Gettr: la réacosphère, terre de liberté 

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Le nouveau réseau social Gettr garantit de ne censurer personne, au contraire des plateformes de la Silicon Valley

Jeremy Stubbs – 22 janvier 2022 CAUSEUR

Gettr: la réacosphère, terre de liberté

L’expulsion de Donald Trump de Facebook et de Twitter il y a un an tout juste a révélé la curieuse conception qu’ont les GAFAM de la liberté d’expression. Depuis, l’univers des réseaux sociaux accueille un nouveau venu, Gettr, qui promet de ne censurer personne et qui arrive en France. Si l’ancien président américain n’y possède pas encore de compte, Eric Zemmour en a ouvert un.


Contemplant la constitution qu’ils venaient de rédiger pour leur jeune république, les Pères fondateurs des États-Unis ont compris que le texte risquait de conférer au gouvernement fédéral trop de pouvoir, tant sur les différents États que sur les citoyens. Pour y remédier, ils ont ajouté dix amendements dont le premier garantit plusieurs libertés, notamment la liberté d’expression et celle de la presse. Au début, l’obligation de respecter cet amendement ne s’appliquait qu’à l’État fédéral, mais au xxe siècle, grâce à l’intervention de la Cour suprême, elle s’est étendue aux autorités des 50 États. Avec l’avènement des médias sociaux, toutes les plateformes, de Facebook à Parler, se sont réclamées du premier amendement, fusionnant ainsi le mythe libertarien de l’utopie numérique et la tradition fondatrice de l’Amérique. Pourtant, ce beau rêve s’est effondré le 6 janvier 2021, lors de l’attaque du Capitole. Donald Trump s’est vu coupé de ses 89 millions de followers sur Twitter. L’absurdité d’une situation où le commandant en chef des États-Unis est exclu de réseaux sociaux, mais où les talibans et le régime iranien peuvent s’exprimer librement n’a échappé à personne. À ceux qui invoquaient le premier amendement, il a été répondu que ce dernier s’applique aux seules autorités publiques et nullement au secteur privé. La loi garantit la liberté d’expression, non l’accès aux médias. Des entreprises privées comme Facebook (aujourd’hui Meta) ou Twitter sont libres d’accueillir qui elles veulent.

Jason Miller, conseiller de Donald Trump et fondateur du réseau social Gettr, 20 novembre 2016 © Images North America / Getty Images via AFP

À lire aussi, Eric Fabry: Islamisme: la faute aux réseaux sociaux?

Quand le marché libre pose un problème, c’est souvent le même marché qui fournit la solution. Si les médias sociaux vous ferment leurs portes, vous n’avez qu’à en créer un autre plus ouvert et briser ainsi l’oligopole de la Silicon Valley. C’est le but du nouveau réseau, Gettr, lancé en juillet 2021 par un proche de Trump, le stratège politique et communicant Jason Miller. Son ambition est double : diversifier le marché et se montrer plus fidèle que les autres réseaux à l’esprit du premier amendement. Si Gettr réussit, les effets se feront ressentir bien au-delà des frontières des États-Unis et pourront avoir une influence importante en France au cours de l’année électorale.

« Big Tech », « Alt-tech »… no tech

Pour apprécier la tâche que s’est fixée Gettr, il faut comprendre l’évolution de la plupart des grandes plateformes. À leurs débuts, elles prétendent incarner la liberté d’expression inconditionnelle pour tout le monde, mais petit à petit, elles se voient obligées de mettre en place une forme de modération des posts et commentaires au nom d’un triple objectif : protéger leurs abonnés contre le harcèlement des « trolls » ; exclure ceux qui incitent à la haine, raciale et autre ; et entraver la circulation de fausses informations mettant en danger la sécurité ou la santé des personnes. Mais à quel moment cette modération se transforme-t-elle en une véritable censure, en contradiction flagrante avec leur crédo libertaire initial ? Les embûches dont est semé ce chemin sont illustrées parfaitement par les atermoiements de Mark Zuckerberg au sujet de la liberté d’expression politique. En octobre 2019, dans un discours très médiatisé à l’université de Georgetown, le fondateur de Facebook déclare haut et fort que, dans une démocratie, une entreprise privée ne devrait pas censurer les politiques ou les journalistes. Le même mois, Facebook, comme Twitter et YouTube, refuse d’interdire une vidéo anti-Biden postée par Donald Trump, mais condamnée comme mensongère par la plupart

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