Pr Gilbert Deray. Omicron : chevalier de l’apocalypse ou solution idéale à la pandémie ?

Pour le chef du service de néphrologie de la Pitié-Salpêtrière, les incertitudes sont nombreuses. Mais elle ne doivent pas masquer les progrès réalisés en deux ans.

Gilbert Deray est professeur à la Pitié Salpêtrière (Paris). L’EXPRESS. 26 décembre 2021

DRPar Gilbert DerayPublié le 26/12/2021 à 15:00, mis à jour à 17:10Newsletter
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Omicron est-il le chevalier de l’apocalypse ou la solution idéale définitive à cette pandémie ? La réponse se résume à un sigle : ?  

Nous ne savons pas encore quel sera l’impact de ce variant sur cette pandémie et notre mode de vie. Les raisons d’espérer reposent sur l’hypothèse d’un virus moins agressif et d’une immunité acquise pérenne et efficace contre d’autres variants à venir. Nous serions à terme tous immunisés au prix d’un mauvais rhume. Le très faible nombre de formes graves compenserait sa plus grande contagiosité et donc le risque de décès et permettrait d’atteindre l’immunité collective sans désastre sanitaire. 

A l’inverse notre inquiétude tient à la très grande contagiosité de ce virus qui, du fait du nombre gigantesque de personnes infectées, entraînerait inéluctablement un raz-de-marée hospitalier et une disruption des activités économiques. Rappelons qu’une crise sanitaire majeure s’accompagnera d’une crise économique. La Loupe, le podcastNouveau ! Ecoutez l’info de plus près
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Incertitudes et prudence sur les données

En réalité, les incertitudes sont nombreuses :  

– Quelle est la létalité d’Omicron ? Il semble que le risque d’hospitalisation soit effectivement plus faible avec ce variant, comparé à Delta, mais surtout chez ceux déjà infectés par un variant précédent ou vaccinés. De plus, le niveau de réduction des hospitalisations est incertain et nous n’avons aucune donnée sur les entrées en réanimation et les décès. 

– Omicron est-il intrinsèquement moins létal ou est-ce le contexte qui expliquerait le moins grand nombre d’hospitalisations en Afrique du Sud avec la vague Omicron comparée à la vague Delta ? C’est à dire une population jeune touchée, en premier du fait de plus grandes interactions sociales, plus de vaccinés ou d’infections préalables que lors de la vague Delta…Un contexte qui ne pourrait strictement s’appliquer en Europe. Les données en provenance d’Afrique du Sud sont à interpréter avec une grande prudence. LIRE AUSSI >> Variant Omicron : l’égoïsme et l’aveuglement nous mènent à l’abîme, par le Pr Gilbert Deray

– L’immunité acquise avec omicron sera-t-elle pérenne, et sera-t-elle efficace contre le prochain variant ? Celle acquise avec les variants précédents ne l’est pas, et on a vu se succéder des variants toujours plus contagieux et qui pouvaient déjouer l’immunité acquise avec la souche précédente. 

– Le nombre de contaminations va-t-il être tellement élevé qu’il va entraîner plus de formes graves malgré une moindre létalité ? C’est probable. Les modèles montrent qu’un variant 10 fois moins létal mais deux fois plus contagieux induit plus de décès. 

Nouvelle dose, prochain variant…

– Les contaminations comme dans les vagues précédentes touchent d’abord les plus jeunes. Que se passera-t-il lorsque la population plus âgée, et donc plus à risque, va être contaminée ? Le mur vaccinal va-t-il suffire ? 

– La troisième dose suffira-t-elle et quelle sera la durée de son efficacité qui, déjà, est réduite comparée à celle sur le variant Delta (75% vs 95% contre le risque infectieux) ? En Israël, la quatrième dose semble proche et partout l’intervalle entre chaque dose se réduit. 

– Quel sera l’impact sociétal des très nombreux isolements liés aux contaminations et au cas contacts ? En Afrique du Sud, la quarantaine a été supprimée pour les cas contacts et les contaminés asymptomatiques. Fera-t-on de même en Europe au risque de laisser l’épidémie galoper ? On notera que certaines digues sanitaires sautent déjà. Par exemple, pour les soignants : les seuls pour qui la vaccination est obligatoire pour protéger les patients, mais pour qui le travail est possible s’ils sont contacts ou contaminés asymptomatiques pour éviter une rupture de l’offre de soins. 

– Faudra-t-il faire de même prochainement avec les enseignants pour que les écoles restent ouvertes, ou la police et l’armée pour assurer notre sécurité ? On pourrait étendre ces exemples à tous les secteurs d’activité du pays. Cette crise n’est pas que sanitaire. 

Progrès à venir 

L’honnêteté est de dire que nous ne connaissons pas les réponses à ces nombreuses questions. Ces incertitudes ne doivent pas masquer les immenses progrès réalisés en deux ans. Corticoïdes, anticoagulants et techniques de réanimation ont baissé fortement la mortalité des cas graves. 

Des traitements spécifiques, anticorps et bientôt Paxlovid (un antiviral) sont utilisés au quotidien. Il faut néanmoins souligner la résistance d’Omicron à la plupart des anticorps monoclonaux utilisés. Les vaccins contre le SARS-CoV-2 ont révolutionné notre approche de cette maladie. Ils ont sauvé des millions de vies et préservé nos modèles de société. LIRE AUSSI >> Pr Gilbert Deray : « Nous vaincrons ensemble le Covid ou nous subirons des vagues successives »

Et d’autres progrès sont à venir, dont la possibilité d’adapter nos vaccins à chaque variant. Les choix que nous faisons et plus encore ceux des semaines à venir seront décisifs. Ils ne sont pas seulement sanitaires. 

Toute restriction visant à réduire le nombre de contaminations a un impact économique et psychologique majeur. Ceux qui nous dirigent suivent une ligne de crête très étroite entre le risque de ne rien faire, qui sera un désastre si Omicron n’est pas un chevalier blanc, et celui de mettre en place des restrictions sévères pour freiner une épidémie, avec des conséquences économiques et alors que certains la présente comme une aubaine sanitaire. 

En Europe, aucun pays n’a pris le risque de ne rien faire, mais aucun en dehors des Pays-Bas n’a pris des mesures majeures comme le confinement généralisé. Mais l’on perçoit dans certains pays une forme d’attentisme dans l’intensité des mesures. 

Omicron interroge notre capacité à agir face à la menace sanitaire en trouvant le juste équilibre entre la protection de l’individu, sa santé et celui du groupe, une composante beaucoup plus complexe qui intègre des facteurs économiques, sécuritaire et sanitaire. Sur le même sujet

Alors que l’année 2022 s’annonce, les dangers sont autant de défis audacieux qui nous projetteront dans ce monde d’après, que tous nous souhaitons meilleur. 

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