AMOUR SACRÉ DE LA PATRIE…

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RÉGIS DE CASTELNAU VU DU DROIT

Beaucoup d’évènements et de dynamiques ont marqué l’année 2021. Parmi celles-ci, le retour des références à l’amour de la patrie au sein du « politiquement acceptable ». Ce qui était difficile à imaginer il y a quelques années… 

Hubert Germain comme un révélateur

La disparition d’Hubert Germain, le dernier des Compagnons de la Libération, a constitué un assez étonnant révélateur des courants qui traversent la société française.

L’ordre de la Libération, créé à Londres par Charles de Gaulle en novembre 1940, était destiné « à récompenser les personnes ou les collectivités militaires et civiles qui se seront signalées dans l’œuvre de Libération de la France et de son Empire ». 1038 personnes physiques ont été choisies par le chef de la France libre et ont reçu une décoration dont le prestige était immense dans les années 40 et 50. Le temps passant, les choses commencèrent à tomber un peu dans l’oubli, et seuls les nostalgiques se manifestaient à l’annonce du décès de l’un d’entre eux. La culture de la repentance a également joué son rôle, puisque tout un courant idéologique politique et historique prétendait que la France résistante était une fiction inventée par le général De Gaulle. Dans les années 70, avec l’arrivée au pouvoir de Valéry Giscard d’Estaing, représentant d’une bourgeoisie qui s’était fort bien accommodée de l’Occupation, et l’émergence d’une historiographie orientée, le mythe d’une France totalement « collabo » s’était imposé. Henri Amouroux avec ses « 40 millions de pétainistes » et le film Le chagrin et la pitié étaient les têtes de gondole d’une révision historique destinée à liquider le gaullisme et sa dimension patriotique.

Quand les Russes nous donnent la leçon

Les Compagnons de la Libération qui avaient survécu à la guerre disparurent les uns après les autres sans que l’opinion n’en soit avisée et sans que les autorités publiques ne se démènent beaucoup pour leur rendre hommage. Sans surprise, l’exemple le plus minable fut fourni par le gouvernement socialiste de Jean-Marc Ayrault lors du décès de Roland de la Poype en novembre 2012. Celui-ci, membre combattant des Forces Aériennes Françaises Libres, fut volontaire pour incorporer « Normandie Niémen », la légendaire escadrille française sur le front de l’Est, connue de tous les écoliers russes. Il fit après la guerre une carrière d’industriel particulièrement brillante. Couvert de décorations et en particulier celles de compagnon de la Libération et de « Héros de l’Union soviétique », au moment de sa disparition, il fut honoré selon la tradition dans la cour des Invalides. Les honneurs militaires lui ont été rendus par l’Armée de l’air. Quant à la Russie, elle avait envoyé, avec son ambassadeur, un ministre du gouvernement, accompagné des Chœurs de l’Armée rouge, qui interprétèrent la Marseillaise. Aucune autorité civile du pouvoir socialiste n’avait daigné se déplacer. Devant les réactions pour le moins réprobatrices, le ministre des Anciens combattants Kader Arif, pour essayer de se dédouaner, ajouta le mensonge à la honte… en prétendant que cette absence était due à une demande de la famille de Roland de la Poype ! Ce que celle-ci scandalisée, fut contrainte de démentir.

Fort heureusement, les choses ont changé. Les réactions à la disparition d’Hubert Germain et les cérémonies qui l’ont suivie en ont été la démonstration assez éclatante. Autorités civiles et militaires, médias et réseaux ont non seulement salué la mémoire du héros, mais ont mis en avant la nature du choix de ceux qui avaient rejoint la France Libre. Il ne s’agit bien sûr pas de discriminer entre les combattants de l’extérieur et la résistance intérieure, ni de comparer les mérites, mais bien de signifier quel était le rapport à la patrie de ceux qui firent ce choix de rejoindre de Gaulle alors que tout semblait perdu. Il fallait avoir l’amour de la France chevillé au corps pour accomplir cet acte.

Je ne suis plus vaincu…

Et les débats furieux qui ont suivi les prises de position indulgentes d’Éric Zemmour vis-à-vis de Pétain sont aussi le symptôme de ce que le patriotisme est redevenu une question centrale. Il est peu probable que Macron pourrait aujourd’hui réitérer sans vergogne sa phrase selon laquelle : « Vichy, c’était la France ». Le diable étant dans les détails, on évoquera la petite vidéo de justification du député « insoumis » Alexis Corbière après sa piteuse prestation face à Éric Zemmour à la télévision. Il s’y exprimait, en le revendiquant, sous un cadre contenant le brassard bleu blanc rouge à croix de Lorraine de son père résistant. Pas sûr qu’il l’ait fait, il y a seulement quelques années.

Alors, il y a beaucoup de façon d’aimer la France et d’être patriote. Mais l’exemple de la France libre salué à l’occasion du transfert de la dépouille d’Hubert Germain dans la crypte du Mont-Valérien est particulier. On se réjouira de le voir ainsi honoré en se rappelant aussi celui de Maurice Halna du Fretay qui avait rejoint Londres à 20 ans en novembre 1940 à bord d’un coucou qu’il avait remonté pièce à pièce dans sa maison bretonne. Ayant ensuite intégré les FAFL, son avion disparaîtra en mer en août 42 au moment du raid sur Dieppe. Aux journaux anglais impressionnés par son évasion et qui lui avaient demandé les raisons de ce choix, il avait répondu : « Je suis libre comme l’air, je suis pauvre comme Job, mais je ne suis plus vaincu… »Régis de Castelnau

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