Union Européenne:«La Commission ne doit pas faire sien un discours moralisateur hostile à la Défense»

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Par Loïc Tribot La Spière et Olivier Petros. LE FIGARO.

13 janvier 2021. LE FIGARO

TRIBUNEDes ONG militent pour que l’industrie de l’armement voie ses financements entravés au nom de la morale.

Or, certaines de leurs revendications pourraient être reprises à son compte par la Commission européenne, s’inquiètent l’administrateur Olivier Petroset le délégué général du Centre d’étude et prospective stratégique (CEPS) Loïc Tribot la Spière.

De plus en plus d’organisations mettent en avant ce qu’il est convenu d’appeler les critères «ESG» (protection de l’environnement, prise en compte du social et respect d’une gouvernance vertueuse). C’est une louable intention que la morale ne peut condamner sur le principe. Son extension à des appréciations du champ d’activité d’une entreprise n’est cependant pas sans poser de graves questions. Des questions qui ramènent d’ailleurs à la morale quand, en fonction des nouveaux champs que vise l’approche ESG, émergent en réalité de nouvelles irresponsabilités.

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Ces critères, nourris de sentiments généreux par des acteurs sans légitimité démocratique, sont promus à l’infini par ceux qui entendent «moraliser» la vie économique au nom de leur conception propre de l’éthique. À l’instar d’Human Rights, Share Action, ils finissent par imposerà la profession financière que celle-ci «blackliste» certaines activités, mélangeant celles qui sont légitimement condamnables (hacking) et celles, parfaitement acceptables, qui contribuent à une mission dans laquelle la subjectivité de ces ONG ne se retrouve pas, récemment l’industrie qui touche à la défense.

Immoralité

La question change d’ampleur quand des institutions comme la Commission européenne propulse ce mouvement par la validation qu’elle en fait avec le projet de label de finance durable, connu sous le nom de «taxonomie». En culpabilisant les institutions financières, elle les contraint à ne plus soutenir certains secteurs. Une Union européenne faible et peu assurée dès qu’il s’agit de sujets autres que celui des «valeurs» de l’air du temps, se mire plus dans les yeux de la mode que dans ses propres intérêts fondamentaux. Ainsi du projet d’exclusion de l’industrie de la défense par l’entrave à ses financements au nom de «l’immoralité» que constituerait le fait de faciliter la production d’armes employées pour le combat. Cette asphyxie pénaliserait gravement ce secteur face à ses compétiteurs internationaux, affaiblissant nombre d’entreprises avec à la clé licenciements massifs et pertes de savoir-faire, déstabilisant économiquement mais surtout stratégiquement l’Europe.

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La question est aussi de savoir s’il est moral, en désarmant sans coup férir les démocraties, de laisser prospérer les régimes autocrates qui s’affirment dans le monde. Horizon des sociétés humaines, la paix n’est pas le désarmement, qui abolit la souveraineté: préserver la paix n’implique en rien d’abdiquer de la capacité de défendre ses valeurs.

Se doter des moyens de se défendre et d’assurer la sécurité de sa population est-il un acte moralement condamnable en soi? Au nom de quel principe pourrait-on obliger un État démocratique à ne pas se doter des moyens d’assurer sa souveraineté et son indépendance?

Condition de souveraineté

Noter les secteurs économiques en fonction de leur impact est louable. Le faire sans mesure des conséquences interpelle. Il est surprenant de voir que l’industrie de défense puisse être, sans vision des implications stratégiques, assimilée à des activités aussi triviales que le tabac et la pornographie. Il ne saurait y avoir de défense crédible sans base industrielle et technologique nationale, condition de la souveraineté. De même que la vertu d’un couteau, c’est de couper, celle d’une taxonomie est moins dans ses préceptes purs que dans leurs conséquences concrètes. Assurer la sécurité de sa population, contribuer à celle de l’Europe, demeure d’une brûlante actualité pour la France. Les menaces et les foyers de tension ne cessent de se multiplier. Les systèmes d’armes bondissent en sophistication. Plus que jamais, œuvrer pour la paix et la stabilité est un impératif.

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Proclamer que la défense est une activité moralement condamnable, ce serait accepter de ne plus protéger sa population, de se mettre en état de faiblesse vis-à-vis d’éventuels adversaires et implicitement mettre en danger les valeurs même que les ONG prétendent défendre. C’est aussi encore renoncer à préserver les valeurs que l’Europe elle-même tente d’incarner face à ceux qui, de facto, n’ont pour seul horizon que la dictature et la violence. Ce serait enfin reconnaître que l’Union européenne ne souhaite pas, en réalité, se protéger et accepte implicitement de se soumettre à d’autres.

Aucun désarmement n’a de sens sans contrepartie, et s’il n’est pas universel. Cette forme de désarmement unilatéral, offrande gratuite au hasard, est un puissant levier de désordre. «Si tu veux la paix, prépare la guerre»: une sentence qui reste d’actualité! Le suicide est un mauvais usage de la volonté disait Wittgenstein.

* Olivier Petros est président de Sargon.

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