FOG – Le jour où l’Amérique sera détrônée par la Chine…

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ÉDITO. Nous vivons un changement de paradigme : la progression de la Chine inquiète jusqu’à nos propres militaires. Où donc est passée la boussole américaine ?

FOG - Le jour ou l'Amerique sera detronee par la Chine...
FOG – Le jour où l’Amérique sera détrônée par la Chine…

Publié le 08/01/2022. LE POINT

Est-ce en 2022 que l’économie chinoise deviendra officiellement la première économie de la planète ? Il faudra encore attendre un peu, mais ce sera sans doute avant la fin de la décennie : la Banque mondiale le confirme – si toutefois la croissance chinoise ne descend pas au-dessous de 5,5 % dans les prochaines années.

« Le XXIe siècle sera chinois ou ne sera pas », dit-on déjà, paraphrasant la célèbre prophétie, réputée apocryphe, d’André Malraux, qui l’annonçait religieux. À côté de la formidable poussée chinoise qui est en train de bousculer l’équilibre du monde, les avancées de l’islam sur notre vieux continent relèvent presque d’un phénomène local, sans aller jusqu’à le qualifier de marginal.

Une bourrasque ne fait pas l’hiver. Les récents signes d’essoufflement de l’économie chinoise, marquée par plusieurs déconfitures dans l’immobilier, ne peuvent masquer le changement de paradigme que nous vivons : l’émergence en quarante ans d’un nouveau numéro un de la planète, qui pourrait représenter près d’un tiers de l’économie mondiale en 2040. D’où la fièvre, sinon la folie, qui gagne aujourd’hui l’Amérique.

Le piège de Thucydide va-t-il se réaliser de nouveau, pour notre malheur ? Les facteurs qui déclenchent les guerres sont souvent absurdes, mais pas toujours imprévisibles. C’est ce que nous apprend le célèbre historien grec dans son classique, La Guerre du Péloponnèse, écrit au Ve siècle avant Jésus-Christ, qui n’a pas pris une ride : le conflit ayant opposé Sparte à Athènes dans l’Antiquité est un modèle du genre.

« C’est le développement de la puissance d’Athènes qui, inspirant des craintes à Sparte, rendit la guerre inévitable. » Telle est  la thèse de Thucydide, popularisée, il y a peu, par l’universitaire américain Graham Allison dans Vers la guerre (Odile Jacob) : quand une puissance ascendante menace la suprématie de la puissance dominante, la mécanique des conflits finit toujours par se mettre en marche. Or que constate-t-on aujourd’hui ? Avant même d’accéder à la première place, Pékin laisse libre cours à son hubris en augmentant ses dépenses militaires, en plaçant des pions partout et en déployant tous azimuts sa marine, la plus grande du monde.

Expansionniste et impérialiste, la Chine ? Même si ces adjectifs ne correspondent pas à ses traditions, elle est en train de mettre en place un saisissant arsenal nucléaire, beaucoup plus vite que prévu. Deuxième puissance militaire derrière les États-Unis et devant la Russie, elle est même parfois en avance sur les deux autres en matière de technologie : l’été dernier, elle a ainsi testé, à leur grand dam, le lancement d’un projectile depuis un missile hypersonique volant à cinq fois la vitesse du son et capable de transporter une ogive nucléaire.

La Chine n’inquiète pas seulement le Pentagone mais aussi les militaires français, perturbés par sa frénésie :  après avoir installé une première base militaire à Djibouti, à l’entrée de la mer Rouge, qui lui permettra d’accueillir des porte-avions,elle envisage maintenant d’en établir une autre en Guinée équatoriale, sur la côte Atlantique. À cela il faut ajouter les gesticulations et les provocations militaires des autorités de Pékin contre l’île de Taïwan, qu’elles revendiquent et menacent d’envahir alors que, contrairement à la légende, cette île n’est pas chinoise.

La confrontation n’est certes pas inévitable : après tout, comme le rappelle le professeur Graham Allison, en quarante ans de guerre froide, les États-Unis et l’Union soviétique ne sont pas tombés dans le piège de Thucydide. C’est pourquoi nous sommes tous concernés par la crise que vit aujourd’hui la future ex-puissance dominante, déjà malmenée par la dictature chinoise. L’historien Ran Halévi la décrypte dans un essai captivant qui tombe à point, Le Chaos de la démocratie américaine (Gallimard, collection « Le Débat »), où il se penche sur la folle journée du 6 janvier 2021, quand une foule de braillards trumpistes a envahi l’enceinte du Congrès pour contester  l’élection de Joe Biden (lire notre article) .

Où est passée la boussole américaine ? Cela aura été « une journée sans fin » et elle continue encore aujourd’hui, observe Ran Halévi, qui dresse un état des lieux terrifiant : en proie à toutes les affres, les États-Unis sont en passe de devenir un antimodèle démocratique. Les radicaux des deux camps s’y font la courte échelle et les partis politiques n’y sont plus à la hauteur, rongés qu’ils sont par l’illibéralisme, populiste pour les républicains ou wokiste et racialiste pour les démocrates. S’il est vrai que notre avenir se lit en Amérique, mieux vaudrait entrer dedans à reculons, de préférence avec un casque.

Le déclassement rend fou, nous dit Ran Halévi, et le déclin est toujours très long, surtout vers la fin. Mais non, rassurez-vous, ce n’est pas de la France qu’il nous parle.

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