Le wokisme n’est qu’une nouvelle utopie voulant remodeler l’humanité au nom du progrès…

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Toutes les idéologies utopiques se sont basées sur l’idée que les êtres humains représentent une page blanche. Elles finissent toujours par limiter la liberté d’expression.

Durée : 14 minUne manifestation Black Lives Matter le 29 mai 2021 à Düsseldorf, en Allemagne.

Une manifestation Black Lives Matter le 29 mai 2021 à Düsseldorf, en Allemagne.

Par Ewan Morrison pour Areo Magazine (traduction Peggy Sastre)

L’EXPRESS. Publié le 04/01/2022

J’ai été woke facile quinze ans avant que le terme ne rentre dans le langage courant. En un sens, j’étais proto-woke, mais j’avais pour habitude de me désigner comme post-marxiste, parfois même comme postmoderniste. Dans la droite ligne d’Herbert Marcuse, la liberté d’expression était à mes yeux une activité réactionnaire, qu’il fallait obligatoirement contraindre, et tous ceux dont le discours ne promouvait pas le changement social devaient selon moi être réduits au silence. Si la cancel culture et les réseaux sociaux avait existé à l’époque, j’aurais passé mes journées sur mon ordinateur ou mon téléphone à vouloir annuler des réactionnaires. 

Mais un beau matin, j’ai pris conscience que l’important dans cette visée transformatrice n’était pas le pourquoi mais le comment. 

Mes lectures de l’époque n’ont été d’aucun secours. Du côté de Noam Chomsky et Naomi Klein, il n’y avait que de vagues allusions à certaines expériences radicales menées au Mexique et que le monde capitaliste développé était censé pouvoir imiter. Slavoj Zizek et Jacques Derrida ont consacré toute leur carrière à esquiver cette question pragmatique. On peut même dire que tout le canon du marxisme et du postmodernisme aura évité, à grand renfort d’absconseries, de répondre à cette interrogation : comment créer la société post-révolutionnaire parfaite? L’application L’ExpressPour suivre l’analyse et le décryptage où que vous soyezTélécharger l’app

Je suis donc parti en quête d’autres sources. J’ai ainsi découvert Steven Pinker et son Comprendre la nature humaine (The Blank Slate), paru en 2002. Pinker pose beaucoup de questions. Comment fonctionne la cognition humaine? Comment distinguer le bien du mal? Comment les sociétés se forment-elles? Son livre m’a appris que le marxisme et le progressisme s’inscrivaient dans une longue tradition de pensée utopique, fondée sur une conception de l’être humain comme tabula rasa, une page blanche. Les marxistes, progressistes, beaucoup de gens de gauche et autres partisans de l’ingénierie sociale se sont tous crus capables de créer une société utopique de zéro car les humains et la société humaine leur apparaissaient comme un bloc d’argile malléable à l’infini. LIRE AUSSI >> Steven Pinker : « L’irrationalité actuelle ne signifie pas que notre espèce débloque »

Les gens qui veulent en annuler d’autres au nom d’un quelconque projet utopique ne prennent en général jamais la peine de se demander comment construire leur utopie. Parce que le cas échéant, ils verraient s’effondrer tous leurs arguments en faveur de la censure. 

Le nouvel utopisme

Le wokisme n’est que la dernière occurrence de l’idéologie utopique : un système de croyance reprenant du poil de la bête toutes les trois ou quatre générations et remontant à la République de Platon, en 375 avant J.-C., avec son rêve d’une société urbaine parfaitement organisée, planifiée et administrée. On la retrouve dans les hérésies chrétiennes du pélagianisme (400 après J.-C.) ou encore chez des groupes millénaristes radicaux comme les anabaptistes (XVIe siècle) persuadés que le royaume de Dieu pouvait être créé sur Terre. Autant de formes précoces de la doctrine de la page blanche – l’humain naîtrait vierge de tout péché ou pourrait être parfaitement nettoyé de ses turpitudes. LIRE AUSSI >> John McWhorter : « Avec sa croyance inébranlable et son péché originel, le wokisme est une religion »

C’est dans l’utopisme que la Révolution française, le mouvement progressiste chrétien aux États-Unis au XIXe siècle, les révolutions communistes au XXe siècle, les mouvements pacifistes et les sectes collectivistes des années 1960 ont puisé leur inspiration. À chaque fois que l’utopisme reparaît, le voilà qui essaye de remodeler l’humanité au nom du progrès : de nous rendre plus purs et plus éthiques. Il nous bombarde de raisons expliquant pourquoi l’utopie doit advenir, mais de telles tentatives sont toujours un échec car jamais elles ne répondent au comment.  

L’utopisme cherche toujours à contraindre la liberté d’expression, car dans l’esprit des utopistes, les humains sont des pages blanches que l’on peut gommer de tous les mots et concepts imparfaits. 

L’humain comme page blanche

Au coeur de l’idéal utopique se trouve la conviction d’une perfectibilité des êtres humains. C’est ce qu’on lit, par exemple, chez Jean-Jacques Rousseau et son « l’homme naît libre, et partout il est dans les fers ». C’est Vladimir Lénine et son rêve d’un homme nouveau soviétique. C’est aussi Mao Tsé Toung voyant le paysan comme « une page blanche » où « tout est possible ; on peut y écrire et dessiner ce qu’il y a de plus nouveau et de plus beau ». Ou encore le slogan des Khmers rouges : « Seul le nouveau-né est sans tache ». 

Le mouvement hippie allait exprimer le même sentiment et voir dans les enfants l’incarnation de l’avenir, en pleine capacité d’un amour universel. Aujourd’hui, pour les enfants millenials des utopistes boomers, tout n’est que construction sociale et la nature humaine n’existe pas. LIRE AUSSI >> Niall Ferguson : « la dimension religieuse est clé dans ce « Great Awokening » « 

Aux yeux de l’ingénieur social utopiste, le contrôle du langage est l’outil le plus important pour ériger une société planifiée au cordeau et dont il faut éradiquer toute cruauté, toute souffrance et toute inégalité. Pour citer Mao, les « quatre vieilleries » – « les vieilles idées, la vieille culture, les vieilles habitudes et les vieilles coutumes » – doivent être détruites. Il faut interdire les vieux mots perpétuant les structures de pouvoir du passé. Il faut brûler les vieux livres. Pendant la Révolution culturelle chinoise, les gardes rouges de Mao, des milices d’enfants et d’étudiants – dont certains n’avaient que neuf ans – détruisirent plus de 5 000 ans d’artefacts culturels, d’oeuvres d’art et de textes afin de purger le présent de toute trace du passé. Et le régime de Mao était un régime de contrôle centralisé de l’usage du langage. 

Pour de tels ingénieurs sociaux, les mauvais mots sont autant d’attaques contre leur projet utopiste. Ils veulent donc effacer tous les termes problématiques, brûler tous les livres hérétiques – parce qu’ils croient qu’un nouveau type d’humain va naître de ces cendres pour construire un monde entièrement neuf dans lequel tous les problèmes humains auront cessé d’exister. 

Sous la manifestation actuelle de l’activisme utopique se cache le rêve d’un État non-problématique : immaculé, sans opposants, où même le langage de l’opposition a disparu. 

La plupart des utopistes contemporains ne savent pas qu’ils s’insèrent dans une longue tradition. Ils n’envisagent pas forcément leur objectif final en des termes mystiques et sont plus à même de viser une société équitable, à croissance zéro voire communiste que de rêver du Royaume de Dieu sur Terre ou d’une Nouvelle Jérusalem. 

Reste que l’utopie demeure un mirage métaphysique. La société parfaite et sans problèmes – le but éternel, toujours par-delà le prochain horizon – dévoile toujours son essence totalitaire lorsque nous demandons à ses partisans de nous expliquer comment, exactement, ils entendent s’y prendre pour la réaliser. 

Un exercice rhétorique

Nous interrogeons rarement les utopistes sur la philosophie fondamentale qui les anime, souvent parce que nous sommes trop occupés à vouloir défendre la liberté d’expression ou à trouver de nouvelles tribunes aux censurés. 

Jamais nous ne leur demandons : « Et au fait, comment entendez-vous réaliser votre société parfaite ? » Nombreux seront ceux à refuser de répondre ou à se réfugier derrière les mauvaises intentions qui inciteraient à poser la question. Mais certains pourraient se plier au jeu. Au lieu d’être constamment sur la défensive, un moyen plus efficace de contrer la cancel culture pourrait être de donner aux utopistes l’espace nécessaire pour voir leurs convictions fondamentales publiquement passées au crible. 

Au cours des deux dernières décennies, j’ai posé la question du « comment » à des individus issus de trois générations différentes d’utopistes : un communiste encarté dans les années 1940 et 1950, un militant pacifiste de la campagne pour le désarmement nucléaire (CND), une féministe de la deuxième vague des années 1960 et 1970, et peut-être une dizaine de wokes. Leurs réponses ont toujours été étonnamment similaires. 

Il est très difficile d’amener des utopistes à cesser de se focaliser sur ce qui doit, selon eux, être éradiqué : la pauvreté, le sexisme, le racisme, la cupidité, les inégalités, le capitalisme, la destruction écologique – autant de colossales abstractions leur offrant une cause infinie de fureur. Mais en les empêchant de retrouver leurs vieilles habitudes – annuler les gens faisant obstacle à leur société parfaitement planifiée – il est possible d’encourager des utopistes à expliciter la marche vers la concrétisation de leur idéal. 

Demandez-leur comment ils structureraient une société où ils seraient en capacité de planifier le moindre de ses éléments pour maximiser leurs bonnes intentions. LIRE AUSSI >> Pourquoi l’Italie échappe (pour le moment) au wokisme

Tout d’abord, ils devront lister tout ce qui ne va pas dans la société. Y a-t-il des priorités? Toutes les mesures éradicatrices sont-elles réalisables? Comment tout cela va-t-il être planifié et coordonné, et à quelle échelle? 

Un utopiste peut charger un groupe animé par les bonnes idées, les idées non-problématiques, de concrétiser ces exigences. 

Là, il est possible de demander s’il s’agira d’un comité central ou décentralisé, et de préciser le mode de sélection de ses membres. En fonction de leur mérite, de leur passif, de la force de leurs convictions, au hasard ? Comment seront-ils élus? Radiés? Et qu’adviendra-t-il si certains expriment eux aussi des idées problématiques? 

Une fois constitué, ce comité devra obtenir l’adhésion de tous les membres de la société pour mettre en oeuvre son plan. Comment s’y prendre ? Il est probable qu’il faudra en passer par de la rééducation, un recours à des images positives et un contrôle du langage – bien qu’un utopiste en parlera sans doute comme d’une formation à la positivité. Il faudra pour cela de nouvelles lois et de nouvelles instances pour les faire appliquer. Pour un projet de société parfaite, la liberté d’expression a de quoi représenter une véritable menace. Il sera donc nécessaire de l’abolir ou, du moins, de la restreindre, jusqu’à ce que le projet soit achevé – et peut-être même après, vu qu’une société parfaite, ça s’entretient. 

Comment faire?

Dans l’idéal, un utopiste dirait qu’il faut commencer par l’école: seuls les bons discours devraient être enseignés, seules les bonnes images devraient être montrées histoire qu’en grandissant, les enfants s’engagent pleinement dans le projet d’une société parfaite. Bien des boomers gauchistes répétaient qu’une société meilleure commençait dès la maternelle. Et nombre d’entre eux ont joint le geste à la parole en travaillant dans le système éducatif pour apprendre aux enfants à devenir des sujets utopiques. Selon leur vision du monde, la société parfaite est une nouvelle construction sociale, écrite sur la page blanche qu’est l’enfant. Si vous les poussez à expliciter leurs postulats, les utopistes peuvent commencer à comprendre les lacunes de leurs théories, puisque leur société parfaite nécessite le contrôle mental des enfants ou l’intervention d’une police de la pensée. 

Ce qui pourrait les perturber. Les faire réfléchir à deux fois avant de rallier une meute exigeant telle ou telle tête. 

Mais ne vous arrêtez pas là: continuez à approfondir le comment. 

Demandez-leur comment la mise au pas des mots, des images et des idées – les bons, les corrects, les non-problématiques – pourrait être obtenue. LIRE AUSSI >> Michel Wieviorka : « Non, la France n’est pas envahie par le ‘wokisme’ ! »

Il leur faudra sans doute employer des psychologues et des spécialistes de l’éducation pour s’assurer de la formation des enfants aux croyances et aux comportements utopiques. En d’autres termes, ils croient au béhaviorisme : qu’il est possible de conditionner les enfants comme les animaux des expériences de Pavlov et de Skinner. Peut-être que les utopistes d’aujourd’hui n’ont pas connaissance des expériences comportementales pavloviennes menées secrètement sur des orphelins par des Soviétiques dans l’Italie fasciste de 1932 et visant à les faire réagir à des indices visuels et linguistiques. Pas la peine de leur dire qu’au cours du XXe siècle, toutes les tentatives pour démontrer la prédominance de l’acquis sur l’inné ont fini par prouver exactement le contraire, et ont demandé d’en passer par des expériences qui seraient aujourd’hui jugées inhumaines et illégales. Ou encore que des pionniers de l’étude évolutionnaire du comportement humain estiment qu’il n’est en rien infiniment malléable, tant les êtres humains n’ont rien de pages blanches. 

Le moment est venu de demander à l’utopiste comment il compte s’y prendre pour que tout le monde adhère à son plan. Qu’est-ce qui pourrait mal tourner et pourquoi? L’utopiste ne vous dira pas que son plan risque d’échouer à cause de la nature humaine, vu qu’il ne croit pas qu’elle existe. L’échec pourrait donc venir d’un autre genre de cafouillage – des ennemis dans leurs rangs, peut-être, soit la croyance ayant mené aux purges de Mao et Staline. Comment comptent-ils résoudre les problèmes susceptibles de survenir dans l’édification de leur société utopique? Si un plan s’avérait défectueux, comment répareraient-ils les choses? Y aurait-il un retour d’information sur les erreurs commises et, si oui, comment faire la différence entre de telles réclamations et une action ennemie visant à faire capoter le plan ? 

Plus l’ampleur d’un projet d’ingénierie sociale est grande, plus les risques de résultats inattendus sont élevés. Les intentions de Mao Zedong étaient parfaitement bonnes lorsqu’il chercha à éradiquer les espèces nuisibles en Chine communiste, mais de 1958 à 1962 et avec plus de 45 millions de morts, son initiative se soldera par la plus grande famine jamais provoquée par l’Homme. La construction de barrages peut provoquer des sécheresses ; une allocation du gouvernement pour les parents isolés peut accélérer l’éclatement de la famille ; l’interdiction des drogues peut motiver les dealers à en vendre des toujours plus fortes. Le plan ne prend pas en compte ce genre de conséquences. 

Peut-être les planificateurs utopiques devraient-ils ignorer ou cacher les preuves des effets adverses ou des échecs de leurs projets? Une falsification qui serait motivée, bien sûr, par les meilleures intentions du monde. Et peut-être que tout individu entendant porter un discours factuel et rétablir la vérité devrait être désigné comme un fauteur de haine, véhiculant des faits hostiles. 

Mais comment, serait-on à même de demander à un utopiste, allez-vous vous y prendre pour distinguer les faits des mensonges? Allez-vous instituer un ministère de la vérité? Et comment empêcher les dissidents de répandre des mensonges au sujet du plan? LIRE AUSSI >> Pourquoi certaines personnes sont-elles plus ouvertes d’esprit que d’autres?

Là encore, pour le bien de son projet, tout utopiste fera face à la nécessité de contraindre la parole. À ce stade, on pourrait vous répondre qu’il n’y aura pas de dissidents ou qu’il faudra éloigner tous les dissidents de la société idéale : et les voilà tombés dans le totalitarisme le plus complet, simplement en suivant la logique interne de l’utopisme. De par sa propre progression logique, leur utopie conduit inexorablement à de nouveaux camps de rééducation, une nouvelle Stasi, de nouveaux goulags. Ce qui pourrait s’avérer perturbant. Peut-être que les utopistes auront envie de tout recommencer pour retrouver l’endroit où les choses ont mal tourné. Ou alors ils se retourneront contre vous. Mais s’ils analysent les 2300 ans d’histoire de l’utopie, ils découvriront que le paradis sur terre n’a jamais été atteint une seule fois et que toutes les tentatives se terminent invariablement dans le sable ou le sang. Et, par la même occasion, ils découvriront que les plus grands génocides et les plus graves famines jamais induites par l’Homme sont le fruit du jus de crâne de planificateurs sociaux utopistes. 

L’utopie ne sera jamais de ce monde, à moins de pouvoir modifier les êtres humains et de contrôler toutes leurs interactions – et même dans ce cas, des fautes seront commises, car, sans liberté d’expression, comment corriger les erreurs qui se glissent dans le plan ? 

En définitive, l’utopiste peut se rendre compte que réduire au silence et annuler tous ceux qui ne sont pas d’accord avec son plan directeur a de quoi, justement, conduire à son effondrement. Tout comme c’est à la censure de la critique que l’on doit le ralentissement économique puis la destruction de l’URSS, et aux rapports mensongers sur les rendements agricoles la grande famine de Mao. 

L’utopiste pourrait même réaliser que, depuis tout ce temps, il n’a fait que croire que faire taire ses ennemis était suffisant, sans jamais réfléchir à la mise en oeuvre pratique de son grand projet. 

Ayez pitié de l’utopiste. Le voyage de l’idéalisme au pragmatisme est long est difficile, comme l’est celui de la croyance en une abstraction absolue vers la vie dans un monde constitué d’une somme de petits comment. 

La stratégie ironique

Nous sommes nombreux à avoir entendu des propos utopistes pour le moins extravagants, même dans la bouche et sous la plume d’universitaires – que s’il n’y avait que des femmes au pouvoir, il n’y aurait plus de guerres, que si tel ou tel groupe contrôlait la société, le réchauffement climatique serait un lointain souvenir, etc. 

Autant de propos étayés par un même postulat : il sera nécessaire de constituer une instance de planification centrale qui décidera comment tout le monde devra se comporter, parler et agir. On finira par vite se passer de la démocratie, car l’utopiste a toujours un plan et un seul à l’esprit. Ceux qui ne sont pas d’accord devront être réduits au silence ou disparaître. 

La destruction de la liberté d’expression est le mur porteur de l’utopisme, mais la plupart des opposants à la liberté d’expression n’ont pas conscience des fondements utopiques de leur croyance ou de la longue et douloureuse histoire des démarches visant à faire de l’utopie une réalité. 

L’exercice rhétorique que je propose – demander comment les utopistes souhaitent atteindre leurs objectifs – se veut une alternative à la lutte sans fin contre la censure comme autant d’incendies éteints l’un après l’autre. Si l’utopisme sous-jacent à la cancel culture est exposé et passé au crible, alors elle disparaîtra ou continuera sa petite vie de comportement grégaire sans réelle justification. 

La meilleure façon de défendre la liberté d’expression est peut-être d’abandonner la position défensive et de retourner la situation contre les utopistes: leur offrir des tribunes pour qu’ils expliquent leurs propres croyances et soient ainsi forcés de se confronter aux défauts inhérents de leur idéologie. Une stratégie empreinte de générosité, et d’ironie. 

La prochaine fois qu’on vous accusera de tenir des propos problématiques, demandez à votre interlocuteur comment il compte faire fonctionner sa société dénuée de tout problème. Il lui faudra certainement une police de la parole en renfort pour qu’elle surveille les personnes problématiques. Ce qui n’a rien d’un plan réaliste – c’est une tâche ingrate et interminable. Et si ces agents de la police des mots pouvaient se sentir vertueux et supérieurs à ceux qu’ils corrigent, censurent, criminalisent et enferment, ils seraient toujours coincés dans une impasse. Jamais ils ne pourraient dépasser la simple correction punitive de leurs congénères. Ce qui n’a rien d’une voie vers une société parfaite. 

Invitez donc les utopistes à formuler leurs plans, et ils se rendront vite compte que leur page blanche idéale est, par définition et nécessité, tachée de sang. 

Historiquement, tous les projets utopiques ont abouti, pour des raisons pratiques, à toujours plus de pouvoir alloué aux planificateurs de l’État et aux ingénieurs sociaux – soit au totalitarisme. 

Est-ce réellement ce que veulent nos utopistes actuels? 

Cet article est initialement paru dans Areo Magazine, site d’opinion et d’analyse dirigé par Helen Pluckrose. Areo Magazine entend défendre les « valeurs libérales et humanistes », comme la liberté d’expression ou la raison. Ewan Morrison est romancier, essayiste et scénariste.  

Si les utopies se contentaient de « limiter la liberté d’expression », comme il est dit au début de cet article, ce serait un (très relatif) moindre mal. La réalité est qu’elles débouchent presque toujours , y compris quand elles son religieuses (suivez mon regard) sur un raccourcissement notoire de…. la durée de la vie de ceux à qui elles sont appliquées!!!!!!!!!!!!!!

Artofus

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