Sciences Po Grenoble: «Un pouvoir politique responsable n’aurait pas permis un tel déni de justice»

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Céline Pina reproche au chef de l'État et au gouvernement son laxisme quant à l'idéologie islamogauchiste qui gangrène l'université.
Céline Pina reproche au chef de l’État et au gouvernement son laxisme quant à l’idéologie islamogauchiste qui gangrène l’université. Jean-Christophe Marmara / Le Figaro

FIGAROVOX/TRIBUNE – 23 décembre 2021

Interpellée dans Le Figaro par 40 universitaires après le renvoi de Klaus Kinzler de Sciences Po Grenoble, la ministre de l’Enseignement supérieur a réagi. La réponse de Frédérique Vidal témoigne d’un pouvoir tétanisé par la peur d’agir qui renvoie dos à dos agresseurs et victimes, argumente Céline Pina.

Ancienne élue locale, Céline Pina est essayiste et militante. Elle est la fondatrice de «Viv(r)e la République», elle a également publié Silence coupable (Kero, 2016) et Ces biens essentiels (Bouquins, 2021).


L’affaire de Sciences Po Grenoble prend une dimension nationale après que les étudiants qui ont faussement accusé de racisme et de fascisme deux professeurs et les ont mis en danger ont été relaxés par une commission de discipline, tandis que l’une des victimes de cette cabale a été suspendue par Mme Saurugger, la directrice de l’Institut d’Études politiques de Grenoble. Absoudre les fautifs pour jeter l’opprobre sur la victime a, à juste titre choqué. Une quarantaine d’universitaires ont interpellé la ministre de l’enseignement supérieur sur l’emprise islamogauchiste au sein de l’université et sur la réponse qu’il convenait d’apporter à une suspension qui a tout d’une tentative de censure.

Le syndicat s’en prendrait ainsi à tous ceux, étudiants comme enseignants, qui ne partagent pas ses positions.Céline Pina

Il faut dire que le contraste est flagrant entre la passivité de cette directrice à l’égard de l’Union Syndicale et le soudain courage dont elle fait preuve pour s’en prendre à un homme seul. Les faits sont d’autant plus surprenants qu’un rapport de l’inspection générale a mis en avant « le climat de peur » que ce syndicat faisait régner entre les murs de l’établissement. Ce même rapport a clairement révélé que « les graves accusations d’islamophobie sont la cause de la détérioration du climat de l’IEP » . Il démontre aussi que les méthodes de ce syndicat consistent à répandre « des accusations publiques sur les réseaux sociaux » alors que celles-ci « ne sont fondées sur aucun élément de présomption, encore moins de preuves, sur aucun fait établi, sur aucune décision de justice ». Le syndicat s’en prendrait ainsi à tous ceux, étudiants comme enseignants, qui ne partagent pas ses positions.a

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C’est dire si la réponse de la ministre de l’enseignement supérieure était attendue. Au vu de la situation de l’école, une réaction de l’État paraissait en effet indispensable. Or la réponse de celle-ci montre un pouvoir tétanisé par la peur d’agir qui renvoie dos à dos agresseurs et victimes, parle d’un établissement qui aurait retrouvé son calme et appelle « chacun à se remettre au travail dans la sérénité ». Le problème est que tenter d’étouffer un scandale en cautionnant une injustice amène rarement « la sérénité ». Il entérine au contraire le règne des plus violents au détriment de tous. Car lorsque l’autorité se défile, la loi s’abolit et ne reste que le rapport à la force. On est ici bien loin de la posture du sage au-dessus de la mêlée qui rappelle chacun à ses obligations et plus proche d’une tentative d’habiller d’un manteau de vertu ce qui ne peut être vécu que comme une dérobade.

Alors même que les émeutes des gilets jaunes et les controverses autour de la vaccination ont mis en avant un discours virulent reprochant au gouvernement d’Emmanuel Macron son autoritarisme, la réalité penche plutôt du côté d’une réelle impuissance de l’État. Celui-ci craint tellement d’être débordé par les opposants à toutes tentatives d’arbitrage qu’il n’ose plus ni imposer ni prendre ses responsabilités. Le résultat est hélas de laisser le champ libre à des idéologies conquérantes qui se soucient peu de l’avenir de ceux qu’elles instrumentalisent.

En effet, autant en France l’islamophobie ne tue pas, autant le fait d’être accusé d’être islamophobe peut équivaloir à une forme de condamnation à mort.Céline Pina

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Or si en son temps le marxisme ou le maoïsme a suscité bien des passions, ceux qui s’opposaient à cette pensée dominante dans le champ universitaire devaient certes faire preuve de courage, mais ils ne risquaient pas leur vie. En revanche, quand pour justifier la violence des accusations en racisme et fascisme portées contre les professeurs Klaus Kinzler et Vincent Tournier, le slogan « l’islamophobie tue » est affiché sur la porte de l’IEP de Grenoble, on est bien en présence d’une véritable mise en danger. En effet, autant en France l’islamophobie ne tue pas, autant le fait d’être accusé d’être islamophobe peut équivaloir à une forme de condamnation à mort. La décapitation de Samuel Paty, le massacre de la rédaction de Charlie Hebdo nous l’ont appris. Aujourd’hui, protéger les libertés académiques, c’est garantir que toutes les idées et idéologies puissent être analysées, discutées et que les controverses puissent avoir lieu sans que l’on accroche des cibles dans le dos de ceux qui ne se plient pas aux injonctions dogmatiques.

Dans toutes ses affaires la hiérarchie universitaire a au mieux brillé par son absence, au pire été aux côtés des censeurs.Céline Pina

Or cet épisode où un procès en islamophobie est fait pour interdire le débat et ostraciser les personnes n’est pas isolé. On se souvient en 2019 de la suppression d’un cycle de formation sur la « prévention de la radicalisation », animé par Mohamed Sifaoui à Paris 1 sous la pression des syndicats et d’universitaires ; de l’annulation des représentations de la pièce de Charb, le directeur de Charlie Hebdo assassiné en 2015 à Lille ; de l’éviction de Stéphane Dorin, un professeur de sociologie de Limoges de son laboratoire de recherche pour avoir osé protester contre la venue d’Houria Bouteldja à qui il reprochait des propos racistes et révisionnistes ; de la cabale menée contre Samuel Mayol, directeur de l’IUT de Saint-Denis qui avait osé s’opposer à la dérive islamiste d’un syndicat étudiant au sein de son établissement au nom de la laïcité… Dans toutes ses affaires la hiérarchie universitaire a au mieux brillé par son absence, au pire été aux côtés des censeurs.

Mais la ministre ne peut ignorer la pénétration de l’idéologie islamogauchiste à l’université et l’emprise qu’elle a sur certains campus, établissements et disciplines, voire sur certains organismes d’État. En effet, elle-même a dû faire face à une violente cabale quand elle a simplement voulu enquêter sur la pénétration de cette idéologie dans l’enseignement supérieur. Son but était justement de distinguer ce qui relevait de la recherche académique de ce qui relevait du militantisme. Non seulement elle a été attaquée pour abus de pouvoir mais le CNRS, lui-même, lui a infligé un camouflet. Abandonnée en rase campagne par le président, la ministre a été accusée de s’en prendre aux libertés académiques par une partie de ceux qui sont en pointe quand il s’agit de faire taire leurs collègues en les accusant d’islamophobie. Le problème c’est que la liberté des uns s’arrête où commence celle des autres et que pour faire respecter les libertés de tous, il faut que les tutelles puissent jouer leur rôle. Ce n’est visiblement pas le cas. Le résultat : la réputation de Sciences Po Grenoble est durablement entachée et le message que porte la suspension du professeur menacé est clair : être accusé d’islamophobie au sein de l’université, même quand une enquête de l’inspection générale montre votre innocence, non seulement vous met en danger et ruine votre carrière mais fera la fortune de vos persécuteurs. Un pouvoir politique responsable ne devrait pas laisser permettre un tel déni de justice.


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