«Faits et gestes» N°32, par Ivan Rioufol : épidémie «bénigne»

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Par Ivan Rioufol LE FIGARO 30 janvier 2022

Ivan Rioufol.
Ivan Rioufol. Le Figaro

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Voici quelques-unes de mes notes, non utilisées, de cette semaine.

Lundi 24 janvier : Devant l’émoi politique suscité par la diffusion, dimanche sur M6, d’un reportage sur Roubaix et l’emprise islamiste sur certains quartiers, je rouvre La France éclatée. Le livre, écrit en 1996 par mon confrère Christian Jelen, aujourd’hui disparu, dit déjà tout de ce que les médias feignent de découvrir aujourd’hui. Je tombe sur sa dédicace de l’époque : «Pour Ivan Rioufol, cette enquête sur les méfaits du communautarisme que la République laisse s’installer depuis 20 ans et dont l’affaire des sans-papiers de Saint-Bernard n’est que la dernière illustration». Saint-Bernard est une église parisienne de la Goutte d’or (XVIIIe arrondissement) longtemps occupée par des clandestins qui réclamaient leur régularisation. Jelen a été l’un des premiers journalistes à enquêter en profondeur sur l’emprise de l’islam radical, le communautarisme, le refus de s’intégrer de beaucoup de jeunes issus de l’immigration. Il a décrit «les casseurs de la République», «la guerre des rues» et bien d’autres mises en garde. Mais, 26 ans plus tard, les mêmes diagnostics peuvent être faits, en pires. Cela fait donc, si je me réfère au petit mot que m’adressait mon confrère, près d’un demi-siècle que la République somnole. Page 30 de son livre, j’avais noté ce passage : «Vieille terre d’immigration, la France a réussi jusqu’à présent à préserver son unité parce que l’identité nationale a absorbé les sous-cultures. Mais ce processus d’assimilation des groupes ethniques est de plus en plus contesté par les forces multiculturalistes. Ne risque-t-il pas demain de devenir incontrôlable ? De plonger le pays vers le chaos, vers ce que Claude Imbert nomme ‘la nation introuvable’ (…) » ? La lâcheté des politiques successives face au lent naufrage de la nation ouverte est impardonnable. En tout cas, beaucoup d’électeurs ne le pardonneront pas en avril prochain.

Mardi 25 janvier : À 7h45 sur RTL, Victor Castanet dégoupille sa grenade. Interrogé par Alba Ventura sur son livre enquête (Les fossoyeurs), le journaliste dévoile les maltraitances des pensionnaires des Ehpad, et singulièrement dans le groupe Orpea qui gère notamment le select «Les bords de Seine», à Neuilly. Ce que révèle Castanet est stupéfiant : dans cet établissement huppé, dont les tarifs vont de 7000 à 15.000 euros par mois, la gestion est si pingre que les biscottes sont comptées (deux, pas trois) mais aussi les couches ! La rentabilité des fonds de pension, qui financent Orpea, passe avant toute considération humaine. La comédienne Françoise Dorin, qui n’avait plus sa tête, y connut une fin de vie dramatique : laissée sans soins hygiéniques, mais incapable de se plaindre auprès de sa famille, elle mourut trois mois après son arrivée, d’escarres non soignées. «Orpea réduit ses coûts jusqu’à l’os», explique le journaliste qui pointe aussi des soutiens politiques qui entourent cette société. Le nom de Xavier Bertrand, dit «l’assureur», est cité. Ce que je comprends de cette affaire est que tout ceci est plus ou moins connu depuis des années. La maltraitance des vieux n’est pas propre au groupe privé Orpea. Elle ne vient pas tant des hommes et des femmes que d’un système laissé sans contrôle. En réalité, les maltraitances sont cautionnées par l’État qui laisse faire. Ce scandale n’est évidemment plus tenable. D’autant qu’arrivent dans les premiers aînés de la génération de 68, qui savent ce que la protestation et la défense des droits veulent dire. Un Conseil national autoproclamé de la vieillesse propose déjà d’instituer une structure indépendante pour évaluer et contrôler les Ehpad. Imaginons les vieux soixante-huitards des maisons de retraite : «Ce/ n’est/qu’un début/ continuons le/ combat !».

Mercredi 26 janvier : Valérie Pécresse fait une erreur en s’alliant à nouveau avec les centristes de l’UDI et leur chef de file, Christophe Lagarde. Autant s’attacher un boulet au pied. C’est Lagarde qui, en novembre, avait lancé sur France Info, en parlant d’Éric Zemmour : «Se foutre du monde au point de dire ‘je suis un RPR’, Monsieur Zemmour, si Monsieur Pasqua (l’un des fondateurs du RPR, NDLR) était là, il te filerait une balle dans la tête». Lagarde est, pour moi, le symbole de la droite traîtresse, honteuse, sermonnaire, prête aux pires compromissions pour garder des postes. De plus, Lagarde n’a eu que des mots désagréables pour Éric Ciotti, dont il s’allie sans vergogne à la formation politique. J’écoute le centriste ce matin sur Europe 1, poussé dans ses retranchements par Sonia Mabrouk. Dans un flot de mots véhéments, il tente de s’expliquer sur ses liaisons troubles avec le communautarisme musulman. Tout sonne faux dans ce personnage. Je recherche l’entretien qu’il donna au Parisien le 6 septembre 2008, lorsqu’il s’adressa comme maire de Drancy à ses électeurs pour leur présenter la nouvelle mosquée : «Oui, je vous ai volontairement caché que ce serait une mosquée. Je voulais montrer la normalité d’un tel projet. Et aujourd’hui, tout prouve que j’avais raison de le faire. Contrairement à tous ces maires qui annoncent dans les médias qu’ils veulent une mosquée, moi, je l’ai. (…) Je n’ai pas voulu l’annoncer à la population car cela aurait forcément créé des tensions. De cette façon, son ouverture il y a sept mois n’a fait peur à personne. Et aujourd’hui, tout montre que c’est une réussite.» J’avoue être imperméable à cet éloge de la dissimulation et du coup fourré. Je pressens que biens des sympathisants LR n’ont guère envie de renouer avec les tactiques politiciennes de ce vieux monde vicieux, rusé, vulgaire.

Jeudi 27 janvier : La revue Front Populaire, lancée en juin 2020 par Michel Onfray et Stéphane Simon, assure que Marion Maréchal s’apprêterait à rejoindre Éric Zemmour. «Selon nos informations, l’annonce devrait avoir lieu le 4 février, la veille du rassemblement du RN à Reims donc, comme une peau de banane lancée sur le champ de bataille du ‘camp national’. Un tel mercato ne s’organisant pas sans garanties, Marion Maréchal aurait négocié un poste salarié dans l’organigramme de l’équipe ainsi qu’une place aux prochaines législatives». Je doute de ce calendrier. Que Marion Maréchal soit proche de Zemmour, ce n’est pas un scoop. Qu’elle réfléchisse à la manière de franchir le pas, c’est plus que probable. Mais un ralliement à cette date, si rapprochée, serait une déclaration de guerre de la nièce contre sa tante, qui reste en tête de la droite dans les sondages. Un jeu dangereux se prépare pour la droite.

Vendredi 28 janvier : Je viens d’enregistrer mon entretien avec Laurent Toubiana, qui sera diffusé dimanche sur CNews dans mon émission Les points sur les i (19h-20h). Ce que soutient ce chercheur à l’Inserm, spécialiste des épidémies depuis trente ans, va faire bondir les catastrophistes et les «fact-checkers». Toubiana, chiffres à l’appui, qualifie cette épidémie de Covid de «bénigne». Il dénonce une chaîne d’«incompétences». Mon sentiment est qu’il dit vrai…

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