Paul-Marie Coûteaux, au barycentre de l’union des droites

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Un homme de réseaux. Cultivant ses relations, Paul-Marie Coûteaux œuvre depuis les coulisses au projet politique de sa vie : l’union des droites. Un travail de Sisyphe, jusqu’ici sans cesse déçu. Cet ancien parlementaire européen espère ainsi qu’Eric Zemmour, son ami de presque trente ans, fera mentir cette fois le pronostic d’une droite conservatrice si souvent vaincue. 

Par  Valentin Gaure Publié le 25 janvier 2022 VALEURS ACTUELLES

Paul-Marie Coûteaux s’exprime à la tribune de la Convention de la Droite, le 28 septembre 2019 à Paris (Crédits : Sameer Al-Doumy / AFP)Partager cet article sur FacebookTwitterLinkedIn

En ces premiers jours du joli mois de mai 1995, les quelques rues qui entrelacent l’Assemblée nationale s’éveillent doucement. Les maîtresses laissent place au ballet des attachés parlementaires. Sauf quand les unes sont aussi les autres… À l’hôtel de Lassay, siège de la présidence de l’Assemblée Nationale et accessoirement plus belle cave de la République, on s’active également. La nuit a été courte. La veille à vingt heures, le visage prudhommesque de Chirac est apparu sur les écrans saccadés des gros téléviseurs. Revenu de tout, le chef du RPR accédait à son rêve élyséen. Qui nommerait-il à Matignon ? Dans son bureau lové sous les soupentes de l’Assemblée, Paul-Marie Coûteaux était perplexe. Autour de lui, beaucoup pariaient sur l’homme dont il était alors la plume : Philippe Séguin. 

Le président de l’Assemblée avait l’air attachant des ours mal léchés. S’avançant dans les travées d’un pas éléphantesque, il laissait toujours derrière lui un parfum de gitanes, ces cigarettes viriles qu’il fumait en abondance et qui lui sculptèrent sa voix chaude et coffrée. Chaque député gardait le souvenir de l’éclatante diatribe qu’il avait déclamée à la tribune du Palais Bourbon, en 1992. D’un patriotisme splendide, Séguin s’était opposé au Traité de Maastricht (qu’il prononçait Mastrikt) jusqu’à s’installer à la tête du camp du Non au référendum. Son chef politique, Jacques Chirac, n’avait pas eu ce courage : il avait voté Oui, pour ne pas s’opposer à « l’Europe », et donc à l’Allemagne. Premier schisme. Pourtant, Séguin n’avait pas abandonné le chef du RPR. 

Paul-Marie Coûteaux, en entrant ce jour-là dans le bureau de Séguin, était déjà dépité. Autour de lui, ses collègues, eux, semblaient croire encore un peu à l’état de grâce. Étrange sensation d’ébriété qui saisit la France entière à chaque scrutin présidentiel… Pour mieux s’éteindre aussitôt après. 

Un membre du cabinet lance au président de l’Assemblée : « Alors, voici venue l’heure de faire nos cartons pour Matignon ? ». Séguin, grand dépressif devant l’Eternel, douche l’enthousiasme d’une phrase toute à la fois mystérieuse et saisissante : « Vous n’y pensez pas. Le Chancelier ne voudra jamais. ». Une phrase historique que l’Histoire n’a pas retenue. 

Le drôle d’itinéraire d’un “gaulliste proustien

Paul-Marie Coûteaux, à la manière d’Hibernatus, semble comme échoué d’un autre siècle. Il compte pourtant jouer sa partition dans le grand orchestre de 2022. Et tant pis si les médias lui assignent le plus souvent une image pleine de mystères, assez nébuleuse et presque vampirique. Qualifié tour à tour d’« infréquentable », de « chantre de la droite hors-les-murs », ou de « catholique intégriste »Libération l’a même récemment comparé à une momie. Il n’est pas farouche ou rancunier : l’homme reçoit le ban et l’arrière-ban dans son appartement du quatorzième arrondissement. Et parfois même dans son château de l’Angoumois, qui lui vaut d’être surnommé « le Talleyrand des Charentes » par Eric Zemmour. 

Porté sur la confidence, PMC a gardé quelque chose des salons d’autrefois. Du gaullisme, il vient pourtant du versant gauche, proche qu’il fût dans sa jeunesse de Michel Jobert — et même de Jean-Pierre Chevènement. Énarque de formation, il égrenait alors cabinets et ministères. Matignon, Quai d’Orsay, Défense… Avant de se muer en porte-parole d’une cause abandonnée à défaut d’être perdue (habituel chez lui) : la francophonie. Il finit d’ailleurs par œuvrer au commissariat général à la langue Française auprès de Philippe de Saint Robert, l’un de ses mentors. 

Une expérience qui lui vaudra d’être choisi, au début des années 90, par Boutros Boutros-Ghali. L’homme d’Etat égyptien, un Copte très francophile, presque Français, vient d’être nommé Secrétaire général des Nations-Unies… Il fait de Coûteaux sa plume et l’emporte dans ses bagages pour New-York. Installé en plein cœur de Manhattan, PMC ferraille en sous-main contre les Américains. Ce qui lui vaudra la mesquinerie vulgaire de Madeleine Albright, alors Ambassadeur des Etats-Unis à l’ONU.  Un jour, alors qu’il la croise dans l’ascenseur, celle-ci lui arrache le mouchoir de son veston : « Old french aristocratic manners ! » déclare t-elle sur l’air du dédain. Cette rustre sera nommée, quelques mois plus tard, Secrétaire d’Etat de William Clinton (Bill selon l’appellation commerciale). Une anecdote qui dit quelque chose de l’arrogance américaine d’alors, puissance qui se croit devenue hégémonique depuis la chute du Mur de Berlin. Le 11 Septembre brisera bientôt cette illusion. 

Tous les chemins de la Droite… et d’ailleurs

Il faudrait un abécédaire entier pour détailler précisément le parcours politique d’un homme passé par tout ce que la Droite (et même au-delà) compte de partis et de chapelles. De la puissante machine du RPR — dont il dirigea la revue — jusqu’aux plus chétifs groupuscules, Paul-Marie Coûteaux pérégrina beaucoup. Il fut le compagnon de route de Séguin, Pasqua, Chevènement, Villiers… En 2012, il fut aussi un proche de Marine Le Pen (sans jamais entrer au FN). A la tête du SIEL, un petit parti dans le sillage de la candidate, Coûteaux fit beaucoup pour convertir la présidente du FN au gaullisme.

PMC lui présenta aussi un jeune énarque qu’il avait repéré : Florian Philippot. Entre ce dernier et Marine Le Pen, ce fut longtemps l’idylle. Coûteaux l’entremetteur s’en retrouva fort marri… Lui qui ne rêvait que de l’union des droites, c’est-à-dire d’un rapprochement entre l’UMP et le FN d’alors, se voyait réduit à observer dépité la stratégie “ni-droite-ni-gauche” de Le Pen et Philippot. Ces deux-là préféraient s’adresser aux déçus de la gauche. Jusqu’à envoyer des tracts empreints de sympathie aux grévistes de la CGT. Tant pis ! PMC s’en allait déjà vers d’autres rivages… 

La candidate et lui se quittaient sur le ton d’une mésentente peu cordiale. En 2014, Marine Le Pen s’étranglait presque lorsque PMC lui proposait de soutenir Nathalie Kosciusko-Morizet contre Anne Hidalgo dans le cadre des municipales parisiennes. Le choix du moindre mal en forme d’ultime provocation. Fidèle à la tradition familiale, Marine Le Pen débarqua Coûteaux avec pertes et fracas. Plus tard, le voilà qui rebondissait auprès de Nicolas Dupont-Aignan d’abord, avant de finalement atterrir, en 2019, chez Jean-Frédéric Poisson, alors président du PCD (Parti Chrétien-Démocrate) renommé depuis VIA | la voie du peuple. C’est aujourd’hui depuis ce bivouac qu’il participe à la campagne d’Eric Zemmour. Il le conseille — sans titre officiel — tout en publiant une revue politique et littéraire inspirée de l’œuvre de Chateaubriand : Le Nouveau Conservateur

« Conservateur« . Le mot fait tiquer François Bayrou. Le président du MoDem a assez bien connu Paul-Marie Coûteaux. Issus de rivages dissemblés, les deux hommes bataillèrent pourtant dans le même camp contre une réforme de l’orthographe qui sévissait (déjà) dans les années 1990. L’un comme l’autre sont attachés à l’histoire, à la langue, aux paysages ; les trois vont toujours ensemble. Dans un temps politique où la plupart des acteurs se perdent dans la morosité des chiffres, ils incarnent quelque chose de l’enracinement et d’un sens terrien de la France. Le président du MoDem, pourtant proche d’Emmanuel Macron, n’a ainsi aucun mal à se dire « conservateur », notamment sur les sujets d’éducation. Et s’indigne qu’un autre « conservateur » autoproclamé comme Coûteaux puisse se placer — lui — dans le sillage d’Eric Zemmour. Pour Bayrou, Zemmour incarne l’inverse même de l’idée conservatrice, ou alors, il n’en représente qu’une version dévoyée, falsifiée. Un peu l’équivalent de ce qu’est le Canada Dry au Whisky. Coûteaux lui répondrait sans doute que son Macron est bien pire encore. Alors PMC, le royaliste, soutiendra Zemmour. Bayrou, le républicain à la Péguy, votera Macron. Le biographe de Clovis et celui d’Henri IV ne se retrouvent pas. 

Zemmour, un ami de près de trente ans

Eric Zemmour, qui connaît Coûteaux depuis 1993, profite aujourd’hui de son réseau, de sa plume et par-dessus tout de sa franchise. PMC est l’un des rares à pouvoir parler au candidat sans le moindre esprit de cour. Le tout sans craindre l’engueulade, qui n’est pas rare — bien que toujours éphémère — entre ces deux âmes littéraires, donc sensibles. En dehors des organigrammes officiels, Coûteaux place son carnet d’adresse au profit du polémiste. Tel l’entremetteur, il a ainsi joué un grand rôle dans le ralliement de Guillaume Peltier. De même, il fut l’instigateur du rapprochement entre Eric Zemmour et Jean-Frédéric Poisson. 

Lorsqu’il le faut, il chauffe aussi les salles. A Villepinte, Coûteaux effectuait ainsi un discours remarqué, digne de sa plume enfiévrée — celle d’un “Proust en délire” comme l’écrivait Le Point en 2012. Devant la foule, Coûteaux se lançait dans un réquisitoire au vitriol contre ses ennemis de toujours : les Américains. Ceux-ci, via leur ambassade à Paris, déconseillaient à leurs ressortissants de s’aventurer à Villepinte. L’improbable cité francilienne se retrouvait mise à l’index, presque comme Bagdad, Islamabad ou Karachi. Washington disait craindre alors d’homériques affrontements entre les partisans d’Eric Zemmour et de prétendus antifascistes. De tout cela, il n’y eût rien, bien entendu, sinon quelques chaises volantes. À pleins poumons, Coûteaux lance à la volée : « Je dois dire à ces messieurs de l’ambassade des Etats-Unis en France, qu’après avoir colonisé notre pays depuis un siècle avec une culture de pacotille, qu’ils ne se mêlent pas maintenant de coloniser la France et de casser l’élection présidentielle ! »

Le coup du Trocadéro

Trocadéro. La place parisienne porte le nom d’une bataille mémorable de la Restauration. D’un gigantisme qui aura vécu, elle offre à la statue du Maréchal Foch un mirifique point de vue sur le Paris déchu des expositions universelles, avec la Tour Eiffel en point d’orgue. Et agit aussi comme la réminiscence d’une de ces grandes journées politiques comme il n’y en n’a pas vingt dans l’Histoire de la Ve République. A son évocation revient le souvenir de drapeaux tricolores agités sous une pluie battante, au son de la voix lyrique mais suppliciée de François Fillon. Candidat dans la tempête, l’ancien Premier ministre devait en mars 2017 y prononcer comme le discours de sa dernière chance. Alors on voulait le défaire, empêtré qu’il était dans des affaires de costumes et d’emplois fictifs. A sa place, certains voyaient Juppé, Baroin, peut-être même Larcher. D’autres s’étaient résolus déjà à choisir Macron. François Fillon, pourtant très largement plébiscité par les électeurs de la primaire, était menacé de débranchement. Il fallait une “opération coup de poing” pour sauver sa campagne. 

Coûteaux inspira l’idée de cet ultime élan ; Sens Commun et La Manif pour Tous en seront les organisateurs. De la campagne Fillon, PMC était comme le fantôme, presque l’âme damnée. Jamais sur les photos, jamais dans les réunions, jamais nulle part. Il faisait partie des quelques plumes de la campagne mais n’agissait qu’à bonne distance. François Fillon ne lui téléphona pas davantage que trois ou quatre fois dans la campagne. Les deux se connaissaient bien pourtant ; ils furent l’un comme l’autre les lieutenants de Philippe Séguin. PMC se souvient d’ailleurs d’un temps où François Fillon se battait sabre au clair contre l’Euro, pourfendant la monnaie unique en des termes que ne renieraient pas aujourd’hui les plus fervents partisans du Frexit... Pour sauver la campagne de l’ancien Premier ministre, Coûteaux se fit ambassadeur. Son rêve : que Nicolas Dupont-Aignan retire sa candidature au premier tour pour se ranger derrière le candidat des LR. Tractations et conciliabules. Le chef de Debout la France y semblait prêt, ne posant que trois conditions à l’opération. Obtenir un groupe parlementaire, d’abord. Obtenir deux postes gouvernementaux, ensuite. Obtenir le remboursement par LR de ses frais de campagne, enfin. La grande manœuvre se grippa sur la troisième condition. 

La suite est implacable. Fillon termina la course à 20,1 %. Marine Le Pen, juste devant lui, était arrivée à 21, 3 %. Nicolas Dupont-Aignan fit 4, 7 %. Si NDA s’était retiré au profit de Fillon, l’histoire aurait sans doute été changée. L’échec dans un mouchoir de poche. 

Tel Sisyphe, Coûteaux voyait sa pierre, patiemment hissée jusqu’au sommet de la montagne, tomber de nouveau dans l’abîme. Tout, absolument tout, il fallait encore tout recommencer. 

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