est chinois. Déployé en 2018 par Huawei, le South Atlantic Inter Link (SAIL) relie le Cameroun au Brésil. Les Occidentaux, Etats-Unis en tête, y voient bien sûr un danger pour la sécurité de leurs communications. 

La présidente brésilienne Dilma Rousseff (g) et le président chinois Xi Jinping (d) au début du sixième sommet des Brics à Fortaleza, au Brésil, le 15 juillet 2014
La présidente brésilienne Dilma Rousseff (g) et le président chinois Xi Jinping (d) au début du sixième sommet des Brics à Fortaleza, au Brésil, le 15 juillet 2014afp.com/Yasuyoshi Chiba

Nulle part, l’empreinte de la République populaire de Chine (RPC) n’est aussi forte qu’au Brésil. Avant de mettre de l’eau dans sa caïpirinha, le président Bolsonaro déclarait : « Les Chinois n’achètent pas au Brésil, ils achètent le Brésil. » De fait, depuis le début du siècle, le volume du commerce entre le pays de la samba et celui de Confucius a été multiplié par 75 – de 1,5 milliard de dollars en 1999, il devrait atteindre 115 milliards cette année. 

« L’une des conséquences de cette présence écrasante est la « reprimarisation », ou désindustrialisation, de l’économie », reprend l’économiste Emmanuel Hache. Un exemple : en faillite au Brésil où elle n’est plus compétitive, l’industrie de la chaussure s’est relocalisée en Chine, où certains entrepreneurs du secteur sont partis s’installer. 

Autre conséquence inattendue : le secteur agricole brésilien, traditionnellement conservateur, religieux et de droite, est aujourd’hui l’allié objectif de la Chine communiste ! Mieux, le spectaculaire boum du soja a dynamisé les Etats agricoles du Mato Grosso, du Rio Grande do Sul ou du Goiais (au centre géographique du Brésil) à tel point qu’il a renforcé leur poids politique, naguère insignifiant, au détriment des Etats historiques du sud du pays – Etats de Rio de Janeiro, de Sao Paulo, de Rio Grande do Sul. LIRE AUSSI >> Chine-Etats-Unis, la détente qui arrangerait tout le monde, par George Friedman

Non contents de faire leurs emplettes au « supermarché latino », les Chinois inondent le continent de biens manufacturés : de l’électroménager, évidemment, mais aussi des produits technologiques made in China, comme les caméras de surveillance (Hikvision) celles de reconnaissance faciale (SenseTime) présents dans de très nombreux ports et aéroports. D’ailleurs le marché est prometteur : le continent latino abrite 8% de la population mondiale mais concentre un tiers des homicides volontaires de la planète. Le business de la sécurité et de la surveillance a donc de beaux jours devant lui. 

Des visiteurs d'un salon sur la sécurité publique filmés par une caméra dotée de technologies de reconnaissance faciale, à Pékin le 24 octobre 2018
Des visiteurs d’un salon sur la sécurité publique filmés par une caméra dotée de technologies de reconnaissance faciale, à Pékin le 24 octobre 2018afp.com/NICOLAS ASFOURI

Au Nouveau Monde, la Chine et l’Occident ne jouent pas à armes égales. « Lorsque les compagnies minières occidentales investissent à l’étranger, elles s’engagent à adopter une attitude responsable, en conformité avec les normes sociales du Pacte mondial des Nations unies, rappelle la diplomate canadienne Geneviève des Rivières, qui a été ambassadrice au Pérou, en Colombie et en Bolivie. La Chine, elle, est au-dessus de ça… » 

Gare, toutefois, au retour de bâton ! « L’on assiste depuis deux ou trois ans à un revirement dans l’opinion, reprend le géographe Emmanuel Véron. Les milieux intellectuels, notamment au Brésil et au Chili, commencent à formuler des critiques à l’égard de Pékin. Parmi les dizaines de milliers d’étudiants latinos (auxquels il faut ajouter des universitaires et des politiques) bénéficiaires de bourses, nombreux sont ceux qui n’ont pas été enchantés par leurs voyages d’études à l’Ecole de télécommunications de Pékin, à l’Université normale de Shanghai ou dans les nombreuses autres universités où ils sont invités. » La désillusion des Latinos s’explique aussi par le fait que les promesses d’investissements n’ont pas toujours été tenues. 

Hugo Moroso (au centre) avec des collègues mineurs sur le site de la mine de cuivre de Kiara, dans le nord du Chili, le 22 juin 2021
Hugo Moroso (au centre) avec des collègues mineurs sur le site de la mine de cuivre de Kiara, dans le nord du Chili, le 22 juin 2021afp.com/GLENN ARCOS

Un certain mécontentement antichinois s’exprime également lors de conflits sociaux comme, par exemple, en août dernier, dans des mines péruviennes à capitaux pékinois. Au reste, la main-d’oeuvre chinoise est de moins en moins la bienvenue dans les régions minières des Andes ou ailleurs. L’Empire du Milieu qui, ces jours-ci, manque de main-d’oeuvre rapatrie au pays natal depuis quelques mois un nombre croissant de nationaux. De son côté, le Brésil avait pris les devants dès 2017 : une loi du travail protégeant les travailleurs locaux contre la concurrence de la main-d’oeuvre asiatiques avait été votée. 

Les vaccins comme moyens de pression

Endettés jusqu’au cou, certains pays comme l’Equateur et l’Argentine n’ont guère de marges de manoeuvre face à leur créancier asiatique. D’autant que celui-ci exerce aussi ses pressions à travers la diplomatie vaccinale. Un temps exclu des appels d’offres sur le marché de la télécommunication 5G au Brésil, le gouvernement chinois est parvenu à revenir dans le jeu en faisant valoir ses atouts dans le domaine du partenariat vaccinal. 

Et ce « chantage au vaccin » ne concerne pas seulement le Brésil : « En mai dernier, je me trouvais avec le président du Honduras Juan Orlando Hernandez, raconte un haut fonctionnaire de la Banque mondiale. Le chef de l’Etat nous a alors expliqué qu’il devrait probablement couper ses relations diplomatiques avec Taïwan, faute de quoi il ne recevrait pas les vaccins chinois tant espérés par la population… » LIRE AUSSI >> Nicaragua : comment Daniel Ortega et Rosario Murillo renforcent leur dictature

La chose n’est pas encore advenue au Honduras mais, ces dernières années, quatre autres pays latino-américains ont franchi le pas, abandonnant Taipei pour faire allégeance à Pékin : le Panama en 2017, le Salvador et la République dominicaine en 2018, et le Nicaragua le 10 décembre dernier. Un choix pas forcément judicieux dans la mesure où, à l’heure de l’émergence du variant Omicron, l’efficacité des vaccins chinois Sinovac et Sinopharm est de plus en plus remise en question. 

Quoi qu’il en soit, quatorze nations dans le monde apportent encore à ce jour leur soutien à l’île taïwanaise, dont huit se trouvent aux Amériques. Quatre sont des Etats insulaires des Caraïbes et quatre autres (Honduras, Guatemala, Belize, Paraguay) sont des petits pays latinos. Evidemment, la question est: combien de temps encore résisteront-ils au boa constricteur chinois ? 

La présidente argentine Cristina Kirchner et le Premier ministre chinois Li Keqiang, au Palais du Peuple, le 5 février 2015 à Pékin
La présidente argentine Cristina Kirchner et le Premier ministre chinois Li Keqiang, au Palais du Peuple, le 5 février 2015 à Pékinafp.com/Wu Hong

Mais, pour les Américains, le principal sujet de préoccupation est ailleurs. Plus que toute autre chose, ils redoutent la montée en force du « yuan digital », la monnaie digitale chinoise qui pourrait redéfinir la finance mondiale. A la différence des cryptomonnaies comme les « bitcoins » qui ne s’appuient sur aucune banque centrale, l’e-yuan, lui, s’appuie sur l’Etat. « Déjà 150 millions de chinois l’utilisent en Chine où elle est expérimentée à grande échelle et, à court terme, il sera généralisé », s’alarme un expert financier américain de la Banque mondiale. 

« A moyen terme, ce système permettra à la Chine d’acheter des matières premières sur le marché mondial sans passer par le dollar. Elle pourra ainsi commercer avec l’Iran, le Venezuela ou la Corée du Nord. Mais elle pourrait aussi proposer à l’Argentine ou à l’Equateur (ou à d’autres nations, par exemple en Afrique) d’adopter ce système en échange d’une annulation partielle de leur dette. » 

Le président chinois Xi Jinping a annoncé la création d'une nouvelle bourse à Pékin lors du Sommet mondial sur le commerce des services de la Foire internationale chinoise du commerce des services 2021, le 2 septembre.
Le président chinois Xi Jinping a annoncé la création d’une nouvelle bourse à Pékin lors du Sommet mondial sur le commerce des services de la Foire internationale chinoise du commerce des services 2021, le 2 septembre.Xinhua via AFP

Pour le dollar qui tire sa force de son statut de monnaie de référence internationale, cette perspective est catastrophique. L’adoption du système imaginé par les Chinois serait également problématique du point de vue des libertés. « Si les citoyens effectuent tous leurs achats via l’e-monnaie de leur téléphone portable, celui qui gère le système peut tout savoir à leur propos : la tendance politique du journal qu’ils lisent, leur croyance religieuse, tout! », poursuit notre Américain. Sur le même sujet

Connectée au « système de crédit social » (qui, en Chine, récompense les citoyens vertueux), l’e-yuan permettrait de renforcer encore davantage la surveillance de masse à partir des datas des téléphones qui sont aussi des terminaux de paiement. Commentaire, dépité, de notre expert américain: « Les Latinos sont tout simplement en train de remplacer une puissance impériale dominante, les Etats-Unis, par une autre, la Chine. » Et il n’est pas dit que ce calcul soit gagnant. Axel Gyldén

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