Gérard Araud – Et si Poutine ressuscitait l’Otan ?..

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CHRONIQUE. Donnée en état de « mort cérébrale » par Emmanuel Macron, l’alliance militaire retrouve de la vigueur face aux menaces venues de Russie.

Le president russe Vladimir Poutine lors d'un defile militaire a Moscou, le 9 mai 2019.
Le président russe Vladimir Poutine lors d’un défilé militaire à Moscou, le 9 mai 2019.© YURI KADOBNOV / AFP

Par Gérard Araud. Publié le 16/01/2022 LE POINT

Lorsque je servais à la délégation de la France auprès de l’Otan à Bruxelles, à la fin des années 1990, je me rappelle qu’avec mes collègues nous ne donnions pas cher de l’avenir de l’Otan. En effet, la disparition du pacte de Varsovie et le démantèlement de l’URSS en faisaient une alliance désormais sans ennemi, dont la survie apparaissait, du coup, pour le moins incertaine. Dans un premier temps, elle fut sauvée par les crises balkaniques, en Bosnie puis au Kosovo, où elle entreprit les premières opérations militaires de son histoire pour mettre un terme aux troubles interethniques qui suivaient l’éclatement de la Yougoslavie. Ensuite, ce fut l’Afghanistan, où elle intervint moins pour la valeur militaire de sa contribution que pour manifester la solidarité de ses États membres avec les États-Unisaprès le 11 Septembre. Les Balkans n’ont plus besoin, au moins pour le moment, de présence militaire étrangère ; les Européens ont progressivement quitté l’Afghanistan.

La question de la raison d’être de l’Otan aurait donc pu revenir sur la table. Ni les Américains ni les Européens ne voulaient la poser. En effet, pour les premiers, c’est un instrument d’influence commode dans les affaires de notre continent. Pour les Européens de l’Est, c’est la garantie d’une protection américaine dont leur tragique histoire leur dit qu’ils ont besoin ; pour ceux de l’Ouest, c’est un prétexte pour ne pas accroître leurs dépenses militaires puisque leur sécurité est assurée par les États-Unis. Cela étant, le marché tient tant que Washington considère qu’il est de son intérêt de maintenir une présence militaire en Europe. Or Trump s’est fait l’écho des doutes d’une opinion publique qui se demande pourquoi elle doit payer pour protéger des Européens riches qui ont les moyens de le faire par eux-mêmes.

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De sa manière brutale mais souvent pleine de bon sens, l’ancien président s’est étonné que les États-Unis soient prêts à faire la guerre pour le Monténégro. Biden a calmé les pires inquiétudes des alliés, mais pas plus, en réaffirmant l’engagement de son pays à respecter la garantie du traité tout en montrant qu’il la conçoit de manière restrictive et qu’il se désintéresse des autres menaces auxquelles font face les Européens, de l’Ukraine à la Libye, en passant par la Syrie. Dans ce contexte, l’Otan veut à tout prix prouver qu’elle reste un instrument indispensable pour la sécurité transatlantique. On a même vu son secrétaire général proposer qu’elle participe aux efforts contre le Covid et il ne rate pas une occasion pour affirmer qu’elle doit jouer un rôle face à la Chine sans être arrêtée par le fait que ce pays ne constitue pas une menace militaire pour l’Europe et se trouve en dehors de la zone de compétence définie par le traité de l’Atlantique Nord. De son côté, tirant la leçon de ce malaise autour du rôle de l’Otan, qu’il assurait être en état de mort cérébrale, Emmanuel Macron évoque le besoin pour les Européens d’acquérir une « autonomie stratégique » qui leur permettrait d’assurer leur sécurité au moment où les Américains quittent l’Europe sur la pointe des pieds. Le moment de l’UE semble venu.

L’ennemi est de retour

Patatras. Poutine vient de réaliser les rêves les plus fous des atlantistes en prouvant qu’existe l’ennemi qui manquait si cruellement à l’Otan pour justifier son existence. Depuis une dizaine d’années, la Russie se rappelait régulièrement au souvenir des alliés par ses activités militaires dans les eaux et le ciel baltiques, l’Atlantique Nord ou l’est de l’Ukraine, mais, jusqu’ici, c’était plus une gêne qu’une menace. Voilà que non seulement la Russie réunit une armée de près de 200 000 hommes aux frontières de l’Ukraine mais qu’elle présente aussi un ultimatum aux États-Unis et à l’Otan, tout en agitant le spectre d’un recours à la force si ses exigences ne sont pas satisfaites. Inutile de dire que la Pologne et les pays baltes se sont précipités à Bruxelles pour obtenir les réassurances que tout pays aurait demandées à leur place. On a même vu la Finlande et la Suède, qui n’avaient pas rejoint l’organisation durant la guerre froide, annoncer qu’elles pourraient le faire aujourd’hui si la Russie poursuivait ses provocations. La seconde, lassée des violations de son espace aérien et des incursions des sous-marins dans ses eaux territoriales, a d’ailleurs récemment rétabli le service militaire et augmenté sensiblement son budget de la défense. Pendant ce temps, à Moscou, la presse officielle menace l’Occident du feu des armements terrifiants dont disposerait la Russie.

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Le secrétaire général de l’Otan n’a donc plus de souci à se faire. Foin du Covid et de la Chine, la Russie vient de sauver son organisation en lui procurant cette raison d’être dont, dans les faits, elle était privée. Elle ne dépérira donc pas au profit de l’UE, comme Paris l’escomptait, et trouve une nouvelle jeunesse dans les bruits de bottes russes à ses frontières. Quant à la défense européenne, nul espoir de convaincre nos partenaires de s’y intéresser au moment où ils resserrent les rangs derrière les Américains, seuls capables, à leurs yeux, de les défendre face à la Russie. L’autonomie stratégique européenne n’est pas pour demain. L’Otan a de beaux jours devant elle. Merci, M. Poutine !

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