Maxime Tandonnet: «Le Covid est en train d’étouffer les grands enjeux de la présidentielle»

Par Maxime Tandonnet. LE FIGARO. 10 janvier 2021

À cause de la peur provoquée par la crise sanitaire, des sujets fondamentaux risquent d'être minorés ou occultés, s'inquiète l'auteur.
À cause de la peur provoquée par la crise sanitaire, des sujets fondamentaux risquent d’être minorés ou occultés, s’inquiète l’auteur. GONZALO FUENTES / REUTERS

FIGAROVOX/TRIBUNE – Le Covid-19 occupe une place démesurée dans l’espace politico-médiatique. A l’approche de la présidentielle, l’essayiste s’inquiète de l’effacement des questions qui déterminent l’avenir de la France.

Fin observateur de la vie politique française et contributeur régulier du FigaroVox, Maxime Tandonnet a notamment publié «André Tardieu. L’incompris» (Perrin, 2019).

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Les vagues de Covid-19 qui s’enchaînent depuis près de deux ans ont un effet secondaire dramatique : celui d’écraser les débats sur tous les autres sujets. Après la présidentielle et les législatives de 2017 tronquées par le «scandale Fillon», l’épidémie est en train d’étouffer dans l’œuf la campagne de 2022.

Qui parle encore de l’explosion de la dette publique -116,3% du PIB à la fin de 2021 (90% en 2012) – que nos enfants et petits-enfants devront rembourser ? Où est passé le chômage ?Maxime Tandonnet

Qui parle encore de l’explosion de la dette publique : 116,3% du PIB à la fin de 2021 (90% en 2012) – cette dette publique que nos enfants et petits-enfants devront rembourser ? Où est passé le chômage alors que le nombre de personnes inscrites à pôle emploi et tenues de rechercher un emploi (catégories A, B, C) s’établit à 5 577 800 dont 3 307 400 personnes sont sans aucune activité (catégorie A) ? Ces chiffres considérables, jadis considérés comme insupportables, sont passés dans la routine. Oubliée tout autant, la hausse vertigineuse du déficit commercial qui signe le déclin industriel de la France : le record absolu de 9 milliards a été atteint en novembre et le déficit cumulé au cours de l’année écoulée s’élève à 77,6 milliards d’euros.

Et la pauvreté qui touche 13,1 % de la population (environ 9 millions de personnes) au sens de «privation matérielle et sociale» tandis que le nombre des bénéficiaires du RSA approche des deux millions ?

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Même les discours sur la sécurité ont du mal à mobiliser une opinion anesthésiée. Et pourtant, les coups et blessures volontaires ont atteint 70 000 en 2019 contre 50 000 en 2013, s’accompagnant d’une hausse des agressions sexuelles encore plus dramatique : 54 800 en 2020 contre 26 800 en 2012.

L’augmentation des flux migratoires sur la France a battu tous les records en 2019 avec 274 700 premiers titres de séjour et 177 222 demandeurs d’asile enregistrés. Malgré la relative accalmie statistique en 2020 liée au Covid-19, le phénomène ne donne guère de signe de répit. Mais qui cela intéresse-t-il en ce moment ?

Pire que tout : derrière le paravent hypocrite d’un bac à 95% de réussite, les symptômes d’un vertigineux effondrement du niveau scolaire du pays s’accumulent : 10,6 fautes pour une dictée en 1987 mais 17, 9 fautes en 2015 à la même dictée, selon les estimations de l’éducation nationale). D’après le classement Timss de 2019, les élèves français se classent derniers de l’Union européenne en mathématique et avant-derniers dans l’OCDE (devant le Chili). Les Français ne sont que 23e en lecture et compréhension de texte (PISA). Le pourcentage des élèves de faible niveau en histoire géographie est passé de 15 à 21% entre 2006 et 2012, et celui des élèves de niveau élevé de 10 à 6%. Mais qui ne se moque, aujourd’hui, de cette terrifiante faillite à la source de toutes les autres?

Le jour où la France sortira enfin de sa torpeur ou de son peureux asservissement, une fois la grande panique dissipée, la présidentielle et les législatives de 2022 seront sans doute terminées depuis longtemps.Maxime Tandonnet

Et qui se soucie enfin de la fracture démocratique française ? La parole publique est discréditée comme jamais elle ne l’a été depuis 1945. 39% des Français éprouvent de la méfiance envers la politique, 23% du dégoût et 77% au total en ont une image négative selon l’enquête annuelle du CEVIPOF sur la confiance. Ce rejet de la chose publique se traduit par des taux d’abstention gigantesques : 65% aux élections régionales et départementales de juin 2021.

Sur tous ces sujets fondamentaux, le bilan et l’explication nécessaires n’auront pas lieu.

Et le jour où la France sortira enfin de sa torpeur ou de son peureux asservissement, une fois la grande panique dissipée, la présidentielle et les élections législatives de 2022 – largement conditionnées et neutralisées par la peur qui profite aux dirigeants en place – seront sans doute terminées depuis longtemps.

Alors, il sera trop tard – sauf pour les larmes.

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