Squats en Paca : le scandale sans fin

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Un an après l’affaire de Théoule-sur-Mer, les occupations illégales de logement et de biens publics ne cessent d’être dénoncées dans la région. Un cri d’alarme collectif qui se heurte à l’impuissance volontaire des pouvoirs publics. 

Par  Thomas Nasri VALEURS ACTUELLES Publié le 29 décembre 2021

Évacuation d’immigrés illégaux dans un squat marseillais en octobre 2018. Photo © GERARD JULIEN/AFPPartager cet article sur FacebookTwitterLinkedIn

« Le squatteur nous a dit qu’il était chez lui ». A 66 ans, Robert Deledda n’en peut plus. Depuis le mois de juillet, ce propriétaire marseillais assiste impuissant au squat de son logement du 15e arrondissement par une famille algérienne avec « des moutons, attachés au radiateur ». Après avoir changé les serrures, ces derniers, illégaux, ont même été confortés par la justice. Car le propriétaire n’a pas fait constater l’occupation moins de 48h après le début du squat, comme requis par la loi. A bout de solutions, il envisage désormais une grève de la faim devant son logement…

« Au départ, la loi se veut bienveillante envers ceux qui pourraient avoir un accident de la vie, réagit le sénateur Stéphane Ravier. Mais ça a créé un boulevard pour tous les profiteurs, délinquants, clandestins, crapules en tous genres ». L’élu du Rassemblement national évoque ainsi le cas d’un centre d’animation géré par la mairie des 13e et 14e arrondissements, occupé depuis plus d’un an par des Roms, faute de plainte sous 48h. Un « enfer » selon lui dû à l’idéologie des juges et des commissaires européens. « Il faudrait les sortir de leurs bureaux, de leurs tribunaux et de l’aridité de leurs textes, afin de leur montrer le réel toujours plus violent et désespérant pour les propriétaires ».

L’insécurité permanente

Face à Robert Deledda, les squatteurs algériens prétendent avoir versé « 4000 euros au propriétaire rencontré au marché au puce » afin de s’installer dans sa maison. Une entourloupe habituelle, transformée en véritable « business » selon la sénatrice LR Valérie Boyer. « Il y a des gangs qui repèrent les maisons non-occupées et vendent ensuite des clés à des offices clandestins. Les gens s’adaptent au droit ». A Marseille, des gangs de clandestins Nigérians font ainsi régner la terreur dans les 13e et 14e arrondissements, en squattant depuis plusieurs années les copropriétés du parc Corot et de la cité des Flamants.

« Quand je suis venue changer une porte cassée, ils m’ont jetée par terre et menacée de mort avec une machette. Rien n’est fait pour les déloger », témoigne une propriétaire impuissante. Dans le 3e arrondissement, à la Belle de Mai, ce sont la moitié des logements d’une copropriété qui sont squattés par des clandestins et des dealers. Au climat de peur et à l’insalubrité des déchets jetés quotidiennement devant l’immeuble, s’ajoute un sentiment de fatalité. « Même quand les squatteurs sont délogés, d’autres arrivent dès le lendemain. Je l’ai vécu avec des familles de gitans », explique Stéphane Ravier. Dans le 11e arrondissement, un couple de retraités est quant à lui squatté à deux reprises par la même bande de Roumains, en 2017 puis en 2020, et voit les procédures judiciaires s’éterniser depuis.

« Je me rappelle du couple de retraités squatté à Théoule-sur-Mer l’an dernier. C’était scandaleux, lance Stéphane Le Rudulier, sénateur LR. Il faut durcir le cadre législatif pour avoir une réponse immédiate de l’Etat devant ces faits ». Devant la médiatisation de l’affaire Théoule en septembre 2020, le gouvernement avait accéléré les procédures d’expulsion des squatteurs… tout en laissant aux préfets la possibilité de ne pas les mettre en œuvre. « Comme François Hollande avant eux, le gouvernement Macron et la ministre Emmanuelle Wargon ne veulent pas considérer l’occupation illégale d’une propriété comme du vol, regrette Valérie Boyer. Mais on ne s’en sortira pas tant que l’occupant sera prioritaire face au propriétaire spolié ».

« Un véritable déni du droit de propriété »

Loin de régler la question des squats, l’action gouvernementale était déjà de trop pour Libération, déplorant fin septembre 2020 « la compassion à l’égard des propriétaires » et « la défense des résidences secondaires vides dix mois sur douze ». En mars 2021, le média de gauche VICE va plus loin et publie son « guide pour squatter un logement vide » avec « quelques tours de passe-passe et une bonne connaissance de la loi française ». Parmi les recommandations aux futurs squatteurs : faire du repérage et des recherches sur le propriétaire afin de « trouver les moindres failles du bâtiments », agir de nuit, s’installer silencieusement et le plus rapidement possible, « prétendre » être là depuis plus de 48 heures… Sans honte, toutes les ficelles juridiques sont déballées.

« Dans ce pays, quand on entend ‘propriétaire’, on pense encore au salaud d’exploiteur richissime, constate Stéphane Ravier. Alors qu’en vérité, ce sont souvent des employés et des ouvriers qui ont fait un crédit pour investir dans un appartement et avoir un complément de retraite ». En plus des frais de justice et des dégradations à leur charge, les propriétaires sont également contraints à payer l’eau et l’électricité de leurs squatteurs. En octobre 2020, Martine, 75 ans, finit par se retrouver à la rue près d’Avignon alors que sa maison est squattée. Début novembre, la justice refuse l’expulsion de son squatteur et lui propose simplement de cohabiter, chez elle, avec lui… Après des mois de mobilisation citoyenne, elle finit par retrouver sa résidence dévastée et fond en larmes, à bout de nerfs.

« C’est honteux et absolument scandaleux ce qu’il se passe actuellement, s’exclame Valérie Boyer. Les braves gens voient leurs vies être foutues, dans un véritable déni du droit de propriété ». Et la sénatrice LR d’évoquer le cas d’un frère et d’une sœur retraités à Marseille, dépouillés de leurs souvenirs et de leurs effets personnels dans leur maison familiale. Après un squat de plusieurs années, ils finissent par se rendre sur les lieux et croisent des membres des services sociaux, présents pour aider les squatteurs à se reloger. « La sœur était en pleursElle avait dépensé une fortune en procédures pour récupérer son bien, sans le moindre soutien. Mais on est venu demander à ceux qui volent, pillent, cassent s’ils n’ont pas de difficulté. On est chez les fous. »

Le ras-le-bol des gens honnêtes

Au-delà même des décisions de justice, la question de la volonté politique revient sans cesse dans les conversations. Maire de Rognac, dans les Bouches-du-Rhône, Stéphane Le Rudulier s’est opposé à plusieurs reprises au préfet refusant d’évacuer les squats de gens du voyage. « Une compagnie de CRS aurait pu bouger leurs caravanes en deux temps trois mouvements, mais on a toujours peur de restaurer l’autorité de l’Etat, témoigne l’élu LR. On me dit ‘mais vous vous rendez compte, ils vont arriver à 200. On n’a pas les moyens de répondre si jamais il y a une échauffourée’ ».

« C’est déprimant, on est démuni face à des murs de l’Etat, de gens qui sont censés nous défendre ». A Marseille, Monique Faure a fini par porter plainte contre le préfet et l’Etat. Squattée depuis 2018, cette propriétaire obtient un arrêté d’expulsion un an plus tard, mais celui-ci n’est toujours pas appliqué fin 2020. Une situation ubuesque qui se retrouve lors de squats de biens municipaux, notamment par des roms. « Le préfet m’a souvent dit ‘Ils vont partir’ d’eux-mêmes, confie Valérie Boyer. Je trouve ça scandaleux, alors qu’ils ne paient déjà pas d’amendes pour leurs dégradations. Il y a un deux poids deux mesures avec le contribuable, dont on va chercher l’argent sans demander l’avis ».

Une situation loin d’être nouvelle, mais qui ne peut plus « être mise sous le tapis depuis ‘l’été du vivre-ensemble’ et toutes ses violences », rappelle Éric Zemmour en septembre 2020, constatant que « les gens sont à cran ». En avril 2021, plus de 400 citoyens déferlent et chantent La Marseillaise devant le squat d’une maison des Arcs-sur-Argens, dans le Var, dont le préfet refuse l’évacuation ordonnée par la justice. Pris de peur, les squatteurs étrangers quittent les lieux en 48h. « Il ne faudra pas s’étonner le jour où un propriétaire ou le voisinage excédé commettra l’irréparable, conclut Stéphane Ravier. Sans l’encourager, on ne pourra que le comprendre. » 

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