Mathieu Bock-Côté: «La guerre des trois droites»

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Par Mathieu Bock-Côté LE FIGARO. 21 janvier 2022

Mathieu Bock-Coté. Le Figaro.

CHRONIQUE – La droite française se divise aujourd’hui en trois grandes familles, estime le chroniqueur. Et chacune se croit appelée à dominer les autres.

Il est d’usage, lorsqu’on parle de la droite française, d’en parler en pluriel, en reprenant les catégories forgées au milieu des années 1950 par René Rémond, qui distinguait dans ses rangs les légitimistes, les orléanistes et les bonapartistes. S’il n’est pas certain que cette typologie soit encore pertinente, il n’en demeure pas moins que les droites sont plurielles, et plus exactement divisées, en lutte contre elles-mêmes, et souvent soucieuses de se positionner avantageusement dans un système politico-idéologique dont elles ne fixent pas les paramètres, et qui les inhibent.

Elles le sont d’abord parce qu’elles ont intériorisé les interdits moraux prêchés par la gauche, qui force toujours la droite à se définir contre ce que la gauche appelle l’extrême droite, sans qu’on ne sache vraiment comment définir cette catégorie aussi diabolique que fantomatique, et même si des idées qu’on classe aujourd’hui à l’«extrême droite» étaient il y a quelques années encore au cœur de la droite classique. La droite espère être adoubée moralement par la gauche en luttant contre ce qu’elle croit être sa part maléfique. C’est ainsi qu’elle pense se respectabiliser, se notabiliser.

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Mais ces divisions témoignent aussi de la diversité des imaginaires, à droite, et du rôle que chacune s’assigne dans la présente situation historique. On établira trois grandes familles, aujourd’hui, qui recoupent globalement les partis, sans s’identifier complètement à eux, puisqu’on retrouve de leurs représentants dans chacun d’entre eux: la droite classique, divisée entre une partie de La République en marche et Les Républicains, la droite nationale-conservatrice, qui a trouvé dans Reconquête! son véhicule politique, et la droite nationale-populiste, portée par le Rassemblement national. Chacune porte son langage et son imaginaire. Chacune se croit appelée à dominer les deux autres.

La vraie bataille de ce premier tour consiste à savoir laquelle des trois droites emportera la bataille de la deuxième place

La droite classique se définit d’abord par sa culture de gouvernement. Cette vertu est loin d’être secondaire. C’est d’ailleurs l’argument principal avancé par Valérie Pécresse dans le cadre de cette élection présidentielle: elle seule serait en capacité de battre Emmanuel Macron. Les partisans de ce dernier sont toutefois en droit de lui répondre qu’ils ont déjà aspiré une bonne partie de cette famille politique, à travers un vaste mouvement de recomposition, ce qui oblige les LR à se reporter sur leur aile droite, comme on le voit avec la place symboliquement occupée jusqu’à présent par Éric Ciotti dans la campagne de Valérie Pécresse.

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La droite nationale-conservatrice, celle d’Éric Zemmour, se veut la plus idéologiquement construite. Elle n’entend pas seulement proposer une alternance de gouvernement mais un projet de reconquête se projetant bien au-delà d’un seul quinquennat, et qui consiste à redéfinir la politique dans une perspective civilisationnelle. Elle ambitionne explicitement d’en finir avec l’hégémonie idéologique de la gauche. À sa manière, elle pose la question du régime, lorsqu’elle annonce vouloir reconstituer la souveraineté populaire contre la dénaturation de l’État de droit. On l’analyserait de manière incomplète si on ne reconnaissait pas qu’elle a été repoussée à l’extérieur du périmètre de la respectabilité médiatique, et qu’elle en paie le prix.

La droite nationale-populiste, celle de Marine Le Pen, s’inscrit sur un autre registre: elle incarne aujourd’hui la révolte contre la mondialisation, celle des petits contre les gros, celle de la France périphérique victime de la métropolisation des sociétés occidentales. Elle est parvenue à constituer politiquement les classes populaires et incarne pour cela la fonction tribunicienne. Elle aussi est classée chez les infréquentables mais un peu moins qu’hier, depuis qu’Éric Zemmour a repris dans les médias et bien malgré lui le rôle de diable de la République. Elle tire avantage de la résilience reconnue à Marine Le Pen.

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S’il faut examiner ces imaginaires contrastées, il ne faut pas sous-estimer l’existence d’une majorité idéologique qui les transcende, sur les grandes questions régaliennes, qu’il s’agisse de l’immigration et de la sécurité. Autrement dit, la division des droites relève davantage de cultures politiques contrastées que d’un désaccord idéologique fondamental. Si elles avaient le regard moins tourné vers le passé que vers le présent et l’avenir, elles verraient qu’elles partagent sur l’essentiel ce qu’on appelait autrefois un programme commun.

Mais elles doivent aller au bout de leur guerre fratricide. On en revient alors à leur querelle, à moins de cent jours de la présidentielle, qui au-delà du choix du locataire de l’Élysée sera aussi d’une importance capitale dans la guerre des trois droites. Comme quoi la vraie bataille de ce premier tour consiste à savoir laquelle des trois droites emportera la bataille de la deuxième place, pour ensuite poser les conditions d’une recomposition qui reste à parachever.

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