Renaud Girard: «Vladimir Poutine n’envahira pas l’Ukraine»

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Par Renaud Girard. 17 j,anvier 2022. LE FIGARO

CHRONIQUE – Le fait que la Russie ne daigne pas parler d’égal à égal à l’Ukraine ne signifie pas que Poutine ait envie de l’envahir prochainement.

Contrairement aux craintes publiquement exprimées par le gouvernement ukrainien au mois de décembre 2021, puis reprises par les autorités américaines, Vladimir Poutine n’a aucunement l’intention d’envahir l’Ukraine.

Le président russe porte peu de considération à l’Ukraine en tant que pays. Il considère que les Ukrainiens, dont l’indépendance remonte à l’éclatement de l’Union soviétique en 1991, ne constituent pas une nation. Il estime que ce sont les frères des Russes. À ses yeux, Kiev est une ville russe. Pour lui, les Ukrainiens sont les grands frères des Russes par la chronologie, et leurs petits frères par la géopolitique.

Grands frères par la chronologie, car Kiev était la capitale du royaume slave de la Rus’ (882-1240), converti au christianisme orthodoxe par Vladimir le Grand en 988. La monarchie ukrainienne sera cependant détruite par l’invasion mongole au milieu du XIIIsiècle.

Petits frères par la géopolitique, car ce fut la rada (assemblée) des cosaques zaporogues, soldats orthodoxes soulevés contre la Pologne catholique, qui décida librement de prendre pour suzerain le tsar Alexis 1er de Russie (le second de la dynastie des Romanov), en janvier 1654.

Poutine – tel l’ancien président français Valéry Giscard d’Estaing – a toujours vu l’Ukraine comme une simple marche de la Russie, une sorte d’entité périphérique (ce qu’elle signifie étymologiquement) ne pouvant pas aspirer à d’autre destin que celui d’État-tampon, protecteur du territoire de la Sainte Russie. Ce territoire a, il est vrai, subi, depuis l’époque moderne, quatre invasions venues de l’Ouest (les Polonais, les Suédois, les Français, les Allemands).

La seule chose qui ait jamais intéressé Poutine dans l’Ukraine, il l’a déjà prise. C’est la Crimée avec son port de Sébastopol qui, depuis Catherine II, abrite la flotte russe de la mer Noire

Mais le fait que la Russie ne daigne pas parler d’égal à égal à l’Ukraine ne signifie pas que Poutine ait envie de l’envahir prochainement. Car il sait qu’il n’y a pas intérêt. Il ne refera pas l’erreur de Brejnev, le maître -d’origine ukrainienne…- du Kremlin de 1964 à 1982, qui ordonna à l’Armée rouge d’envahir l’Afghanistan. C’était en décembre 1979 et il s’agissait pour les Russes d’installer à Kaboul un gouvernement communiste pro-Moscou. Poutine n’a aucunement l’intention de se coltiner une guérilla en pleine Europe. Par ailleurs, la seule chose qui ait jamais intéressé Poutine dans l’Ukraine, il l’a déjà prise. C’est la Crimée avec son port de Sébastopol qui, depuis Catherine II, abrite la flotte russe de la mer Noire. Après un référendum, où seuls les habitants de Crimée furent consultés, la péninsule a été rattachée à la Russie au printemps 2014.

Quand on se met dans la tête de Poutine, on comprend mieux son énervement à l’égard de l’Ukraine et des États-Unis. Le maître du Kremlin ne supporte pas l’idée que le territoire ukrainien puisse accueillir des armes capables de menacer directement la Russie. Il n’a pas apprécié que les Américains aient livré à l’armée ukrainienne des missiles anti-chars Javelin et qu’ils l’entraînent. Il redoute le déploiement en Ukraine de missiles de portée intermédiaire. Il fait remarquer aux Américains qu’ils n’avaient eux-mêmes guère apprécié que Fidel Castro installât (en 1962) des missiles nucléaires russes à Cuba, à 400 km de Miami.

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Poutine est obsédé par l’éventualité d’une adhésion de l’Ukraine à l’Otan. Il estime qu’elle viole les engagements que donnèrent (oralement) à Gorbatchev le chancelier allemand Kohl et le secrétaire d’État américain Baker en mars 1991. Il l’a dit publiquement le 14 décembre 2021, tout en proposant aux Américains une négociation générale sur la sécurité en Europe orientale.

Pour montrer qu’il est sérieux dans ce qu’il dit, Poutine a ordonné que l’armée russe procède à des manœuvres de 100.000 hommes, non loin de la frontière ukrainienne. Cependant, les photos satellitaires n’indiquent aucune préparation logistique d’invasion.

Dans la même stratégie de pression, le Kremlin, sans les revendiquer, laisse faire de très nombreuses cyberattaques contre les infrastructures ukrainiennes, depuis le territoire russe ou biélorusse

Dans la même stratégie de pression, le Kremlin, sans les revendiquer, laisse faire de très nombreuses cyberattaques contre les infrastructures ukrainiennes, depuis le territoire russe ou biélorusse. En Russie, pullulent les cybercorsaires, sur lesquels l’appareil de sécurité d’État ferme les yeux, quand il ne les instrumentalise pas.

Les services russes et leurs amis corsaires ont réussi à infiltrer des «implants» non seulement dans les infrastructures de l’Ukraine, mais aussi dans celles des États-Unis. Ces bouts de logiciel peuvent être à tout moment activés, et entraîner d’immenses paralysies (des réseaux électriques par exemple).

Cette cyberguerre envers ses voisins, devenue quasi-permanente, traduit un incontestable raidissement de Poutine. On constate hélas le même en politique intérieure: l’ONG russe Memorial est persécutée par le pouvoir, alors qu’elle effectue un magnifique travail de recherche sur les crimes de Staline.

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