Restructuration du culte musulman : le gouvernement est-il encore capable d’endiguer la menace islamiste en France ?

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Lors de la présidentielle de 2017, le sujet de l’islam était très présent en France, notamment lors des débats du premier tour. Aujourd’hui, cette question est écartée au profit d’autres thèmes qui s’en rapprochent : l’identité, l’immigration, l’insécurité, etc. 

Par  Guillaume de Rambures. VALEURS ACTUELLES. Publié le 26 janvier 2022

Prière de rue à Clichy en novembre 2017. Photo © Alain Jocard/AFPPartager cet article sur FacebookTwitterLinkedIn

Décembre 2016. Jean-Pierre Chevènement préside à la création de la Fondation de l’islam de France, avec la bénédiction de François Hollande. Le gouvernement y voit une opportunité pour mieux surveiller les imams en contrôlant leur formation. Ces derniers y voient l’occasion de promouvoir leur religion et la civilisation musulmane. Gérald Darmanin, à l’époque maire de Tourcoing, juge en revanche que nommer l’ex-ministre de l’Intérieur à la tête de cette fondation « est une idée pour le moins paternaliste, presque coloniale » et qu’elle ne pourrait réellement fonctionner qu’en laissant les musulmans « la gérer eux-mêmes »A LIRE Charte sur l’islam de France : trois fédérations acceptent finalement de signer

Six mois plus tard, nous voilà à l’aube de la présidentielle, et la question de la place de l’islam dans la société fait partie des sujets sensibles sur lesquels les Français demandent à être rassurés. De La France insoumise au Rassemblement national, chaque parti propose sa vision de la gestion de l’islam de France. Tous ont fait le constat de l’existence d’une menace terroriste islamiste en France (vingt attentats sur le territoire durant le quinquennat de François Hollande), mais certains refusent toujours d’admettre qu’il existe une corrélation entre islam et terrorisme islamiste. Le “padamalgame” frappe toujours. Lors du débat du premier tour, le sujet tombe sur la table et chacun expose sa vision des choses. Excepté Marine le Pen, les contours du principe de laïcité demeurent flous quels que soient les candidats : Benoît Hamon veut s’en tenir à la loi de 1905 qui « protège aussi bien la fille en short et celle qui veut porter le foulard », François Fillon est favorable à une loi anti-burkini, mais il laissera les universités libres d’autoriser ou non le port du voile, Jean-Luc Mélenchon dénonce « l’instrumentalisation de la laïcité contre l’islam »… 

À l’issue du premier round de la bataille pour la présidentielle, il est difficile de se faire une idée de ce que sera la « France laïque », concept notamment défendu par le candidat Emmanuel Macron. Mais d’ailleurs, que nous avait-il promis à ce sujet il y a cinq ans ? Ses propositions entrelaçaient des mesures et des propositions qui existaient déjà pour la plupart, comme « une formation universitaire aux valeurs de la République » pour les imams, le démantèlement des « associations qui, sous couvert de religion, s’attaquent à la République », ou la fermeture des mosquées qui font « l’apologie du terrorisme »

L’heure du bilan

Un quinquennat après, où en sommes-nous ? Quelle est la place de l’islam dans le débat actuel en vue de la présidentielle ? Un constat peut être fait : depuis quelques semaines on n’en parle quasiment plus. En contre exemple, on pourrait bien sûr citer l’intervention en décembre, d’Éric Zemmour en Arménie où il avait évoqué le « grand affrontement entre la chrétienté et l’islam »et le fameux documentaire diffusé sur M6 dimanche dernier qui a subitement ramené la question de l’islam dans les débats.  In fine, on parle majoritairement de lutte contre l’insécurité et la délinquance, de lutte contre le terrorisme, on parle d’immigration et d’identité, mais le débat sur la place de l’islam en France a été, jusqu’à cette semaine, écarté. Pourtant cette question reste bien présente dans l’esprit des Français. Alors qu’en 2019, 61 % (Ifop) pensaient que l’islam était incompatible avec les valeurs de la République, aujourd’hui 63 % pensent que l’islam représente un danger. 69% que « la religion musulmane cherche à imposer son mode de fonctionnement aux autres » et 72 % craignent que « la France perde son identité si l’islam devait devenir la première religion en France ».A LIRE Les services secrets marocains soupçonnés d’influencer le Conseil Français du Culte Musulman

Depuis un an, Gérald Darmanin s’efforce de mettre en place la politique annoncée par Macron en 2017. La loi contre le séparatisme aidant, 99 lieux de culte musulman « soupçonnés de séparatisme » ont fait l’objet d’un contrôle par l’État, sur les 2 623 qui se trouvent en France. 22 ont en outre été fermés en quelques mois pendant que d’autres sont encore « en cours d’instruction ». Le ministre de l’Intérieur a confirmé que devrait se tenir le forum de l’islam de France, en début de cette nouvelle année. Une centaine de responsables associatifs et cultuels participeront à la réorganisation du culte musulman.

Pour certains ce ne sont que des mesures de façade

Pour le sénateur Henri Leroy, ancien gendarme, que l’on retient notamment pour son arrêté interdisant le port du burkini alors qu’il était maire, cet « objectif noble » qui est de rassembler tous les musulmans dans un islam républicain est pour lui impossible à accomplir. Et pour cause : la présence sur le territoire national à la fois de musulmans prônant un islam « normal »et celle d’islamistes qui eux sont des « intégristes, des assassins et des criminels ». Les musulmans « normaux » seraient majoritaires et les islamistes se radicaliseraient dans certains quartiers. Il ne pense pourtant pas que la « démarche philosophique tendant à s’inscrire dans le respect des lois de la république soit majoritaire [chez les musulmans de France, NDLR] ». Les menaces de radicalisations par le biais des mosquées ne seraient donc pas écartés, certains imams continuant à « jouer sur la misère humaine »« On leur dit qu’ils ne sont pas aimés, qu’ils sont rejetés, que personne ne veut les intégrer, ce qui est totalement faux. » Le sénateur Henri Leroy affirme que pour une majorité de musulmans, les concepts d’Allah sont supérieurs aux lois de la République et que pour accepter ce que leur demande le gouvernement, ils devraient renier une partie de leurs concepts religieux. Peu probable que la majorité ne s’y résigne.

« L’islam fondamentaliste en France atteint un seuil critique d’influence. Il fait désormais peser un véritable danger sur la Nation. »

Une deuxième personnalité que nous avons contactée ne croit pas à ce phénomène de radicalisation, terme qu’elle trouve impropre car inventé de toutes pièces par les Occidentaux. Grand expert de l’islam et de son influence, question sur laquelle il se penche depuis plusieurs dizaines d’années, celui-ci est fin connaisseur de l’Afrique et exerce des fonctions dans le domaine de la sécurité intérieure. Plus proche des idées d’Éric Zemmour, dont l’intervenant nous a d’ailleurs confié qu’il est, pour lui, le seul à apporter des réponses, il y aurait deux islams qui évolueraient parallèlement ; un islam traditionnel et modéré et un islam issu du courant frériste (des frères musulmans) qui est un islam salafiste radical, financé par l’Arabie saoudite et le Qatar. Seulement, cet islam serait devenu majoritaire à l’échelle mondiale, la France n’échappant pas à ce phénomène. Un radicalisé ne serait alors « qu’un fidèle qui vit en conformité avec l’idéologie musulmane ». Pour ce qui est de la restructuration de l’islam par le gouvernement, notre intervenant pense qu’il peut certes y avoir des dirigeants musulmans qui sont sincères, mais le phénomène de fond va à l’inverse de cela. Il nous rapporte alors que le dernier rapport de la DGSI intitulé État des lieux de la pénétration de l’islam fondamentaliste en France révèle que « l’islam fondamentaliste en France atteint un seuil critique d’influence. Il fait désormais peser un véritable danger sur la Nation ».

Enfin, pour en revenir à la réforme, bien que celle-ci soit « intéressante », elle ne correspondrait pas à ce que pense la majorité des musulmans puisqu’elle va à l’encontre de certain fondements même de l’islam, de ce qui se fait dans les pays musulmans. Sur des sujets comme celui de l’égalité homme-femme par exemple. « La réalité générale des pays musulmans ne démontre pas une compatibilité avec nos principes, bien au contraire. Et ce n’est pas pour autant des pays que l’on dit radicaux (…), il suffit de voir le droit à l’apostasie ou au changement de religion dans un pays comme la Tunisie. »

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