A LIRE : « Migrants : alerte en Méditerranée »…

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LETTRE DU MAGHREB. 4 404 morts en Méditerranée, des départs de plus en plus massifs : le sujet de la migration illégale n’en est qu’à ses débuts pour les Européens.

Selon le Haut Commissariat pour les refugies (HCR) de l'ONU, plus de 2 500 personnes sont mortes ou ont disparu en mer en 2021 en tentant de rejoindre l'Europe, en particulier l'Italie, l'Espagne ou la Grece, via la Mediterranee et la route maritime du nord-ouest de l'Afrique.

Par Benoît Delmas

Publié le 23/01/2022 LE POINT

Au Maroc, le jour de Noël, une population nombreuse s’est subitement amassée autour des grilles « hallebardesques » qui forment la frontière entre Castillejos et Ceuta, l’enclave espagnole. Entre le sol de l’Union européenne et celui du royaume, quelques centimètres dûment barricadés, grilles hissées vers le ciel, profondément enfoncées dans le sol et la mer. Ce tohu-bohu inopiné de candidats à l’immigration illégale a contraint la police locale à battre le rappel de tous ses agents afin d’y mettre un terme. Des dizaines de jeunes ont enjambé l’obstacle quand on craignait une tragédie pour ceux qui espéraient passer à la nage par une température glaciale. Cette preuve supplémentaire de la fébrilité migratoire reposait sur un simple canular, colporté par les réseaux sociaux, annonçant que les autorités fermeraient les yeux pendant une heure. Le signe d’un puissant regain de la dynamique migratoire illégale du nord de l’Afrique vers le sud de l’Europe.

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Tous les signaux de la migration au rouge

Covid oblige, l’année 2020 aura marqué un recul net des migrations régulières ou illégales. Frontières fermées, mouvements entravés, nombreux furent les jalons posés conjoncturellement sur les routes de l’exil. Si la pandémie a poursuivi sa course en 2021, de la flexibilité a été introduite dans la foultitude de restrictions. L’année qui vient de s’écouler ne se contente pas de reprendre les chiffres antérieurs au virus, comme un ressort qui se relâche de nouveau, chiffres qui sont dopés par les conséquences économiques de la lutte sanitaire. Les nombreuses fermetures d’entreprises, notamment dans le secteur primordial du tourisme au Maroc et en Tunisie (restaurants, cafés, hôtels…), ont privé de travail de nombreux individus, qu’ils fussent salariés ou clandestins. Conséquence : « Les chiffres de départs depuis et à travers la Tunisie se hissent à des niveaux jamais vus depuis 2011 », argumente l’ONG Global Initiative. En 2011, le Printemps arabe fit chuter en un mouvement de dominos les dictatures de Tunis, de Libye et d’Égypte. L’affaissement sécuritaire provoqua alors un afflux de départs vers les rives européennes. Puis la crise syrienne provoqua un tsunami en 2015-2016 avant de se tempérer.

À l’orée 2022, tous les capteurs de la migration illégale sont au rouge. D’autres raisons, moins frontales, sont sur le point d’alimenter le nombre de rafiots, pneumatiques, radeaux sur la mer Méditerranée. Au Liban, l’essence et l’électricité font défaut, impactant violemment la population. Selon le HCR, le pays du Cèdre accueille 1 500 000 réfugiés syriens. Certaines chancelleries européennes s’inquiètent des conséquences des pénuries liées au manque d’essence : le froid mitonne des tragédies et des vagues de départs. Si le Maghreb est pointé du doigt par certains candidats à l’élection présidentielle française, le dossier syrien n’a pas fini de compliquer la vie des pays méditerranéens. En parallèle, la libanisation des économies d’Afrique du Nord lamine le quotidien, abonde les volontés de partir « coûte que coûte ».

Ce sont 67 000 migrants qui ont fait irruption en Italie l’an passé, contre 34 000 en 2020.

Chaque jour, au minimum, plus d’une centaine de migrants sont récupérés. 

Sur le flanc sud, la Libye aura stoppé le départ de 32 425 migrants en 2021, le Maroc 12 331 « candidats au départ ». La DGSN du royaume indique avoir arrêté « 415 passeurs, procédé à l’anéantissement de 150 réseaux criminels, saisissant 67 bateaux pneumatiques, 45 moteurs ». 38 000 migrants ont débarqué en Espagne en 2021.

Le chiffre le plus effarant est celui des disparus en mer : 4 404 êtres humains sont morts en tentant de traverser la frontière maritime entre l’Afrique et l’Europe. Un bilan qui a doublé en un an.

Alors que la présidentielle française évoque le sujet matin, midi et soir avec une martialité favorisée par les estrades de campagne, la vague migratoire ne fait que commencer.

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