Poutine : « Sur l’unité historique des Russes et des Ukrainiens »

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En juillet 2021, le président russe a publié un article expliquant que Russes et Ukrainiens forment « un seul peuple ». Nous le reproduisons.

Vladimir Poutine a son bureau.
Vladimir Poutine à son bureau.© ALEXEY NIKOLSKY / Sputnik / AFP

Par Vladimir Poutine  Publié le 30/01/2022 LE POINT

Le président russe Vladimir Poutine a publié, en juillet 2021, un article fleuve expliquant que Russes et Ukrainiens forment « un seul peuple », que l’Ukrainemoderne est une création de l’ère soviétique et que, après la chute de l’URSS, les États-Unis et l’Union européenne ont poussé Kiev à adopter une attitude hostile à Moscou. Nous publions ci-dessous des extraits du texte, qui permettent de mieux comprendre l’état d’esprit du dirigeant russe dans la crise qui l’oppose aujourd’hui aux Occidentaux et son refus de laisser l’Ukraine se rapprocher de l’Otan et de l’Union européenne.

L’intégralité de l’article dans sa version française officielle peut être consultée sur le site de l’ambassade de Russie en France.

« Les Russes, les Ukrainiens et les Biélorusses sont les héritiers de l’ancienne Rus’ qui a été le plus grand pays d’Europe. Sur un immense espace – du lac Ladoga, Novgorod, Pskov, jusqu’à Kiev et Tchernigov –, les tribus slaves et autres étaient unies par la même langue (nous l’appelons aujourd’hui le vieux russe), des liens économiques et le pouvoir des princes des Riourikides. Et puis, par le baptême de la Russie, unie par la foi orthodoxe. Le choix spirituel de saint Vladimir, qui était à la fois prince de Novgorod et grand prince de Kiev, détermine aujourd’hui encore dans une grande mesure notre parenté. »

« Ainsi, l’Ukraine moderne est entièrement le fruit de l’ère soviétique. Nous savons et nous nous rappelons qu’elle a été créée dans une large mesure aux dépens de la Russie historique. Il suffit de comparer les terres qui ont été rattachées à l’État russe au XVIIe siècle aux territoires avec lesquels la RSS d’Ukraine a quitté l’Union soviétique. »

« Les bolcheviks considéraient le peuple russe comme un matériau inépuisable pour des expérimentations sociales. Ils rêvaient d’une révolution mondiale qui, à leur avis, abolirait complètement les États nations. Par conséquent, ils ont arbitrairement formé les frontières et ont distribué de généreux “cadeaux” territoriaux. En fin de compte, ce qui a guidé précisément les dirigeants bolcheviks lorsqu’ils découpaient le pays n’a plus d’importance. Vous pouvez discuter des détails, du contexte et de la logique de certaines décisions. Une chose est claire : la Russie a en fait été dépouillée. »

La Russie a beaucoup fait pour que l’Ukraine devienne vraiment indépendante.

« En travaillant sur cet article, je me suis basé non sur des archives secrètes, mais sur des documents ouverts qui contiennent des faits bien connus. Les dirigeants de l’Ukraine moderne et leurs mécènes extérieurs préfèrent ne pas se souvenir de ces faits. Mais pour diverses raisons, au bon moment comme au mauvais, y compris à l’étranger, il est aujourd’hui d’usage de condamner les “crimes du régime soviétique”, en leur attribuant même les événements avec lesquels ni le Parti communiste de l’Union soviétique (PCUS), ni l’URSS, ni même la Russie plus moderne n’ont quelque chose à voir. Cependant, les actions des bolcheviks visant à séparer la Russie de ses territoires historiques ne sont pas considérées comme un acte criminel. La raison en est claire. Comme cela a conduit à l’affaiblissement de la Russie, cela convient à nos adversaires. »

« La Russie a reconnu les nouvelles réalités géopolitiques. Elle n’a pas seulement reconnu l’Ukraine, mais a beaucoup fait pour que ce pays devienne vraiment indépendant. Dans les difficiles années 1990 et au début du nouveau millénaire, nous avons apporté un soutien important à l’Ukraine. Kiev utilise sa propre “arithmétique politique”, mais, en 1991-2013, l’Ukraine a économisé plus de 82 milliards de dollars sur son budget tirant profit rien que des faibles prix du gaz. Aujourd’hui, elle ”s’accroche” littéralement à 1,5 milliard de paiements russes pour le transit de notre gaz vers l’Europe. Alors qu’avec la préservation des liens économiques entre nos pays, l’effet positif s’élèverait à des dizaines de milliards de dollars. »

« L’Ukraine et la Russie ont évolué comme un seul système économique depuis des décennies, des siècles. La profondeur de la coopération que nous avions il y a 30 ans pourrait aujourd’hui faire l’envie des pays de l’UE. Nous sommes des partenaires économiques naturels et complémentaires. Une relation aussi étroite est capable de renforcer les avantages concurrentiels et d’accroître le potentiel des deux pays. »

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« L’Ukraine est aujourd’hui le pays le plus pauvre d’Europe. À qui la faute ? Au peuple ukrainien ? Bien sûr que non. Ce sont les autorités ukrainiennes qui ont dilapidé les acquis de plusieurs générations. Nous savons à quel point le peuple ukrainien est laborieux et talentueux. Il sait comment obtenir des succès et des résultats exceptionnels avec persévérance et obstination. Et ces qualités, comme l’ouverture, l’optimisme inné, l’hospitalité, n’ont pas disparu. Les sentiments de millions de personnes qui traitent la Russie non seulement de bonne manière, mais aussi avec beaucoup d’amour, tout comme nous le faisons avec l’Ukraine, restent les mêmes. »

« Après la chute de l’URSS, nombreux étaient ceux en Russie et en Ukraine qui croyaient encore sincèrement que nos liens culturels, spirituels et économiques étroits demeureraient certainement, de même que la communauté du peuple, qui s’est toujours sentie unie dans sa fondation. Cependant, la situation évoluait dans une autre direction, d’abord progressivement, puis de plus en plus vite. 

Les oligarques […] vendraient leur mère afin de préserver leur capital.

« Les élites ukrainiennes ont décidé de justifier l’indépendance de leur pays en niant son passé, à l’exception toutefois de la question des frontières. Elles ont commencé à mythifier et à réécrire l’Histoire, à effacer tout ce qui nous unit, à décrire en tant qu’occupation la période que l’Ukraine a passée dans l’Empire russe et dans l’URSS. La tragédie commune de la collectivisation, de la famine du début des années 1930, est présentée comme un génocide du peuple ukrainien. »

« Les radicaux et les néonazis ont fait part de leurs ambitions ouvertement et de plus en plus insolemment. Ils ont été amadoués à la fois par les autorités officielles et les oligarques locaux. Après avoir dépouillé le peuple ukrainien, ces derniers gardent les biens volés dans des banques occidentales et vendraient leur mère, afin de préserver leur capital. S’y ajoute la faiblesse chronique des institutions étatiques, la position d’otage volontaire de la géopolitique d’autrui. »

« Je tiens à vous rappeler qu’il y a assez longtemps, bien avant 2014, les États-Unis et les pays de l’UE ont poussé l’Ukraine, systématiquement et avec persévérance, à réduire et à limiter sa coopération économique avec la Russie. En tant que plus important partenaire commercial et économique de l’Ukraine, nous avons proposé de discuter des problèmes émergents en format Ukraine-Russie-UE. Mais à chaque fois, nous avons entendu que la Russie n’avait rien à voir là-dedans, que la question ne concernait que l’UE et l’Ukraine. De facto, les pays occidentaux ont rejeté les propositions russes de dialogue maintes fois exprimées. »

« Pas à pas, l’Ukraine a été entraînée dans un jeu géopolitique dangereux, dont le but était d’en faire une barrière entre l’Europe et la Russie, une tête de pont tournée contre la Russie. Inévitablement, le moment est venu où le concept de « l’Ukraine n’est pas la Russie » n’était pas suffisant. Il a fallu « l’anti-Russie », ce que nous n’accepterons jamais. »

« Tout ce qui nous unissait et nous rapproche jusqu’à présent s’est retrouvé en péril. Tout d’abord, la langue russe. Je tiens à vous rappeler que les nouvelles autorités « maïdaniennes » ont d’abord tenté d’abolir la loi sur la politique linguistique de l’État. Ensuite, il y a eu la loi sur le « nettoyage du pouvoir », la loi sur l’éducation, qui a pratiquement effacé la langue russe du processus éducatif. »

Il s’agit d’un changement forcé d’identité

« Et enfin, en mai de cette année, l’actuel président a soumis à la Rada un projet de loi sur les peuples autochtones. Seuls ceux qui constituent une minorité ethnique et n’ont pas leur propre enseignement public en dehors de l’Ukraine sont reconnus. La loi a été votée. De nouvelles graines de discorde sont semées. Et cela se produit dans un pays très complexe, comme je l’ai déjà noté, en termes de composition territoriale, nationale, linguistique, concernant l’histoire de sa formation. »

« Mais le fait est qu’aujourd’hui en Ukraine, la situation est complètement différente puisqu’il s’agit d’un changement forcé d’identité. Et le plus répugnant, c’est que les Russes en Ukraine sont contraints non seulement de renoncer à leurs racines, aux générations ancestrales, mais aussi à croire que la Russie serait leur ennemi. Il ne serait pas exagéré de dire que cette course à une assimilation violente, vers la formation d’un État ukrainien ethniquement pur, agressif envers la Russie, est comparable dans ses conséquences à l’utilisation d’armes de destruction massive contre nous. En raison d’une rupture aussi brutale et artificielle entre les Russes et les Ukrainiens, le nombre total de Russes pourrait diminuer de centaines de milliers, voire de millions »

« Le coup d’État et les actions ultérieures des autorités de Kiev ont inévitablement provoqué des affrontements et une guerre civile. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme, le nombre total de victimes associées au conflit dans le Donbass a dépassé les 13 000. Parmi elles se trouvent des personnes âgées, des enfants. Des pertes terribles et irréparables. »

« La Russie a tout fait pour arrêter le fratricide. Les accords de Minsk ont été conclus, lesquels visent à un règlement pacifique du conflit du Donbass. Je suis convaincu qu’ils n’ont toujours pas d’alternative. En tout cas, personne n’a retiré sa signature ni des mesures de Minsk ni des déclarations correspondantes des dirigeants des pays du format Normandie. Personne n’a initié la révision de la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU du 17 février 2015. »

Kiev n’a tout simplement pas besoin du Donbass

« Au cours des négociations officielles, notamment après le coup de semonce des partenaires occidentaux, les représentants de l’Ukraine réaffirment périodiquement leur « engagement total » aux accords de Minsk, alors qu’en fait ils sont guidés par un principe d’« inacceptabilité ». Ils n’ont pas l’intention de discuter sérieusement ni du statut particulier du Donbass, ni des garanties pour sa population. Ils préfèrent exploiter l’image d’une « victime d’agression extérieure » et marchander de la russophobie. Ils organisent des provocations sanglantes dans le Donbass. En un mot, ils attirent par tous les moyens l’attention des mécènes et des protecteurs extérieurs. »

« Apparemment, et j’en suis convaincu de plus en plus, Kiev n’a tout simplement pas besoin du Donbass. Pourquoi ? Car, premièrement, les habitants de ces régions n’accepteront jamais les ordres qu’on a tenté et tente de leur imposer par la force, le blocus, les menaces. Et deuxièmement, les résultats de Minsk I et de Minsk II, qui donnent une réelle chance de restaurer pacifiquement l’intégrité territoriale de l’Ukraine, en négociant directement avec la RPD (République populaire de Donetsk, NDLR) et la RPL (République populaire de Louhansk, NDLR) par le biais de la médiation de la Russie, de l’Allemagne et de la France, vont à l’encontre de toute la logique du projet anti-russe. Et il ne peut tenir debout que par le biais de la culture constante de l’image d’un ennemi intérieur et extérieur. Et j’ajouterai, sous le protectorat, sous le contrôle des puissances occidentales. »

« C’est ce qui se passe en pratique. Tout d’abord, il s’agit de la création d’un climat de peur dans la société ukrainienne, de rhétorique agressive, d’indulgence envers les néonazis et la militarisation du pays. Parallèlement, non seulement une dépendance totale, mais un contrôle externe direct, y compris concernant la supervision de conseillers étrangers sur les autorités ukrainiennes, les services secrets et les forces armées, le « développement » militaire du territoire ukrainien, le déploiement des infrastructures de l’Otan. Ce n’est pas un hasard si la loi scandaleuse susmentionnée sur les « peuples autochtones » a été adoptée sous le couvert d’exercices de l’Otan à grande échelle en Ukraine. »

« Les auteurs occidentaux du projet « anti-russe » ont mis en place le système politique ukrainien de telle sorte que les présidents, les députés, les ministres changent, mais qu’il y ait une orientation constante vers la séparation avec la Russie, vers l’inimitié avec elle. L’établissement de la paix était le principal slogan préélectoral du président sortant. Cela l’a conduit au pouvoir. Ses promesses se sont avérées être des mensonges. Rien n’a changé. Et à certains égards, la situation en Ukraine et autour du Donbass s’est également dégradée. »

La Russie n’a jamais été et ne sera jamais l’« anti-Ukraine »

« La Russie est ouverte au dialogue avec l’Ukraine et est prête à discuter les questions les plus difficiles. Mais il est important pour nous de savoir que notre partenaire défend ses propres intérêts nationaux, et non pas ceux des autres, qu’il n’est pas utilisé par qui que ce soit pour nous combattre.

« Nous respectons la langue et les traditions ukrainiennes, le désir des Ukrainiens de voir leur État libre, sûr et prospère. Je suis convaincu que c’est en partenariat avec la Russie que la véritable souveraineté de l’Ukraine est possible. »

« Nos liens spirituels, humains, civilisationnels se sont tissés depuis des siècles, remontent aux mêmes sources, se sont endurcis par les épreuves, les réalisations et victoires communes. Notre parenté se transmet de génération en génération. Elle est dans les cœurs, dans la mémoire des personnes vivant dans la Russie et l’Ukraine modernes, dans les liens du sang qui unissent des millions de nos familles. Ensemble, nous avons toujours été et serons bien plus forts et performants. Car nous formons un seul peuple. »

« Aujourd’hui, ces mots sont perçus avec hostilité par certains. Ils peuvent être mal interprétés. Mais nombreux sont ceux qui m’entendront. Je dirai une chose : la Russie n’a jamais été et ne sera jamais l’« anti-Ukraine ». Et que l’Ukraine devrait-elle être ? C’est à ses citoyens de le décider. »

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