Michel Onfray, chroniqueur du chaos sur Europe 1.

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BOULEVARD VOLTAIRE 2 janvier 2022

Depuis plus de vingt ans, Michel Onfray se tient à une ligne singulière : la sienne. Entré dans le monde médiatique avec son Antimanuel de philosophie, il a poursuivi son œuvre, devenant de plus en plus prolixe, écrivant de plus en plus élégamment… et se radicalisant aussi ! Non pas qu’il ait changé, justement, mais il accorde de plus en plus de place au développement de ses idées ; après avoir privilégié, si on reprend le triptyque de Kierkegaard, une approche esthétique de la vie, il est entré dans l’ère de l’éthique. Attention, car le stade ultime est la mystique du « chevalier de la foi » – mais cela ne semble pas le guetter.Malgré son look austère, décalqué de la caricature de l’« intellectuel de gauche triste » dans Les Mouvements de mode expliqués aux parents, Onfray a longtemps mis sur le devant de la scène son hédonisme presque païen et l’importance de jouir de la vie – en réaction, peut-être, à une éducation salésienne que, dans son dernier ouvrage sur de Gaulle et Mitterrand, il décrit comme particulièrement malsaine et rigoriste. Venu d’un milieu très modeste, penseur autodidacte, marqué par une famille aimante, fidèle à sa femme jusqu’à la mort de celle-ci, vendant beaucoup de livres, vivant en province et n’ayant jamais rien publié chez Vrin, il ne coche donc aucune des cases du portrait-robot du philosophe français. Pour comble d’infréquentabilité, il a créé une université populaire à Caen, dans laquelle il vulgarise avec truculence et sans démagogie l’histoire des idées. Enseigner des choses intelligentes, intelligibles, et au peuple de surcroît ! On rêve. Diffusés sur France Culture, ses cours ont, depuis (évidemment), disparu du paysage radiophonique.

C’est donc cet homme-là que recevait Sonia Mabrouk, sur Europe 1, ( cliquez ici) dimanche 2 janvier. Il s’y est montré, comme à son habitude, d’une honnêteté, d’une cohérence, d’une congruence (pour le dire avec les mots d’aujourd’hui) totale et même admirable. Macron et Pécresse ? Rigoureusement « la même chose ». L’enjeu de la présidentielle ? Le temps long, que seul Zemmour semble, selon lui, avoir compris. Michel Onfray enchaîne les formules, toutes pleines de justesse, toutes destructrices de notre Caverne contemporaine, encore plus illusoire et encore plus asservissante que celle de Platon. Le « wokisme » ? Une « tyrannie des minorités » ; logique, pour un philosophe qui constate par ailleurs que « nous ne sommes plus en démocratie ». Les mots stupides de Pécresse sur le foie gras et le Tour de France, constitutifs de l’identité française ? « Les Français ne sont pas juste des gens qui bouffent du foie gras. » Pourquoi pas les gitanes et le diesel ? continue-t-il, avant de suggérer à la candidate LR de lorgner du côté des Mythologies de Roland Barthes, si elle veut vraiment faire appel à ce genre d’effets.Une grande fraîcheur et une honnêteté intransigeante se dégagent de cet entretien. Évidemment, Sonia Mabrouk est impeccable et son comportement contribue à la qualité de l’émission : questions intelligentes, courtoisie mais pas complaisance, on avait presque oublié que c’était ça, le journalisme, le vrai – dans une démocratie, c’est-à-dire pas en France. Cette prise de parole courageuse, dans laquelle il n’épargne personne – pas même le camp national, preuve qu’il n’est pas aveugle -, mérite d’être écoutée en entier. Europe 1 nous retransmettra peut-être même un jour ses cours de philosophie de l’Université populaire, qui sait ?

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