« Incursion mineure » : la dangereuse franchise de Biden sur l’Ukraine

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CHRONIQUE. Les propos du président américain sur l’Ukraine trahissent le fond de sa pensée. Un avertissement de plus pour l’Europe.

Le president americain Joe Biden lors de sa conference de presse le 19 janvier 2022 a la Maison-Blanche.
Le président américain Joe Biden lors de sa conférence de presse le 19 janvier 2022 à la Maison-Blanche.© MANDEL NGAN / AFP

Par Gérard Araud. LE POINT. Publié le 20/01/2022

ÀKiev, c’est la consternation. Dans une conférence de presse, à Washington, Joe Biden a fait une distinction entre « incursion mineure » et « attaque » des soldats russes de Vladimir Poutine en Ukraine. Dans le premier cas, a-t-il reconnu, les alliés membres de l’Otan risqueraient de ne pas être unis dans la définition de leur réaction. En revanche, si l’offensive était massive, la question ne se poserait pas et les sanctions imposées le seraient tout autant.

En d’autres termes, le président américain semble suggérer à la Russie de ne pas dépasser un certain niveau d’agression à l’égard de son voisin au-dessous duquel elle n’a pas grand-chose à craindre de la part des Occidentaux. Depuis lors, la Maison-Blanche s’emploie à réparer les dégâts pour affirmer que toute entrée de l’armée russe en Ukraine serait considérée comme une agression majeure et que le président se référait aux autres moyens, notamment informatiques, qu’emploie volontiers Moscou contre ses adversaires.

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« Nains européens »

Cette expression malheureuse n’est pas une maladresse insignifiante. Elle rappelle de manière subliminale aux Européens que les États-Unis sont entraînés dans cette crise contre leur volonté et qu’ils feront tout pour limiter leur implication. Certes, ils menacent la Russie de « sanctions dévastatrices », mais le coût en serait essentiellement supporté par les Européens, dont le commerce avec la Russie est sept fois supérieur à celui des États-Unis.

Ils se gardent bien d’aller au-delà de ces mesures dont chacun connaît, par avance, la probable inefficacité. On réagit parce qu’il le faut, mais pas plus. Se confirme ainsi le retrait relatif des États-Unis des affaires européennes. Paradoxalement, c’est la Russie qui les y ramène par souci de statut : elle ne veut pas avoir comme interlocuteurs les « nains européens ».

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Confrontée à la menace d’une guerre à ses portes, l’Europe continue d’attendre tout des négociateurs américains et renforce ainsi le mépris qu’a Moscou à son égard. Qu’Emmanuel Macron propose devant le Parlement européen d’entamer un dialogue avec la Russie et revoilà les hauts cris accusant le président français de diviser les alliés.

Si les États-Unis, désireux de ne pas s’embourber en Europe car ayant des soucis infiniment plus importants en Asie, finissent par faire affaire avec la Russie au-dessus de la tête des Européens, ceux-ci ne pourront pas jouer les effarouchés. Ils l’auront cherché.

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