Explosion du nombre de migrants dans les Alpes-Maritimes

Réservé aux abonnés

Par Vincent-Xavier Morvan. LE FIGARO. 29 décembre 2021

À la gare de Vintimille, des migrants essayent, le soir, d’embarquer dans les trains à destination de Nice. Camille MILLERAND/Divergence

DÉCRYPTAGE – En l’espace de dix mois, la police aux frontières (PAF) a procédé à plusieurs dizaines de milliers d’interpellations de clandestins sur la Côte d’Azur.

Nice

Dieu seul le saitNewsletter

Le dimanche

Religions, laïcité, spiritualité, à retrouver dans la lettre de Jean-Marie Guénois.S’INSCRIRE

«Depuis une semaine, on voit beaucoup moins de migrants à Vintimille, une cinquantaine, contre 200 il y a encore un mois. C’est comme ça chaque hiver, les bateaux sont moins nombreux à traverser la Méditerranée.» Ce constat, dressé par Teresa Maffeis, une militante associative qui enchaîne les allers-retours entre Nice et Vintimille pour acheminer vivres et vêtements aux migrants, ne doit pas cacher une réalité: en 2021, selon les chiffres communiqués au Figaro par la police aux frontières (PAF) des Alpes-Maritimes, la pression migratoire est repartie de plus belle.

À LIRE AUSSIÀ Menton, policiers français et italiens font brigade commune contre les immigrants irréguliers

Sur les dix premiers mois de l’année, la PAF comptabilise près de 26.000 «étrangers non admis à la frontière», catégorie qui désigne les personnes interpellées principalement à Menton. Celles-ci font l’objet d’une procédure de non-admission se traduisant par un refoulement direct vers l’Italie, de l’autre côté de la frontière, à Vintimille. Sur la même période de 2019 et de 2020, ce chiffre était tombé à, respectivement, 16.000 et 17.000 interpellations, notamment en raison de la crise sanitaire.

Pour compléter le tableau, il faut ajouter les interpellations d’étrangers en situation irrégulière sur le territoire, ceux qui ont déjà réussi le passage, soit près de 4000 personnes cette année. Au total, entre début janvier et fin octobre, 30.000 personnes ont été interpellées sur la Côte d’Azur pour immigration clandestine par la PAF.

Passer la frontière

2021 reste loin du record de 2017 (37.000 non-admissions en dix mois), mais traduit la reprise des mouvements migratoires qui fluctuent au gré de la situation géopolitique. Le top 5 des nationalités de ces refoulés est composé, cette année, des Tunisiens, suivis des Afghans, des Soudanais, des Ivoiriens et des Algériens. En 2017, les nationalités vedettes étaient déjà les Soudanais et les Ivoiriens, mais figuraient aussi les Guinéens et les Érythréens, selon les chiffres de la PAF.

À LIRE AUSSIMigrants afghans: les passages dans les Alpes en forte hausse depuis 2020

Arrivés à Vintimille, ils n’ont qu’une idée en tête: passer la frontière pour rejoindre la France ou poursuivre vers un autre pays européen. La militante Teresa Maffeis voit rarement deux fois les mêmes personnes quand elle se rend sur place. «C’est la preuve qu’ils passent la frontière», en déduit-elle. À Vintimille, depuis la fermeture du centre d’hébergement d’urgence, les migrants, en dehors des femmes avec enfants hébergées par l’évêché local, dorment sous les ponts de la Roya.

À VOIR AUSSI – L’Union européenne propose une réforme visant à renvoyer les migrants dans l’État membre d’où ils sont partisPlay Video

Des réseaux de passeurs

2021 a battu un record, celui du nombre de passeurs interpellés par la police aux frontières, un service fort de 400 personnels dans le département, renforcé par des CRS et des gendarmes mobiles. Entre janvier et octobre, 467 passeurs ont été arrêtés. En 2017, pourtant année record de la pression migratoire, seuls 280 avaient été interpellés. Faut-il y voir un signe de l’efficacité accrue des services? Les policiers restent prudents sur l’interprétation à donner à ces statistiques. En septembre, ils avaient inauguré, en présence du directeur central de la police aux frontières, Fernand Gontier, et de son homologue transalpin, Massimo Bontempi, le poste hébergeant, sur le port de Menton, la brigade mixte franco-italienne. Créée pour lutter contre les passeurs et composée d’une dizaine de fonctionnaires, elle a procédé à 27 arrestations entre décembre 2020 et août dernier.

À LIRE AUSSIClandestins: les frontières ont été verrouillées avec l’Italie et l’Espagne

Depuis le rétablissement des contrôles à la frontière en 2015, renouvelé, depuis, de six mois en six mois, la situation reste problématique à l’extrême sud-est de l’Hexagone. Les réseaux de passeurs criminels se développent, tandis que certains migrants prennent des risques inconsidérés pour franchir ce bout de frontière escarpé où les Alpes se jettent dans la mer. Tout cela, constate désabusée Teresa Maffeis, «parce qu’on n’ouvre pas la frontière, alors qu’ils passent de toute façon». Les associations locales dénoncent les conditions réservées aux migrants, évoquant notamment des atteintes aux droits des mineurs, refoulés malgré leur âge, selon elles.

En 2018, un signalement avait été effectué au parquet de Nice contre ces supposés agissements. Après enquête, l’affaire a été classée. «Mais ce que nous soulignions alors continue très exactement à se dérouler», déplore Mireille Damiano, du Syndicat des avocats de France (SAF). Elle reconnaît toutefois que les services de la PAF admettent un certain nombre de mineurs, pris en charge ensuite par le département. Celui-ci indique avoir accueilli plus de 7500 jeunes étrangers se présentant comme mineurs isolés depuis 2017. Près de 80% quittent rapidement le foyer qui les héberge, pour continuer leur route.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :