Renaud Girard: «L’inquiétante marginalisation géopolitique de l’UE»

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CHRONIQUE – LE FIGARO – 10 janvier 2021

Après les importantes manœuvres militaires russes à proximité de la frontière ukrainienne, un dialogue stratégique américano-russe sur la sécurité en Europe s’est rouvert.

Après d’importantes manœuvres militaires russes à proximité de la frontière ukrainienne, accompagnées d’exigences de sécurité, adressées aux Occidentaux par Vladimir Poutine le 14 décembre 2021, un dialogue stratégique américano-russe sur la sécurité en Europe s’est rouvert. Il a commencé par une longue conversation téléphonique entre les deux présidents le 30 décembre 2021. Il a continué, à Genève, les 9 et 10 janvier 2022, au niveau des ministres-adjoints des Affaires étrangères. Il se poursuivra le 12 janvier à Bruxelles, entre l’état-major de l’Otan et celui des forces russes. Puis, le 13 janvier à Vienne, Russes et Occidentaux se retrouveront en discussion dans le cadre de l’OSCE, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (créée en 1995 pour reprendre le cadre de la CSCE de 1973, un forum où tous les pays d’Europe, d’Amérique du Nord et d’Asie centrale peuvent dialoguer sur un pied d’égalité). C’est l’OSCE qui, par exemple, est aujourd’hui chargée d’observer la réalité du cessez-le-feu au Donbass, où, depuis le printemps 2014, l’armée ukrainienne affronte des milices prorusses séparatistes, clandestinement soutenues par Moscou.

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Dans cette semaine diplomatiquement intense entre la Russie et l’Occident, on est frappé par la marginalisation géopolitique de l’Union européenne (UE). Où est Mme Ursula von der Leyen, la présidente d’une Commission qui se vantait d’être «très géopolitique»? Où est M. Charles Michel, le président du Conseil européen, l’homme qui oublia d’avancer un siège à la précédente, dans le bureau du président turc, le frère musulman Recep Tayyip Erdogan? Où est M. Josep Borrell, le haut représentant de l’UE pour la politique étrangère, l’homme qui s’entretenait à Moscou avec le ministre russe Sergueï Lavrov, au moment même où l’on expulsait trois diplomates européens?

N’accablons pas exagérément ces personnalités bruxelloises. Elles sont sorties du grand jeu surtout parce que les membres de la confédération qu’elles représentent ne s’entendent pas sur la politique à mener l’égard de la Russie.

Dans l’UE, il y a d’abord un bloc de pays très anti-russes. Ils le sont pour des raisons historiques compréhensibles: la Pologne et les pays baltes ne pardonnent pas à la Russie stalinienne son pacte d’août 1939 avec l’Allemagne nazie, puis leur occupation en 1945 ; la Suède, l’ancienne grande puissance du Nord européen, cherche inconsciemment la revanche de Poltava (1709) ; la Hollande, pays qui jadis enseigna à Pierre le Grand l’art de la construction navale, ne peut pas oublier ses 280 morts dans le Boeing 777 de Malaysia Airlines abattu (par erreur) par un missile russe au-dessus du Donbass en juillet 2014.

Il y a ensuite un bloc de pays, critiques à l’égard de la Russie, mais qui cherchent à maintenir un dialogue de haut niveau avec elle, comme la France, l’Allemagne, la République tchèque, etc.

Il y a enfin un bloc de pays qui ne se sentent pas menacées par la Russie et qui recherchent un commerce stable avec elle: la Grèce, l’Italie, l’Espagne, le Portugal

La Russie n’a aujourd’hui que mépris pour l’UE, ne considérant que l’Amérique comme interlocuteur valable

De son côté, la Russie n’a aujourd’hui que mépris pour l’UE, ne considérant que l’Amérique comme interlocuteur valable. Cela n’a pas toujours été le cas. En février 2000, le tout nouveau président Poutine, recevant Hubert Védrine, lui demandait l’aide de l’UE pour importer le droit européen en Russie.

La confiance s’est brisée au début de la crise ukrainienne. Le 20 février 2014, les ministres des Affaires étrangères de France, d’Allemagne et de Pologne s’étaient rendus à Kiev, pour arrêter un bain de sang qui commençait. Ils avaient longuement et brillamment négocié, obtenant le lendemain un accord politique intra-ukrainien entre le président prorusse et les trois leaders de son opposition proeuropéenne. Ils avaient solennellement parrainé cet accord mais avaient quitté Kiev juste après, abandonnant curieusement cet enfant du miracle. L’opposition ukrainienne (agitée par certains Américains?) n’avait pas tardé à renier sa parole, mais les Européens n’étaient plus physiquement là pour faire appliquer l’accord. La Russie n’a jamais compris que les Européens n’aient pas cherché à protéger ce qu’ils avaient eux-mêmes négocié.

Depuis, le fossé n’a fait que se creuser. La Russie rêve de reconstituer un glacis de pays neutres à ses frontières, alors que l’UE promeut le droit de tous les États orientaux à une souveraineté non limitée.

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L’intégration de l’Ukraine dans l’Otan, la livraison à Kiev d’armes occidentales sophistiquées, sont des lignes rouges pour la Russie, qui insinue une possibilité d’attaque préventive. C’est un jeu dangereux. Il fut celui de l’état-major allemand en juillet 1914, obsédé par la montée en puissance de la Russie tsariste, alliée de la France…La rédaction vous conseille

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