«Faits et gestes» N°30 par Ivan Rioufol : Nouvelle Ligne Maginot

Par Ivan RioufolPublié il y a 7 heures

Ivan Rioufol.
Ivan Rioufol. Le Figaro

LETTRE EXCLUSIVE ABONNÉS – Une analyse percutante des détails de l’actualité de la semaine écoulée.

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Voici quelques-unes de mes notes, non utilisées, de cette semaine.

Lundi 10 janvier : Avec le passe vaccinal, le gouvernement est en train de reproduire une Ligne Maginot sanitaire, tout aussi inefficace. Dans la «guerre» qu’Emmanuel Macron a lancée contre le virus, ce barrage épidémique s’annonce aisément contournable. Les généraux en blouse blanche qui vantent cette solution partagent avec les chefs militaires de jadis le même irréalisme et la même certitude d’avoir raison en dépit des évidences. Je me fais ces réflexions en écoutant, agacé, le sénateur et ancien médecin Claude Malhuret, invité sur Europe 1. Hormis ses effets de styles amusants, ses bons mots travaillés et ses moqueries cruelles, cet élu est la caricature d’une «élite» ne cachant plus rien du mépris que lui inspirent ceux qui ne l’applaudissent pas. Pour Malhuret, qui annonce l’apocalypse épidémique, ce sont les «anti-passe» qui «foutent la trouille aux Français». Visiblement incapable de se confronter aux résultats médiocres du vaccin Pfizer, il soutient que ce sont ceux qui observent les faits et qui doutent qui sont «du côté de l’erreur». «On nous bassine avec les libertés», ajoute encore celui qui trouve que la démocratie parlementaire, qui a avalisé douze fois les textes de l’exécutif depuis deux ans, fonctionne remarquablement. C’est ce même esprit caustique qui, ridiculisant naguère le mouvement des Gilets jaunes, avait déclaré devant ses collègues ravis, le 10 avril 2019 : «J’ai entendu plus d’âneries en six mois qu’en trente ans de vie publique». Malhuret moquait alors «les gouverneurs de ronds-points autoproclamés qui ont réussi à transformer en fureur la colère de quelques dizaines de milliers de personnes et à leur faire croire qu’ils sont à eux seuls le peuple français». Étonnez-vous, après de telles prestations de cour et de courbettes devant le pouvoir, de la détestation que suscitent ces personnages infatués auprès d’une population répudiée, sommée de se taire.

Mardi 11 janvier : C’est par une série de tweets de Louis de Bourbon, duc d’Anjou, que je découvre le vandalisme commis en la Basilique des rois de France : «J’ai appris avec tristesse et consternation le vandalisme à la Basilique Saint-Denis, au sein de laquelle mes ancêtres reposent. Il est dramatique que de tels saccages détruisent notre patrimoine, parfois irrémédiablement. Ce qui arrive aujourd’hui à Saint-Denis se produit presque toutes les semaines dans les églises de France. Cela est inacceptable et il faut que ces lieux de foi soient les mieux protégés». Les faits se sont produits le 5 janvier : un homme s’est introduit dans la basilique muni d’une lourde barre de fer et a brisé des vitrines, saccagé la crèche et cassé trois statues de plâtre du XIXe siècle représentant Saint-Denis, Sainte-Geneviève et Saint-Antoine. S’il n’y avait pas eu cette alerte du duc d’Anjou, les médias n’en auraient rien dit. Ils sont pourtant réactifs quand il s’agit d’agressions contre des mosquées ou des synagogues. Ce qui reste incompréhensible est le profil bas qu’observent les autorités religieuses catholiques. En l’occurrence, le recteur minimise et parle de l’acte isolé d’un déséquilibré. C’est bien possible. Il n’empêche : ces destructions sont des agressions supplémentaires contre une mémoire nationale déjà martyrisée en 1793. Beaucoup de Français restent attachés à ce legs. D’autant qu’une ville majoritairement musulmane entoure désormais l’édifice religieux. Il abrite notamment, cruelle ironie, le gisant de Charles Martel visible dès le seuil franchi. Il m’est arrivé dans le passé d’accompagner mon ami Jean Raspail à la messe donnée en la mémoire de Louis XVI, chaque 21 janvier, en l’église Saint-Germain l’Auxerrois, à Paris. À chaque fois, j’avais pu constater, pour m’en étonner, que le lieu était empli de fidèles, venus apparemment de toutes les classes sociales. La France éternelle mérite des égards.

Mercredi 12 janvier : Écouter Marcel Gauchet est toujours l’assurance d’entendre une analyse sortie des sentiers battus. Cette race d’intellectuels, dégagés des interdits de penser, est d’autant plus précieuse qu’elle se fait rare. Ce matin, chez Sonia Mabrouk sur Europe 1, Gauchet analyse les causes du malaise français, qu’il lie au phénomène de la mondialisation. Il explique en substance : «La France a longtemps été un pays modèle. Or nous ne sommes plus les inventeurs du monde qui vient. Le contexte nous relègue en dehors de notre histoire. Nous devons retrouver le génie de notre pays. La France a inventé l’Europe et aujourd’hui elle la subit. Nous sommes à l’écart du mainstream européen. Nous n’avons plus le leadership européen». Sur le phénomène Zemmour, le philosophe explique : «Zemmour a fait surgir une vérité de la situation française. Il a fait apparaître l’incertitude sur l’identité française. Il a identifié et montré du doigt un problème de fond : la question de la continuité dans l’expérience historique française. Il a mis à nu le retour du refoulé. Il a su formuler de vrais diagnostics sur la réalité de la France et de l’Europe. La France ne se dit pas la vérité sur ce qu’elle est. La gauche est impuissante car elle ne voit le monde qu’à travers des jugements moraux». Gauchet se défend néanmoins de soutenir Zemmour, comme la gauche lui en fait le procès. Voici plus simplement la parole d’un homme libre. Que cela fait du bien !

Jeudi 13 janvier : Durant les débats sur le passe vaccinal au Sénat, le gouvernement a refusé un amendement, pourtant essentiel, du sénateur Alain Houpert (LR). Houpert, observant que le passe vaccinal équivaut à une obligation vaccinale de l’aveu même d’Olivier Véran, demandait à ce que soit dès lors mis en place le dispositif d’indemnisations de l’ONIAM (Office national d’indemnisation des accidents médicaux) : un organisme qui, depuis 2004, prend en charge les dommages qui peuvent être causés par des vaccins, au nom de la responsabilité sans faute de l’État (loi du 1er juillet 1964 sur la vaccination obligatoire). En refusant d’engager sa propre responsabilité (sauf pour les quelques professions soumises à cette obligation), l’État fait comprendre que ces vaccins encore expérimentaux sont entachés d’incertitudes. De fait, Véran lui-même, triple vacciné, annonce qu’il a le Covid. N’est-ce pas lui qui assurait : «Tous vaccinés, tous protégés ?». Beaucoup de témoignages me reviennent de personnes triplement vaccinées qui déclenchent des Covid parfois sérieux. L’État douterait-il du vaccin qu’il veut généraliser ?

Vendredi 13 janvier : Conversation avec Rafik Smati, entrepreneur et homme politique. Il m’explique sa déception devant les débats confisqués. Je devine chez lui une envie de participer à la course électorale. Une candidature Smati pour la présidentielle ? Ces prochains jours le diront.

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