Dans le viseur de Moscou, la Suède et la Finlande flirtent avec l’Otan

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Par Frédéric Faux LE FIGARO 27 janvier

Le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg (au centre), un Norvégien, lors d’une conférence de presse commune avec les ministres des Affaires étrangères finlandais et suédois, à Bruxelles, le 24 janvier. JOHN THYS/AFP

DÉCRYPTAGE – Cette hostilité de la Russie à voir ses voisins nordiques flirter avec l’Otan ne date pas d’hier.

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«Complètement inacceptable!» La réponse de la Finlande et de la Suède aux demandes de la Russie, en attente d’un engagement écrit que ces deux pays ne rejoindront pas l’Otan, est sans équivoque. Dès le 1er janvier, le président finlandais, Sauli Niinistö, rappelait que «la Finlande est libre de rejoindre l’Otan, si elle le souhaite». Quelques jours plus tard, le ministre de la Défense suédois, Peter Hultqvist, ajoutait que son pays devait avoir «la liberté de prendre ses décisions», dans le meilleur intérêt du peuple suédois. L’oukase russe, qui, s’il était mis en œuvre, interdirait aussi de recevoir des troupes et du matériel de l’Otan, a d’ailleurs eu l’effet inverse en entraînant un rapprochement inédit des deux pays nordiques avec l’Alliance atlantique. Leurs ministres des Affaires étrangères ont été reçus lundi par le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, un Norvégien. La Suédoise Ann Linde a passé trois jours aux États-Unis pour évoquer cette crise, alors que le président finlandais s’est longuement entretenu avec Joe Biden.

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Cette hostilité de la Russie à voir ses voisins nordiques flirter avec l’Otan ne date pas d’hier. En 1949, la décision prise par la Norvège de rejoindre l’alliance militaire avait déjà provoqué la colère de Staline. Depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine, avertissements et menaces viennent sanctionner la moindre velléité des voisins suédois et finlandais. Les dernières exigences russes, selon le chercheur finlandais Charly Salonius-Pasternak, sont cependant le signe d’une escalade. «Ce qui est nouveau, souligne-t-il, c’est que la Russie veut des garanties par écrit, et que ce qu’elle demande pour l’Ukraine s’applique maintenant à la Finlande et à la Suède.»

Les deux pays, qui contrôlent l’accès à la mer Baltique, l’ont d’ailleurs bien compris. Alors que la Suède a envoyé des troupes sur l’île de Gotland, la Finlande a annoncé le relèvement de son niveau d’alerte et des manœuvres autour de Helsinki. Mais ont-ils pour autant l’intention imminente de rejoindre l’Otan? En Suède, le débat est présent depuis la décision en 2014 d’augmenter à nouveau le budget militaire, puis de rétablir la conscription. Ces derniers jours, il a été relancé, et la conversion récente du parti d’extrême droite des Démocrates de Suède permettrait en théorie au Parlement de voter une «option Otan», comme en Finlande, sorte de pré-adhésion autorisant à rejoindre l’alliance sans délai. La Finlande semble donc plus proche du Rubicon, mais pour Pekka Haavisto, son ministre des Affaires étrangères, cette «option» qui fait couler beaucoup d’encre ne change rien dans la pratique. «Le principe de base est le même dans les deux pays, a-t-il expliqué au quotidien Dagens Nyheter: nous avons la possibilité de demander notre adhésion si nous le voulons, et dans ce cas l’Otan nous recevra.»

Les liens privilégiés entretenus avec l’Alliance atlantique entérinent déjà ce scénario. La Suède, devenue en 2016 «pays hôte» de l’Otan, participe à toutes les manœuvres organisées en Scandinavie. La Finlande, de son côté, est également «le partenaire le plus proche de l’Otan», comme l’a rappelé son secrétaire général. Le 10 décembre dernier, elle a même annoncé l’acquisition de 64 avions de combat américains F35, pour plus de 8,4 milliards d’euros. Un achat – le plus important jamais réalisé par l’armée finlandaise – qui lui permettra d’avoir la même flotte que le Danemark ou la Norvège, déjà membres de l’Otan.

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Ces collaborations de plus en plus étroites ne signifient cependant pas que l’adhésion de ces deux pays est pour demain. Leurs dirigeants n’ont entamé aucune négociation et ne le demandent pas. Les opinions publiques, surtout, sont réticentes. En Suède, qui n’a pas connu de conflit sur son territoire depuis deux siècles, «il y a une croyance très forte autour du fait que la neutralité du pays nous a tenus à l’écart de la guerre», comme le rappelle Hagström Frisell, de l’Agence suédoise de recherche pour la défense. Un sondage publié le 22 janvier indiquait d’ailleurs que si 37 % des personnes interrogées se disaient favorables à une adhésion à l’Otan, 35 %, étaient contre, 28 % ne se prononçant pas. Trois tiers qui partagent aussi les 5 millions de Finlandais, mais pour une autre raison. Avec 1 340 kilomètres de frontière commune avec la Russie, la petite Finlande, qui se retrouverait en première ligne en cas de conflit, a aussi tout intérêt à ménager son puissant et turbulent voisin.

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