Un politologue démonte la stratégie d’enfumage d’Emmanuel Macron

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Frédéric Sirgant 2 janvier 2022. BOULEVARD VOLTAIRE

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L’année a mal commencé pour Emmanuel Macron. Avec l’Arc de Triomphe et Agnès Buzyn, il nous fait une polémique et une provocation par jour. À ce rythme, il doit bien y avoir quelqu’un dans l’avion pour lui dire de se calmer. Et toujours la même question : le font-ils exprès ? Mais que ce soit inconscience ou provocation assumée, la conclusion est la même : c’est grave. J’en viens même à me dire qu’il peut se permettre cette sorte de fuite en avant tous azimuts (sur les symboles, l’Union européenne, le Covid) car il ne se représentera pas ou il intériorise une défaite que les sondages ne lui annoncent pourtant pas. Pour le moment. C’est en tout cas ainsi que j’ai perçu son étonnant « quelle que soit ma place » et le ton mélancolique de la fin de ses derniers vœux.
Le politologue Jérôme Sainte-Marie, dans un entretien au Figaro publié ce samedi 1er janvier, s’il constate l’actuelle hégémonie du Président sortant dans les sondages, relève toutefois trois phénomènes de la fin du quinquennat susceptibles, à mon sens, de se retourner contre lui quand la campagne commencera vraiment.
Pour lui, l’un des événements marquants de l’année écoulée, et qui semble oublié aujourd’hui, est le camouflet infligé à la France par la rupture du contrat de vente des sous-marins à l’Australie. C’est pour lui « un événement emblématique […] qui aura eu un impact significatif sur notre humeur collective » et qui « a cristallisé les doutes, pour ne pas dire l’angoisse existentielle, ressentie par nombre de nos compatriotes. […] Il illustre un affaiblissement de la position du pays […] une forme de déclassement du pays […] lourd de conséquences électorales. »C’est en tout cas un échec majeur pour Emmanuel Macron dans un domaine où il était censé exceller. Il pèsera dans l’isoloir dans trois mois. S’il n’est pas relégué derrière les angoisses de toutes sortes liées au virus.

C’est justement le second phénomène politique marquant souligné par Jérôme Sainte-Marie : « la dévitalisation du débat public » : « Les Français sont placés dans une situation artificielle d’atomisation, chacun étant renvoyé à sa santé et à celle de ses proches, à son corps et, si l’on peut dire, à sa peau. » Cela « induit une distraction de l’opinion par rapport aux grands enjeux d’avenir du pays. » Gabrielle Cluzel ne disait pas autre chose dans ses vœux. Pour notre politologue, « le Covid-19 aura produit un choc de dépolitisation » qui profite à Emmanuel Macron. Au passage, c’est exactement ce que lui reproche Éric Zemmour en l’accusant d’« instrumentaliser » la crise sanitaire.
Troisième phénomène ambivalent dont profite Emmanuel Macron mais qui pourrait se retourner contre lui si, justement, la campagne permettait d’aborder les questions de fond en s’affranchissant de la monothématique Covid : à la faveur de cette crise, il « a su apparaître auprès de nombreux Français comme le garant du versement des salaires et des pensions ». Mais sur le plan financier, il a suffi que l’inflation pointe le bout de son nez à l’automne pour que le gouvernement signe précipitamment et à l’aveugle des chèques carburant. Qu’adviendrait-il si survenait une secousse financière plus sévère ?
« Candidat de la réforme en 2017, dit encore Jérôme Sainte-Marie, il sera devenu le Président des garanties. Quand bien même s’agirait-il d’une illusion, cela demeure un bel atout électoral. » Le mot est lâché : « illusion ». Toute la question est de savoir si les Français préféreront rester dans ce monde Potemkine covidé dans lequel nous maintient Emmanuel Macron et si ses challengers sauront intelligemment et méticuleusement tirer la carte qui fera s’écrouler le tout.

Par ailleurs, si ce Président des comptes en banque et des protocoles sanitaires incessants, le tout drapé dans un immense drapeau européen, correspond bien à un segment électoral cohérent – le sien -, il ne représente toujours, comme il y a cinq ans, que 20 à 25 % des Français.
Mais notre politologue a oublié un quatrième phénomène de fond bien réel susceptible d’entraîner l’effondrement du macronisme, celui que nous évoquions au début : Emmanuel Macron lui-même.

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