Ce qui se cache vraiment derrière l’apparente stabilité du corps électoral

SONDAGES 2022

Alors qu’Emmanuel Macron semble stable dans les sondages et que le binôme LR / RN stagne autour de 17% d’intentions de vote, il y aura, le 24 avril prochain, un ou une élue que l’on peut nommer la pointe d’une toupie et non la base d’un sablier. Or, la carrure présidentielle suppose de mener à bien des réformes acceptées et avalisées par le peuple.

Jean-Yves Archer. ATLANTICO. 17 janvier 2022

Chaque jour, la population française découvre une initiative nouvelle du Président. Ici un tract de LREM avec l’Arc de Triomphe pavoisé du seul drapeau européen, là une opération de haut vol avec le bilan EDF pour éviter que la hausse escomptée des prix de l’électricité ne se fasse jour avant ce fameux mois d’Avril 2022. Le plafonnement à 4% est une illusion comptable réalisée au détriment du bilan d’EDF.

Le Président déjà tellement candidat oscille entre la cavalerie financière et la provocation politique grossière. Imbu de son intelligence, il est persuadé d’attirer les électeurs comme du papier tue-mouches en vogue dans les fermes du siècle dernier.

Mépriser l’Autre est généralement une lourde erreur stratégique. La France l’a fait avec les panzers de Gudérian en 1940. Valéry Giscard d’Estaing, persuadé de devoir affronter Michel Rocard a aussi regardé de haut un certain François Mitterrand. La suite est connue.

Cette capacité à surmonter l’adversité ne colle pas avec l’arrogance ou sa cousine nommée la certitude d’avoir un destin.

Non, à ce stade, rien ne dit qu’Emmanuel Macron aura un destin faste en ce Printemps tant attendu de 2022.

Pour l’heure, la France est lasse, comme usée par les coups de butoir de la pandémie de Covid. 

Les parents d’élèves sont désorientés par des consignes gouvernementales parfois trop insolites voire loufoques. De la fameuse réunion chez JM Blanquer sous la houlette de Jean Castex, il est sorti plus de 5000 créations de postes. Le mammouth cher à Claude Allègre prospère encore et toujours.

Les seniors demeurent préoccupés et voient certains de leurs amis engloutis de manière impitoyable parmi les 125.000 décès. Les chefs d’entreprise font de leur mieux entre les complications opérationnelles du télétravail et les vagues d’absentéisme issues des contaminations de leurs collaborateurs. Les jeunes enfants et les adolescents redoutent la vaccination et ont bien compris que couverture vaccinale ne rime pas parfaitement avec immunité complète.

Dans ce contexte, pour celui ou celle qui a dû passer les fêtes de fin d’année isolé, l’échéance présidentielle est éloignée des yeux, du cerveau et du cœur. La vraie campagne approche : probablement en Février ? 

Pour l’heure, sondages après sondages, il est possible de constater une apparente stabilité du corps électoral. Un président sortant à 25%, un binôme LR / RN autour de 17%, talonné par EZ à 14%. L’essentiel est dit en intégrant les marges d’erreur.

Première déduction, et premier risque, la France sera présidée par un homme ou une femme qui sera cantonné au niveau d’un quart des suffrages exprimés au premier tour ce qui est peu si l’on songe à l’adhésion populaire que nécessitera la mise en place de réformes crédibles.

Le soir du 10 Avril 2022, les deux finalistes ne représenteront pas 50% du corps électoral. Il y aura un ou une élue le 24 Avril sur ce que je nomme la pointe d’une toupie et non la base d’un sablier. A cette faible intensité numérique correspondra l’adhésion relative d’un peuple par ailleurs fracturé depuis 5 ans par un président qui  » n’était pas taillé pour le job  » pour reprendre le mot de Bernard Tapie au sujet de Ségolène Royal en 2007 ou qui a longtemps été rien d’autre qu’un  » stagiaire  » pour reprendre le terme du polémiste André Bercoff.

Les grandes grèves de 1995 ont été qualifiées de stage ENA pour Alain Juppé par le syndicaliste Marc Blondel. Oui, nous pouvons considérer que le président Macron a oscillé comme un stagiaire ne serait-ce que sur le sujet crucial du nucléaire.

La carrure présidentielle suppose de mener à bien des réformes acceptées, avalisées par le peuple. Certains citent la réforme du Code du travail. Là où tous les praticiens reconnaissent un talent à Nicolas Sarkozy ( 2008 : rupture conventionnelle ), les mêmes sont bien obligés de constater que la réforme de 2017 ( déjà par ordonnances ) a fait exploser le nombre de contentieux au sein desquels le motif du harcèlement est singulièrement ajouté au détriment de la bonne foi des plaignants.

De surcroît, sachons nous souvenir de ce candidat qui avait juré que, lui élu, le Code ferait nettement moins que 3000 pages. Muriel Pénicaud aura été plus habile dans sa carrière que dans la tenue de cette promesse d’Emmanuel Macron.

Oui, clairement je regrette que les travaux de Thierry Mandon et Guillaume Poitrinal lancés sous le quinquennat Hollande et relatifs à la simplification des normes légales et administratives n’aient pas été repris par Édouard Philippe depuis sa vigie de Matignon et sa formation de conseiller d’État. Il faut se contenter du nouveau cheval de bataille de Gaspard Koenig qui vient de découvrir ce sujet et tente de l’inscrire à l’agenda des échéances électorales. Démarche autant opportuniste que superficielle.

La carrure présidentielle, c’est aussi être chef des Armées. Sur ce sujet, les contradictions oratoires du président sont – si j’ose dire – légion. Les militaires en ont souffert.

Au plan économique et budgétaire, l’essor de la dette aura davantage cru de 2017 à 2020 que sous les trois premières années du quinquennat Hollande. 

Puis depuis 2020, on a quitté les rives d’un keynésianisme contrôlé ( qui était requis par le sauvetage de l’économie sous Covid ) et les vannes se sont ouvertes. J’ai écrit à plusieurs reprises, sur le site Atlantico ou sur celui des Échos, que de nombreux détournements de fonds publics avaient eu lieu. La ministre Borne recense, avec son Administration diligente, de multiples fraudes mais ne communique guère. En matière de chômage partiel, l’élasticité de l’éligibilité au dispositif mis en place a conduit notre pays à compter jusqu’à plus de 9 millions de bénéficiaires. Autrement dit, sous prétexte valable de sauver la trop fameuse courbe du chômage, l’équipe Macron a mis en route un gigantesque incinérateur d’impôts : songez que 9,3 millions d’indemnisés plus 5,6 millions d’agents publics a fait aboutir la France à détenir plus de 50% de personnes physiquement payées par la Puissance publique. Là le décideur solitaire Macron était loin des leçons du regretté Gérard Worms ( Rothschild ) et nous a plongés, sur sa seule décision, dans une forme de socialisation totalement inédite.

David Ricardo, en 1817, a su énoncer une loi de l’économie :   » Les dettes d’aujourd’hui sont l’impôt de demain « .  Dommage que Bruno Le Maire n’ait pas un cadre sur son bureau avec son aide-mémoire. J’espère que le présent lectorat aura aperçu une information aussi récente qu’essentielle. La semaine dernière, Le Maire a indiqué que les échéances à maturité de fin Mars 2022 étaient repoussées au 31 Décembre 2022. Quant à d’autres ( toujours les fameux PGE : prêts garantis par l’État ) elles étaient repoussées de 10 ( dix ! ) ans ce qui est une cavalerie budgétaire et un danger pour la qualité bilancielle de BPI France compte-tenu des taux d’insolvabilité anticipés. La question du mur des faillites reste ouverte.

Bref, cette gestion est erratique et ne mérite que de recevoir des avanies au regard du déséquilibre profond de la trajectoire des Finances publiques qu’elle engendre. La crise Covid représente un accroissement de la dette de 320 Milliards d’€uros. Des professionnels comme DSK ou Raymond Barre auraient fait mieux avec moins, nettement moins.

A l’appui des travaux des commissions d’enquête du Sénat ( audition de Pierre Moscovici ), des déductions avisées de Nathalie Goulet ( sénatrice UDI de l’Orne et Vice-présidente de la Commission des Lois ) et des recherches documentées du magistrat Charles Prats, oui hors polémique, il est fondé de penser que Monsieur Macron est devenu président 5 ans trop tôt.

En matière de dette, on peut avoir le quotient intellectuel d’un Mustang à condition de ne pas avoir le gabarit d’ensemble d’un cheval de bois aux jardin des Tuileries. Compte-tenu de la manière dont ce président nous parle, j’aurais pu assumer d’autres comparaisons animales alors grossières. 

A mon rang d’économiste, je trouve fondée l’analyse d’Arnaud Benedetti qui a récemment détecté  » un trumpiste des élites « .

Rabaisser autrui et travailler seul, en petit comité, est son péché mignon alors que notre pays demande et requiert de la délibération comme l’ont dit des capitaines d’industrie : Didier Pineau-Valencienne, Antoine Riboud, Jean-Louis Beffa et autres. Ou Elon Musk.

L’économiste Christian Saint-Étienne a longtemps travaillé sur le dossier des retraites et sait manier le paramètre technique d’une part avec la notion d’acceptabilité sociale qu’apprécie François Hommeril, président de la CFE-CGC.

La future réforme des retraites que le candidat Macron va proposer au peuple français n’aura pas cet équilibre.

A côté des retraites, il y a deux sujets qui attendent les candidats à la présidentielle : le pouvoir d’achat et l’insécurité. Plusieurs prétendants auront envie d’y ajouter la délicate question de l’immigration.

Pour conclure ce regard hors les murs, je voudrais vous soumettre un élément de réflexion concernant les élections législatives.

 » Je vous fiche mon billet  »  ( pour causer comme Macron ) que les législatives vont être un chemin ardu pour LREM.

Ce parti n’a pratiquement plus d’adhérents  ( on compare avec l’UMP de début 2012 ? ) et plus de 100 députés sortants hésitent à se représenter, préférant des carrières dans le privé.

D’une majorité à plus de 350 élus ( Modem inclus ), il y a donc un risque d’impasse de près d’un tiers. Puis, il y a la sagesse française à deux étages.

Premier étage, il y a un antiparlementarisme qui risque de se traduire par un fort taux d’abstention si Macron devait être réélu et cela ne l’aidera pas à  conquérir une majorité. Même Alain Minc en convient.

Deuxième étage, contrairement à 1981 ( discours de François Mitterrand appelant à une majorité législative socialiste ), les Françaises et les Français ne donneront pas la même amplitude de pouvoir à un homme dont le caractère profond le pousse à une dose excessive d’autoritarisme.

Je suis convaincu que le mouvement du 17 Novembre 2018 hante encore la mémoire et les espoirs de millions de gens. Si Emmanuel Macron est battu, il y aura de la joie dans les rues. S’il parvient à se succéder à lui-même, les éborgnés en Gilets Jaunes sauront lui rappeler – avec d’autres – que le peuple ne veut pas lui confier toutes les clefs des rouages de notre système politique. Nous avons déjà vu, sur le strict plan économique, son manque de rigueur budgétaire pour le seul profit de son hypothétique réélection.  » Cramer la caisse  » est une vraie remarque hélas pour les contribuables de demain que nous sommes. Cessons par conséquent le massacre par le truchement d’une alternance responsable qui nous éloignera d’un pays fracturé par un Président qui avait tout pour réussir : l’âge, l’intelligence, la majorité parlementaire et autres dont la loyauté de Gérard Collomb qui fût le premier à stigmatiser  » l’hubris  » du Chef de l’État.

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