Présidentielle 2022 : Macron « sur des sables mouvants »

Le chef de l’État prépare son atterrissage dans une campagne poussive. Aucun débat n’émerge entre les candidats, si bien que l’intérêt des Français décroît.

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« Tout le monde l’attend comme le Messie. La machine de guerre est prête. Lui attend le dernier moment », décrit un conseiller de l’exécutif à propos de l’officialisation de la candidature d’Emmanuel Macron.© LUDOVIC MARIN / POOL / AFP

Par Mathilde Siraud Publié le 31/01/2022 LE POINT

C’est une donnée que tous les candidats – déclarés ou non – à l’élection présidentielle ont bien identifiée : les Français n’ont pas la tête à la campagne. Cet état d’esprit se ressent sur le terrain, et se mesure dans les enquêtes d’opinion. Selon une enquête BVA pour RTL et Orange réalisée entre le 24 et le 26 janvier, 73 % des personnes interrogées déclarent s’intéresser au scrutin d’avril. C’est trois points en moins par rapport au mois de décembre, et quatre par rapport à la même période, en 2017. De façon concomitante, l’intention d’aller voter décroît elle aussi : ils sont 71 % des électeurs interrogés à être certains de participer, contre 74 % au début du mois. L’indice de volatilité s’établit à 43 %. Un scénario à l’allemande, avec un corps électoral qui change d’avis au dernier moment, est dans tous les esprits.

À dix semaines du premier tour, l’élection demeure totalement incertaine et laisse présager un risque d’abstention important. Le scrutin de 2022 battra-t-il le record de 2002, avec plus de 28 % d’abstention ? Les sondeurs anticipent, à ce stade, une participation en moyenne de dix points inférieure à celle de 2017 (qui était de 77,77 % au premier tour et 74,56 % au deuxième tour). « Les électeurs se déterminent contre et non pour un candidat. Ils ne veulent pas du match retour Macron-Le Pen et feront tout pour ne pas l’avoir, croit savoir un spécialiste de l’opinion et de la communication politique. Il y a un désintérêt pour la campagne. Au lieu du traditionnel “au premier tour, je choisis, au second, j’élimine”, ce sera “j’élimine à chaque tour” ».

Tout bouge super vite. On est sur des sables mouvants. L’instabilité est anormale par rapport à une campagne normale. Une émotion, un mot peut tout changerUn cacique du camp Macron

La cristallisation, le moment où les électeurs font leur choix entre les différents candidats, devrait intervenir entre la mi-février et la mi-mars, estiment les observateurs. Emmanuel Macron devrait justement officialiser sa candidature autour du 10 février, retardant le plus possible l’échéance. Mais dans un tel climat d’incertitude, comment réussir son atterrissage ? Comment vote un pays fatigué ? « La campagne sera plus à la merci d’un accident que d’un coup de génie d’un candidat », poursuit ce même expert. L’épidémie n’est toujours pas stabilisée, le pouvoir d’achat, avec la montée de l’inflation, s’impose comme la principale préoccupation des Français. « Tout bouge super vite. On est sur des sables mouvants. L’instabilité est anormale par rapport à une campagne normale. Une émotion, un mot peut tout changer », constate un cacique du camp Macron. Raison pour laquelle le chef de l’État ne se précipite pas pour dévoiler son jeu. « Les sondages sont une photographie à un instant T. Mais il n’y a pas de dynamique, pour aucun des candidats. Il a tout intérêt à attendre », confirme un historique de la macronie.

Présidentialité

Le président, placé invariablement comme le favori de la prochaine élection, prépare minutieusement son entrée dans l’atmosphère de la campagne. Le locataire de l’Élysée a d’abord tout fait pour installer l’évidence de sa candidature, multipliant les signaux depuis plusieurs semaines. Les options sur la date et le format précis de sa déclaration sont jalousement tenues secrètes au Château par un nombre ultra restreint de fidèles. Son équipe veille surtout à ce que le moment et le mode d’expression choisis n’entament pas la « présidentialité » du chef de l’État. Car ses collaborateurs se préparent à une baisse dans les sondages au lendemain de la candidature, qu’il conviendra de combler rapidement par une campagne offensive. Dans cette perspective, le léger tassement de la courbe de popularité du futur candidat Macron, observé ces derniers jours, n’est pas de bon augure.

À LIRE AUSSIAgapes à tous les étages, en attendant Macron !« Tout le monde l’attend comme le Messie. La machine de guerre est prête. Lui attend le dernier moment », décrit un conseiller de l’exécutif. Selon nos informations, certains proches d’Emmanuel Macron lui avaient suggéré de se déclarer candidat depuis la Creuse, dès le lundi 24 janvier, au milieu des jeunes agriculteurs. Au cours de son immersion de deux jours dans la ruralité, la question lui a effectivement été posée à deux reprises, mais l’intéressé a bien pris soin d’esquiver. Pas le moment. Il faut attendre la levée des contraintes sanitaires, à partir du 2 février. Jeudi, le président est d’ailleurs allé discrètement rendre hommage à la cellule interministérielle de crise, avec le ministre de la Santé Olivier Véran. Comme s’il se préparait à se détacher progressivement de ces contingences.

La crise ukrainienne, aux portes de l’Europe, perturbe aussi le plan de vol du chef de l’État, tout occupé par les discussions diplomatiques. Depuis la Cité internationale de la tapisserie d’Aubusson (Creuse), alors qu’il décorait André Chandernagor, Emmanuel Macron s’est ensuite isolé pendant plus de deux heures pour un échange avec Joe Biden. Une liaison téléphonique sécurisée avait été installée en toute urgence. « Gérer un conflit mondial pendant une campagne, c’est compliqué », s’inquiète un parlementaire de la majorité. Certains interlocuteurs du chef de l’État l’ont trouvé fatigué, crispé au cours de son déplacement. « On sent que c’est dur », rapporte un élu. Le président, peu coutumier du fait, a abondamment donné la parole à ses ministres qui l’accompagnaient. Devant des agents de la fonction publique, il s’est même montré imprécis, se reprenant sur des chiffres.

À LIRE AUSSI« Il a la tête ailleurs » : Macron prépare sa guerre éclair« Il a vrillé en mode campagne. Mais tant qu’il est dans son costume de président, il est obligé de respecter une forme de retenue », décrypte un rouage du pouvoir. Comme s’il cherchait à créer une attente. « Le capital de communication s’épuise au bout d’un moment. Il faut veiller à cela », et donc savoir se faire désirer, ajoute un responsable de la majorité. Une fois lancé, Emmanuel Macron a l’ambition d’étouffer la concurrence, à coups de « propositions clivantes », explique-t-on dans son entourage. Histoire de réveiller une campagne et des candidats comparés à des « morts-vivants  » par Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement. « Comme il est impossible de prévoir sur quel sujet vont se cristalliser les débats, c’est à nous de mettre des sujets dans l’air », appuie un communicant du pouvoir. L’équipe de campagne travaille sur un séquençage millimétré, avec un thème décliné par semaine. La réforme de l’État, celle d’éducation et des institutions figureraient en haut de la pile du projet du futur candidat.

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