Le politiquement correct face aux fêtes de fin d’année

Scroll down to content

Chaque année, une « droite Joyeux Noël » s’oppose à une gauche toujours plus inclusive. Le débat est moins insignifiant qu’il n’y paraît.

Le sapin de Noel de verre installle place Pey-Berland a Bordeaux.
Le sapin de Noël de verre installlé place Pey-Berland à Bordeaux.© guillaume bonnaud / MAXPPP / PHOTOPQR/SUD OUEST/MAXPPP

Par Eliott Mamane. Publié le 23/12/2021 LE POINT

Dans une tribune publiée dans Le Figaro ce jeudi, Valérie Pécresse s’érige en gardienne des « racines chrétiennes de l’Europe » menacées par une « folie déconstructrice ». Selon la candidate Les Républicains à l’élection présidentielle, le symbole de cette déchristianisation forcée est la culpabilisation des références à Noël dans l’espace public. En début de semaine, c’est l’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin qui a fait part de sa position dans ce débat désormais récurrent en fin d’année : « J’ai choisi mon camp, s’est-il exclamé sur Twitter. Je souhaite à tous un joyeux Noël ! » Fin novembre, Éric Ciotti (encore en lice au congrès républicain) avait pour sa part dénoncé une affiche commerciale à Besançon appelant à un « fantastique décembre » : « Je veux être le président qui défend notre culture et nos traditions chrétiennes face aux déconstructeurs d’extrême gauche et macronistes. » Comme l’a relevé la journaliste Eugénie Bastié, ces polémiques, couplées à l’entrée du pronom « iel » dans Le Petit Robert, esquissent un mouvement de « politisation du langage ». Aussi dérisoires que puissent paraître les désaccords de ce registre, la subjectivation de la langue, supposée universelle par définition, n’est pas anodine.

Il y a quelques semaines, la commissaire européenne à l’Égalité, Helena Dalli, avait fait grand bruit dans les médias en publiant un « manuel de la communication inclusive ». Elle incitait dans ce dernier à bannir les termes offensants pour les minorités de toute apparition publique. Il est ainsi déconseillé d’ouvrir un discours par « Mesdames et messieurs » ou de mentionner, dans un récit, les prénoms Marie et Jean (afin de garantir la possibilité pour les non-chrétiens de s’identifier à tous les personnages). La volonté de nier l’héritage culturel européen n’est pas nouvelle, mais se cristallise dans l’opposition entre ceux souhaitant de joyeuses fêtes et ceux souhaitant un joyeux Noël. Plus largement et en vulgarisant, rappelons que la « déconstruction » mentionnée par les responsables politiques de droite fait référence à une approche de la philosophie postmoderne (dont Derridaet Deleuze sont les plus grandes figures) qui prétend relever les systèmes et réseaux structurant un cadre ontologique. Par exemple, le patriarcat en Occident qui grâce au phallocentrisme oppresse les femmes ou, dans le cas qui nous intéresse, la chrétienté en Europe qui du fait de ses velléités universalistes opprime les autres cultures.PUBLICITÉ

À LIRE AUSSICiotti et Pécresse, enquête sur deux droites irréconciliables

Faire de Noël une fête sécularisée

Admettons que le mois de décembre a mauvaise presse à gauche depuis quelques années (inutile de s’étendre sur l’« arbre mort » de Pierre Hurmic) et que le sujet est naturellement sensible au vu du poids émotionnel qu’il représente pour tous. Mais cette agitation que suscitent les célébrations de Noël en France est d’autant plus étonnante que même les plus multiculturalistes et inclusives des nations (notamment celles de la sphère anglo-saxonne), contre lesquelles les responsables de droite qui promeuvent une France assimilationniste entendent s’ériger, sont parvenues à faire de Noël une fête sécularisée.

Dans son guide, la commissaire européenne Helena Dalli ne proscrivait pas les mentions de Noël, mais invitait à toujours évoquer une autre célébration religieuse simultanément. La gauche déconstructionniste oppose un projet de société abouti aux promoteurs du « droit à la continuité historique », alors que ces derniers n’osent que rarement se montrer offensifs sur la défense d’une identité transcendante judéo-chrétienne ; or c’est en politisant à l’extrême des questions précises (comme les fêtes de fin d’année) et non en se plaçant eux aussi à l’échelle du récit global qu’ils alimentent la rhétorique adverse. En somme, si l’assertion « tout est politique » n’est toujours pas vraie, l’idéologie est parvenue à politiser le langage, et c’est une victoire majeure.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :