Guillaume Tabard: «Primaire populaire ou la chronique d’un gâchis annoncé»

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Par Guillaume Tabard LE FIGARO. 31 janvier 2022

Réunion de la Primaire Populaire lors des Journées d’été d’Europe Ecologie Les Verts (EELV) à Poitiers, le 21 août 2021.Raphael Lafargue/ABACA

CONTRE-POINT – Au terme de ce processus organisé à partir d’une initiative «citoyenne», la gauche n’a pas de candidat unique. Elle n’en a pas même un de moins.

Un vote pour quoi faire? La Primaire populaire a rendu son verdict et la gauche est toujours dans le brouillard. La procédure avait trop de vices de forme pour être efficace ou simplement convaincante. Son postulat de base relevait du bon sens: une unité de candidature était un préalable indispensable pour ne pas être condamné à faire de la figuration dans cette présidentielle.À découvrir

Son constat de départ était lucide: les partis existants étant incapables, par faiblesse autant que par manque de volonté, de parvenir à cette union, il fallait qu’elle soit imposée par la base, par un «peuple de gauche» qui se serait levé pour contourner les résistances des appareils. Et nul ne peut contester que cette initiative a rencontré un écho certain. Presque 400 000 votants, c’est nettement plus que les 139 000 inscrits à la primaire LR et les 122 000 à la primaire EELV.

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Et pourtant, le succès populaire débouche sur un échec politique. Au terme de ce processus, la gauche n’a pas de candidat unique. Elle n’en a pas même un de moins. Contrairement à celles d’EELV et de LR, elle n’apporte guère de clarification. Il serait commode pour ses promoteurs d’imputer la persistance de la confusion au refus de Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot et Anne Hidalgo de se soumettre à son verdict. Mais il y a quelque chose d’effrayant dans la prétention des instigateurs d’une initiative «citoyenne» à s’être posés en dépositaires de la vérité sur ce que la gauche devait faire.

Les partis existants ont certes d’abord cherché à préserver leur «boutique», et leurs candidats ont tous tenu des discours hypocrites sur l’union – oui, à condition que ce soit derrière moi. Mais c’est en octobre 2020 que s’est lancée la Primaire populaire. Quinze mois n’ont suffi à susciter un élan tel qu’elle s’impose comme une évidence. Faire la leçon à des têtes d’affiche ayant déjà recueilli des millions de suffrages sur leur nom (7 millions pour Mélenchon, 3 millions pour Jadot) ne suffit pas à donner une légitimité incontestable aux gardiens autoproclamés de l’union de la gauche.

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Mathilde Imer et Samuel Grzybowski portent une lourde responsabilité dans l’impasse d’une procédure qui s’est arrogé le droit de proposer aux suffrages le nom de personnalités ayant clairement refusé par avance de se soumettre à leur diktat (Mélenchon, Jadot, Hidalgo) et d’en censurer d’autres (Roussel). Candidatures obligatoires, candidatures interdites: non seulement cela traduit une conception curieuse de la démocratie pour un collectif dit «citoyen», mais cela discréditait par avance le résultat, tant les règles de la clarté et de l’égalité entre les candidats étaient bafouées.

La victoire de Christiane Taubira n’est pas plus le reflet de l’opinion ou de la volonté réelle du «peuple de gauche» qu’un sondage. Et les parrains de la Primaire populaire le savaient à l’avance. Ils ont fait le pari que la médiatisation du scrutin permettrait sinon de dissuader les candidats déjà lancés dans la campagne, du moins de les discréditer en leur faisant porter la responsabilité de la division. Peut-être un léger effet primaire se traduira dans les sondages. Sans doute pas assez pour transformer l’offre Taubira en solution magique aux maux de la gauche. Laquelle se réveille ce lundi matin toujours fracturée. Réduisant la sincérité de 400 000 votants à un simple gâchis. C’était prévisible.

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