Jean-Pierre Cabestan : « Si Xi Jinping restait rationnel, il éviterait la guerre »

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ENTRETIEN. Le sinologue français analyse les décisions que la Chine, soumise à de multiples tensions, pourrait avoir à prendre dans un futur proche.

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Jean-Pierre Cabestan, directeur de recherche au CNRS. Dernier ouvrage paru : « Demain la Chine : guerre ou paix ? » (Gallimard, 2021).

Propos recueillis par Jérémy André Publié le 20/12/2021 LE POINT

La Chine va-t-elle envahir Taïwan ? L’hypothèse était, il y a peu encore, une pure fiction, grain à moudre de thrillers géopolitiques. Elle est désormais jugée possible, voire probable, dans la fin de la décennie par les autorités taïwanaises et américaines, et certains experts autrefois sceptiques. Demain la Chine : guerre ou paix ? (Gallimard), dernier livre de Jean-Pierre Cabestan, directeur de recherche au CNRS et à l’Inalco, l’un des meilleurs spécialistes français de la Chine et de sa place dans le monde, s’interroge justement sur le risque que la superpuissance montante provoque ou se laisse entraîner dans un conflit meurtrier.

Réaliste, l’ouvrage répond tout en nuances à la question posée par le professeur de Harvard Graham Allison dans Vers la guerre : L’Amérique et la Chine dans le piège de Thucydide ? (Odile Jacob, 2019) : les deux titans du XXIe siècle sont-ils destinés à se départager par les armes, comme Athènes et Sparte en leur temps ? Comme Cabestan nous l’explique dans ce grand entretien, la guerre n’est pas pour demain. Mais elle nous guette à la fin de la décennie… et en chemin, gare aux crises militaires majeures déclenchées pour tester la résolution des Occidentaux et des Taïwanais.PUBLICITÉ

Le Point : La Chine sort-elle renforcée ou affaiblie de la pandémie ?

Jean-Pierre Cabestan : Elle sort isolée, plus distante du monde qu’elle ne l’était fin 2019. Mais elle poursuit sa montée en puissance. Ses menaces contre Taïwan se sont intensifiées. Son économie a redémarré plus tôt, les problèmes sont arrivés aussi plus vite : éclatement de la  bulle immobilière , ralentissement de la croissance, montée des inégalités… Et tandis que les pays développés sortent de la crise, elle doit gérer sa politique du zéro Covid, limitant la circulation des personnes. Ce qui n’empêche pas ses exportations et les investissements étrangers de croître. L’économie chinoise reste attractive.

La résolution sur l’histoire du PCC adoptée en novembre fait-elle de Xi Jinping l’égal de Mao Zedong et de Deng Xiaoping ?

Xi Jinping est cité 25 fois, Mao 18 fois et Deng 6 fois. Marx et le marxisme sont cités 40 fois, ce qui montre un retour aux sources idéologiques. Ses deux prédécesseurs, Jiang Zemin et Hu Jintao, ne sont mentionnés qu’une seule fois. C’est donc une  hagiographie de Xi Jinping, vers laquelle converge l’histoire du Parti. Le titre lui-même est centré sur les « réalisations » du Parti, quand les précédentes résolutions de 1945 et de 1981 évoquaient les « problèmes » qu’il avait dû affronter. Cette troisième résolution aborde cependant quelques problèmes « non résolus », la corruption, le manque d’obéissance à la direction du Parti, le contrôle politique de l’armée et le déficit de consultation de la société. Elle dénonce aussi l’influence corrosive des idées occidentales. Le régime craint que la société ne lui échappe. Je ne crois pas à sa démocratisation ni à son effondrement, mais ce texte laisse deviner une grande inquiétude d’un Parti très décalé par rapport à la réalité économique et sociale.

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Xi Jinping peut-il encore renforcer son pouvoir en se faisant nommer président du Parti, comme Mao jadis ?

On en parle, mais on n’en voit pas les signes. Et à quoi bon ? Il préside déjà tout : affaires étrangères, économie et finances, sécurité nationale, commission militaire centrale, cybersécurité, affaires de Taïwan… La vraie question est de savoir s’il va nommer un  successeur en 2022. Je ne le pense pas.

D’autant qu’être successeur désigné est dangereux en Chine !

Les précédents sont effectivement inquiétants, comme  Lin Biao mort dans un accident d’avion en 1971.

La politique du zéro Covid a refermé la Chine. Un retour au pays ermite de Mao ?

Rien à voir. La Chine était hermétique, surtout après la rupture sino-soviétique, en 1960. Pendant la  révolution culturelle , elle a rappelé tous ses ambassadeurs, sauf un. Les échanges économiques étaient infimes. Aujourd’hui, les flux de capitaux, de marchandises et même d’idées restent très denses.

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Cet isolement est-il tenable à long terme ?

Ce serait un scénario de science-fiction. Il est possible que la Chine ne soit plus reliée au monde que par les seuls canaux qu’elle juge acceptables politiquement. Cela protège le régime, tant que la Chine poursuit son développement et reste raccordée à la mondialisation. Mais cela détériorerait encore plus les relations avec le reste du monde. Le Covid-19 a déjà dégradé l’image de la Chine. À terme, cette fermeture est contre-productive. D’autant qu’elle  empêche Xi Jinping de quitter le pays . Aujourd’hui, toute délégation présidentielle chinoise embarque 250 officiels, qui devraient faire une quarantaine à leur retour, « grippant » ainsi le fonctionnement de l’État. Et sans doute n’ont-ils pas une entière confiance dans leurs vaccins.

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Le zéro Covid freine la croissance. L’économie chinoise dépassera-t-elle bien celle des États-Unis dans la décennie ?

Le ralentissement est certain, on parle de seulement 3 % de croissance en 2021. Mais ce n’est pas non plus la crise ni le chaos. Cela ne fera que retarder l’inévitable, le PIB de la Chine dépassera celui des États-Unis non pas en 2028 comme prévu, mais en 2030 ou en 2031. Pour un pays de 1,4 milliard d’habitants, cela n’a rien d’un exploit. Pour autant, la Chine ne supplantera pas les États-Unis comme puissance globale . Dans les domaines technologique et militaire, les Américains sont décidés à tout faire pour garder leur avance et le soft power chinois a reculé.

Pourquoi la Maison-Blanche, comme Pékin, récuse-t-elle le terme de nouvelle guerre froide ?

Les hommes politiques ne veulent pas utiliser la formule, pour des raisons évidentes. Ils semblent supposer que l’expression aggraverait les risques de conflit. Or, la guerre froide a été une manière d’éviter de tomber dans le  piège de Thucydide et un affrontement direct avec des armes nucléaires. La formule de Raymond Aron « Paix impossible, guerre improbable » reste valable. Qui ne préfère une guerre froide à une guerre chaude ? Ce terme est aussi tabou parce qu’il peut faire obstacle aux flux économiques et financiers, impliquant un découplage économique. Mais, quoi qu’ils en disent, les deux camps poussent à un certain découplage : la Chine vise à « compter sur ses propres forces », selon la formule de Mao, reprise par la résolution sur l’histoire ; et les États-Unis et leurs alliés tentent de réduire leur dépendance envers l’économie chinoise.

Les efforts de détente peuvent-ils être pris au sérieux, après un simple  sommet virtuel Xi-Biden ?

Oui, mais les résultats de ces efforts beaucoup moins. Les communiqués des deux pays sont très différents. Une partie des discussions sino-américaines a toujours été un dialogue de sourds, notamment sur Taïwan, et cela, depuis le communiqué de Shanghai en 1972. Le sommet virtuel n’a pas été inutile : il a permis la mise en chantier de quatre groupes de travail, dont un sur les armes stratégiques. Les négociations commerciales devraient aussi redémarrer et les Chinois ont accepté de discuter de la mise en place de mécanismes de gestion de crise. Plus qu’une détente, ce sont en fait des règles du jeu qui sont établies, rappelant les règles définies entre le pacte de Varsovie et l’Otan.

Xi Jinping table sur l’ouverture économique et le nationalisme. Ce double jeu peut-il durer ?

Tout dépend s’il vit longtemps et si le régime survit ! Xi saisira la première opportunité pour annexer Taïwan. Mais l’augmentation de la pression chinoise suscite des réactions très négatives des États-Unis, qui se préparent à un conflit armé, comme du Japon et de l’Australie, qui pourront difficilement rester en dehors. Et d’autres comme l’Inde, également membre du Quad (Dialogue de sécurité quadrilatéral, NDLR), et des pays de  l’Anase (l’Association des nations d’Asie du Sud-Est, NDLR) comme les Philippines, en dépit de liens commerciaux étroits avec la Chine, se sont rapprochés de Washington, du fait des pressions chinoises en mer de Chine du Sud. Ces évolutions créent un rapport de force de nature à dissuader la Chine de passer à l’acte. Lors du sommet, Xi a indiqué que, sur la question de Taïwan, la Chine serait patiente, contredisant ce qu’il avait dit il y a deux ans : qu’il ne pouvait transmettre le problème à la génération suivante. Que vaut une telle concession ? C’est la Chine qui déstabilise la région. Elle veut mettre fin au statu quo.

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Taïwan risque-t-il d’être envahi par Pékin dans la décennie ?

Oui, mais plutôt à la fin de la décennie. On ne peut plus exclure une guerre ou une attaque, comme dans les années 2000-2010, où cela semblait impossible. Cependant, dans les cinq prochaines années, ce qui l’emporte, c’est le risque de crise militaire, d’incident armé, plutôt que d’une guerre. Comme je l’explique dans mon livre, la Chine joue pour l’instant dans les  zones grises , entre la paix et la guerre. Elle n’a pas encore les moyens de lancer une attaque frontale ni une invasion. Mais elle peut être tentée de passer le seuil de la guerre dans les prochaines années, en fonction des réactions de Taïwan et des États-Unis face à ses intimidations.

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Est-ce que le bouclier américain vaut encore quelque chose après le retrait d’Afghanistan ?

Les deux théâtres sont difficilement comparables.  L’Afghanistan , à part la neutralisation d’Al-Qaïda, n’est pas une zone stratégique importante pour les États-Unis. Alors que Taïwan est sur le front face à une puissance ascendante. Taïwan est devenu un verrou autrement plus important qu’il y a 10-20 ans. Située entre deux alliés américains importants, le Japon et les Philippins, l’île bloque la progression de la Chine dans le Pacifique. En outre, il y a une différence de taille, qui est politique. L’Afghanistan est un État failli. Son gouvernement a été renversé sans coup férir par les talibans. À Taïwan, en dépit des divisions, la démocratie fonctionne. Enfin, l’abandon de Taïwan par les États-Unis aurait des conséquences géostratégiques majeures. Cela voudrait dire que la Chine aurait gagné. Elle deviendrait ainsi la première puissance mondiale, que plus personne n’oserait défier, du moins en Asie orientale.

Xi Jinping croit-il qu’il peut l’emporter ?

On n’en sait rien. Mais en tout cas, il fait semblant d’y croire ou essaie de nous faire croire qu’il y croit, et que s’il cherche à annexer Taïwan, cela réussira. On sait aussi que c’est un de ses projets prioritaires. Mais tout cela tient de la guerre psychologique. Le but est de pousser les Taïwanais à considérer l’annexion comme inévitable, et à envisager leur avenir à l’intérieur de la République populaire. Il n’est néanmoins pas certain que  l’armée chinoise accepte vraiment de se lancer dans une telle entreprise. D’autant que celle-ci comporterait des risques de confrontation directe avec les États-Unis et donc de nucléarisation du conflit, et sans doute aussi de division au sein du parti.

Comme Xi contrôle bien le parti et l’armée, on peut penser que personne ne bougerait contre lui. Mais si les choses tournent mal, il y aura des conséquences graves, pour lui et pour le régime. Les enjeux sont donc énormes de part et d’autre, pour les États-Unis et pour la Chine. Et c’est aussi une question pour les Européens. Que fera-t-on si Xi Jinping passe à l’action ? Comment devra-t-on traiter le Parti communiste s’il décide de réaliser ce rêve par la force, en faisant couler le sang, à la fois des Taïwanais et des Chinois ? Car ce serait une agression, une atteinte très grave aux droits de l’homme, à la stabilité internationale… quoi que la Chine en dise.

L’instabilité et le nationalisme chinois peuvent-ils mener à un conflit ?

Je dirais plutôt le contraire. La grande différence avec  l’Allemagne nazie et le Japon, c’est que la Chine est plus préoccupée par ses problèmes intérieurs que par l’extérieur. A priori, on pourrait penser qu’elle ne se lancerait pas dans une aventure militaire à haut risque qui risquerait de la déstabiliser plus encore. Si l’analyse de Xi Jinping restait rationnelle, il éviterait donc à tout prix la guerre, porteuse de trop d’instabilité. Mais vu la pression des nationalistes, est-ce qu’il peut ne rien faire ? Il pourrait ainsi avoir un intérêt à provoquer non pas une guerre, mais une crise militaire, qui lui permettrait de faire assez peur aux Taïwanais pour engranger un certain nombre d’avantages ou de résultats. Comme conduire les Taïwanais à accepter le prétendu consensus de 1992 (un accord entre des envoyés de Taïwan et de Chine selon lequel il n’y a qu’une seule Chine, mais que celle-ci reste non définie, idée aujourd’hui rejetée par le gouvernement taïwanais, NDLR), peut-être même avec l’aval des États-Unis.

Car on ne peut pas exclure à terme que les Américains, avec la montée des risques, tordent le bras aux Taïwanais pour qu’ils acceptent d’appartenir à une « Chine unique », pour éviter un conflit dévastateur. C’est la stratégie de Pékin : pousser Washington à contraindre Taïpei à relancer la politique continentale du  Kuomintang (le parti de Tchang Kaï-Chek, dirigeant nationaliste chinois replié sur Taïwan en 1949, et principal parti d’opposition taïwanais aujourd’hui, NDLR). Mais dans un avenir prévisible, cette hypothèse reste peu réaliste. Le Kuomintang paraît incapable de reprendre le pouvoir. Les Taïwanais ne veulent plus du consensus de 1992. Après Hongkong, ils craignent qu’en cas de concessions la Chine réclamera toujours plus. Biden ne va pas faire pression sur Taïwan. Et au fond, les Chinois eux-mêmes ne croient plus que le KMT puisse revenir aux affaires et ne veulent plus eux-mêmes du statu quo : ils pensent qu’ils sont assez forts pour y mettre fin.

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Quel est le rapport de force réel dans le détroit de Taïwan entre l’Armée populaire de libération et la coalition à laquelle elle pourrait faire face ?

En nombre de bateaux et en tonnage, la marine chinoise est aujourd’hui plus importante que la marine américaine. Maintenant, qu’est-ce que cela veut dire sur le terrain ? Les incursions d’avions militaires chinois dans  l’Adiz (zone d’identification de défense aérienne, vaste espace autour de l’île que surveille l’armée taïwanaise, NDLR) dans les derniers mois sont certes de plus en plus importantes en nombre d’avions. Mais ce sont des opérations ultrasimples. Ce ne sont pas des gesticulations très élaborées. Elles ne montrent pas une capacité d’attaque sophistiquée.

Une invasion comme le débarquement de Normandie est donc le scénario le plus improbable. Ils n’en ont pas les moyens. C’est une opération qui risque de faire face à une résistance énorme. Le scénario le moins dangereux pour la Chine serait au contraire des tirs de missiles, pour décapiter politiquement et militairement Taïwan. Mais est-ce que cela peut réussir ? Et est-ce que cela suffirait pour contraindre Taïwan d’aller à Canossa ? Un autre scénario plus probable qu’une invasion serait le blocus. Mais le problème serait de le tenir. Taïwan pourrait survivre isolée longtemps, et on peut imaginer un pont aérien comme celui lors du blocus de Berlin de 1949. Pas sûr que cela convainque Taïwan de capituler.

Enfin, certains parlent d’une opération des forces spéciales chinoises pour assassiner Tsai Ing-wen et des membres du gouvernement taïwanais. Mais Taïwan est une démocratie qui fonctionne. Si un dirigeant est assassiné, un autre prendra sa place. Sans parler, pour tous ces scénarios, de l’inévitable réaction américaine. Toutes ces raisons font que Pékin n’est pas convaincu de pouvoir se lancer dans une opération militaire. La Chine a donc deux fers au feu, encore aujourd’hui et demain. Tout en développant ses capacités militaires, elle poursuit d’autres stratégies, celle des intimidations armées ou des zones grises, celle dite du «  front uni », de séduction et d’infiltration des élites et du KMT, mais aussi la désinformation et la guerre cybernétique.

Les Américains ont-ils peur de perdre ?

Oui, ils ont peur d’être en difficulté et de mettre en danger leurs porte-avions et leurs bases en Asie orientale. Ils ont aussi peur qu’un affrontement autour de Taïwan ne reste pas conventionnel, malgré les promesses de part et d’autre. Le déploiement avancé américain dans la zone n’est pas immense. Toute la stratégie américaine actuelle est de déployer des moyens asymétriques qui permettraient de dissuader la Chine d’envahir Taïwan. Mais cela n’est pas encore prêt. C’est pour cela que les Américains s’inquiètent. Par contre, Biden tient à faire passer un  message clair : une intervention américaine est plus que probable. Il faut que les Chinois intègrent cela dans leur équation. C’est pour cela que je pense que la guerre n’est pas le scénario le plus probable. Les Chinois sont prêts à prendre des risques, mais des risques calculés.

Ancien chef d’État-major,  l’amiral taïwanais Lee Hsi-ming a justement poussé au développement de capacités asymétriques. Mais il déplore le retard pris par son pays. La résistance asymétrique est-elle vraiment la solution et y a-t-il en effet un manque de préparation de la part du gouvernement et des Taïwanais ?

Oui, Lee Hsi-ming a tout à fait raison. Mais des décisions pour changer cela ont été prises, comme l’acquisition de torpilleurs furtifs, très rapides, capables d’intervenir dans le détroit ou de missiles de longue portée susceptibles d’atteindre des cibles sur le continent. C’est aussi la stratégie du porc-épic, rendre Taïwan si difficile à envahir que la Chine y renoncerait. Mais la vraie faiblesse de Taïwan, c’est la mobilisation de la population. Les Taïwanais sont dans une psychologie en décalage par rapport à la menace. Tsai Ing-wen est consciente du danger. Elle essaie de renforcer les forces de réserve. Si le service militaire n’a pas été abandonné, ce qu’il en reste, une conscription de quatre mois, ne sert pas à grand-chose. Certains appellent à rétablir un service militaire beaucoup plus long, mais ce serait un signe fort de montée des tensions, ce que ne souhaite pas le gouvernement. Un autre axe est de renforcer la défense civile, des non-combattants qui serviraient à appuyer l’armée et la réserve, pour développer un esprit de défense dans la population. Enfin, il y a une question politique. L’armée, dominée par le KMT, est prête à défendre la « République de Chine », l’État importé par Tchang Kaï-Chek sur l’île, pas à défendre une république de Taïwan indépendante. Si Taïwan veut que ses officiers KMT combattent, il faut absolument que madame Tsai ou son successeur conserve le cadre constitutionnel actuel.

L’Aukus change-t-il l’équilibre des forces ?

Pas immédiatement. On a vu cela au travers d’un  prisme franco-français . La réalité est que, dans l’Indo-Pacifique, la France est une puissance junior, vulnérable. Ce n’est pas avec deux frégates qu’on va défendre le Pacifique. Nous avons plus besoin de l’Australie ou des Américains qu’eux de nous. Maintenant, est-ce que l’Australie peut intervenir dans le détroit de Taïwan ? Les Australiens sont des alliés fidèles de Washington depuis 70 ans. Cela renforce indéniablement le dispositif américain, mais pas de manière déterminante. Concernant Taïwan, les Japonais sont plus importants. Enfin, les Américains conservent deux faiblesses majeures : ils dépendent d’alliés pour maintenir l’équilibre des forces. Et la Chine domine désormais commercialement toute la région. Ce qui neutralise potentiellement nombre de pays qui dépendent d’elle.

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Comment peut se positionner la France pour aider à la stabilité dans le détroit ?

Elle le fait déjà en avertissant la Chine que ce serait une très mauvaise idée, et par les missions de défense de la liberté de navigation, en envoyant des navires dans les eaux internationales autour du détroit et en mer de Chine méridionale. Enfin, durant la  mission Jeanne d’Arc cette année, la marine française a participé à des exercices communs avec les Japonais et les Américains, qui visaient à reprendre une île prise par des forces ennemies.Sponsorisé

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Reste une question. Est-ce qu’on peut rester neutre ? Est-ce qu’en cas d’attaque de Taïwan, nous pourrions continuer le business as usual avec la Chine ? Il serait très difficile pour l’Europe de ne pas prendre des sanctions beaucoup plus graves. La question de la Chine a commencé à être soulevée durant un sommet de l’Otan. Plus à l’aise dans la prévention, l’Europe manque d’une stratégie en cas de conflit.

Consultez notre dossier : Chine-Occident : histoire d’une revanche

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