Valérie Boyer: «L’Union européenne doit combattre l’expansionnisme turc à ses frontières»

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Par Valérie Boyer LE FIGARO. 30 janvier 2022

«En pratique et à rebours des discours, notre diplomatie a fait le jeu de la Turquie d’Erdogan, qu’elle prétend combattre», estime Valérie Boyer. ADEM ALTAN/AFP

TRIBUNE – La France doit profiter de la présidence française de l’Union européenne pour s’engager contre le progrès des régimes autoritaires de la Turquie et de l’Azerbaïdjan, au Caucase du Sud et en Méditerranée orientale, argumente la sénatrice des Bouches-du-Rhône.

Depuis le début de l’année, la France a pris la présidence de l’Union européenne. Si la France entend agir au nom de l’Union, si elle entend réellement décliner le slogan de «relance, puissance, appartenance» qu’elle a déterminé pour sa présidence, elle doit donc le faire en mobilisant l’Union face à des menaces réelles et sérieuses, et qui font consensus. Elle doit le faire aussi sur des théâtres où nous avons quelques chances de trouver un terrain d’entente avec les États-Unis et même avec la Russie: pas l’Ukraine donc, probablement pas la Syrie, pas même en Afrique où Moscou mène des opérations de déstabilisation, mais peut-être au Caucase du Sud et en Méditerranée orientale. Car précisément là, l’Europe et la Russie sont confrontées à la même menace d’un expansionnisme turc agressif.

C’est en Méditerranée orientale que, non contente d’occuper Chypre depuis près de cinquante ans, la Turquie entend maintenant spolier cet État membre de l’Union européenne de ses gisements gaziers. C’est de Varosha qu’Erdogan a réaffirmé en juillet dernier son soutien à l’entité sécessionniste de Chypre du Nord pour proclamer son opposition à toute réunification de l’île que la Turquie occupe militairement. C’est de cette même zone qu’un navire de guerre du régime d’Erdogan a «éclairé» (c’est-à-dire visé) un bâtiment de notre marine nationale qui se montrait trop curieux sur les trafics d’armes opérés entre la Turquie et la Libye. C’est là aussi que, régulièrement et hier encore, de menaçants avions de combat turcs violent l’espace aérien grec. C’est là enfin que des Rafale qataris ont été analysés par les pilotes turcs – à la faveur d’exercices militaires conjoints en Anatolie – afin de se préparer à une éventuelle confrontation avec ceux que nous avons vendus à la Grèce.

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C’est au Caucase du Sud que l’Azerbaïdjan a violemment agressé à l’automne 2020 l’Arménie et la petite République du Haut-Karabakhpour s’emparer de près de 80% du territoire de cette dernière, avec le soutien logistique des drones turcs, de mercenaires djihadistes missionnés par Ankara et sous le contrôle opérationnel de l’état-major et des forces spéciales turcs. C’est à propos de ce même Haut-Karabakh que le nouveau «président» de l’entité fantoche de Chypre du Nord a glorifié, en décembre dernier, l’unité du monde turc, pour déclarer que «la victoire de ’Azerbaïdjan est aussi notre victoire». C’est enfin à la suite d’un déplacement au Haut-Karabakh que Valérie Pécresse, candidate des Républicains à l’élection présidentielle, a été menacée de mort par le président Aliev ; menaces relayées par l’ambassadeur d’Azerbaïdjan à Paris, certainement encouragé par le soutien bien trop tiède de Jean-Yves Le Drian, notre ministre des Affaires étrangères, à Valérie Pécresse.

Si nous prétendons désormais rétablir notre rôle et notre influence dans la région, nous devons faire preuve de réalisme en établissant un véritable dialogue avec la Russie sur ce théâtre régional

Au Sud-Caucase, la France avait une responsabilité, celle de la coprésidence du Groupe de Minsk en charge d’aider l’Arménie, le Haut-Karabakh et l’Azerbaïdjan à trouver une issue à ce conflit vieux de plus de trente ans. Mais, lors de l’agression azerbaïdjanaise de septembre 2020, c’est la Russie – et la Russie seule – qui est intervenue pour que cessent l’anéantissement du Karabakh et l’épuration ethnique totale de sa population arménienne. Moscou n’a pas eu ces veules pudeurs de fausse impartialité – celles qui consistent à renvoyer dos à dos agresseur et agressé – dont notre diplomatie s’est revêtue pour masquer son impuissance et sa pusillanimité. En pratique et à rebours des discours, notre diplomatie a ainsi fait le jeu de la Turquie qu’elle prétend combattre, en nous excluant de la scène régionale comme Erdogan en rêvait depuis des années.

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Si nous prétendons désormais rétablir notre rôle et notre influence dans la région, nous devons faire preuve de réalisme en établissant un véritable dialogue avec la Russie sur ce théâtre régional. Car le Caucase du Sud est l’un des rares foyers de crise où Moscou, garant du cessez-le-feu mais confronté à la pression turque, appelle à la résurrection du Groupe de Minsk et semble même prêt à accorder un certain rôle à des puissances tierces. En outre, avec Washington et Moscou, il y a une convergence totale sur l’idée que l’agression de septembre 2020 n’a nullement apporté une réponse à la question politique du statut du Haut-Karabakh.

Il est donc du devoir de notre exécutif de se saisir de cette opportunité, sûr de l’appui de l’Assemblée nationale et du Sénat, qui ont sauvé l’honneur perdu de notre diplomatie en votant des résolutions de soutien au Haut-Karabakh, demandant même la reconnaissance de cette République par la France. Tous les clignotants sont au vert sur ce dossier ; un soutien intérieur, un soutien extérieur et une fantastique fenêtre de tir que représente la présidence européenne: il est temps d’y engager les politiques de l’Union pour s’opposer à l’expansionnisme déstabilisateur des régimes autoritaires de la Turquie et de l’Azerbaïdjan, son vassal, et pour y favoriser les valeurs démocratiques européennes.

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