Cachez ces racines que je ne saurais voir

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Frédéric Lassez 6 janvier 2022 BOULEVARD VOLTAIRE HistoireRéflexionsSociétéLes Sables d’Olonnesaint Michel 

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Samedi prochain, Éric Zemmour se rendra aux Sables-d’Olonne pour protester contre la décision du tribunal administratif de Nantes, le 16 décembre dernier, ordonnant à la commune de déboulonner une statue de saint Michel. Dans son communiqué de presse, le candidat dénonce la victoire de la cancel culture et affirme son « attachement aux racines chrétiennes de la France qui fondent l’identité française ».
Voilà qui ne manquera pas de relancer le débat sur ces fameuses « racines » qu’il n’est pas de bon ton d’évoquer aujourd’hui. La gauche poussera ses habituels cris d’orfraie et convoquera au plus vite un spécialiste chargé de déconstruire toutes ces histoires nauséabondes. On lui suggérera, par exemple, le philologue italien Maurizio Bettini, auteur d’un livre intitulé Contre les racines que célébrait Libération, en 2017, au nom de sa légitime dénonciation d’« une chimère conceptuelle dangereuse qui empêche l’homme de saisir les mouvements du monde et rejette le « barbare » aux frontières ».

La presse libérale, de son côté, avait anticipé la menace avec, dans Le Point du 4 janvier dernier, un article de l’historien Arthur Chevallier intitulé « En finir avec « les racines chrétiennes de la France » ». Avec l’arrogance des maîtres censeurs toujours prompts à sermonner la piétaille, celui-ci morigénait les « ignorants » qui, en usant de cette formule, « se contentent de répéter un cliché ». En effet, « si la France, n’étant ni un arbre ni une plante, ne saurait avoir de racines, ni catholiques ni végétales, elle a en revanche et avec certitude un passé. Lequel, avec le présent et l’avenir, compose l’Histoire, soit une partie considérable de nous-mêmes, où la chrétienté tient une place sans égale. » Ah, nous voilà rassurés, on croyait relire l’article de Libé.

Cependant, attention, retenons la leçon : les « racines », c’est pas bien. Ça fait penser à « enracinement » et, donc, à l’extrême droite. On avait les fact checkers, on a également les word checkers pour nous dire quels mots sont autorisés ou prohibés. Il est donc plus politiquement correct de parler de notre « passé » chrétien. Un passé dépassé qui n’engage en rien ni le présent ni l’avenir.

En réalité, ces querelles sémantiques sont lourdes d’enjeux politiques.

Le problème, avec les « racines », c’est que cela renvoie à l’idée de continuité. Comme la sève qui continue à monter des profondeurs du passé pour nourrir notre présent. Métaphore qui s’oppose à une conception purement contractualiste de la nation comme création artificielle dans laquelle le peuple se réduit à un agrégat d’individus, sans référence à de quelconques particularités ethniques, culturelles ou religieuses. Un individu abstrait, délesté de tout héritage, qui croit désormais pouvoir s’auto-engendrer et façonner lui-même sa propre identité. À l’inverse, les racines renvoient à un homme qui sait qu’il est venu au monde précédé par une langue, une culture, une histoire et une terre pour l’accueillir. Cette terre sur laquelle il déposera à son tour son empreinte mais sans effacer celle de ses ancêtres. Ces générations qui l’ont précédé et dont il sait qu’elles ont longtemps peiné pour défricher et cultiver la terre transmise en héritage afin qu’il puisse, à son tour, se bâtir un avenir. Alors, qui nous fera croire que nous pourrions croître sans racines ?

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