Affrontements russo-américains à l’ONU sur l’Ukraine

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Par Maurin Picard LE FIGARO 31 janvier 2022

Lundi, à New York, l’ambassadrice américaine auprès des Nations unies, Linda Thomas-Greenfield, a dénoncé «une agression russe, qui menace non seulement l’Ukraine mais toute l’Europe». SPENCER PLATT/AFP

RÉCIT – Washington a élevé le ton contre Moscou, qui a été soutenu par Pékin.

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Les relents de guerre froide planant sur les frontières ukrainiennes ont finalement atteint les rives de l’East River, à New York. Lundi, c’est une relique célèbre de l’ère bipolaire, justement, le Conseil de sécurité des Nations unies, qui a connu un bref regain de fébrilité diplomatique, le temps d’une acrimonieuse et médiatique passe d’armes entre les deux grands rivaux du passé.

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Washington, en réclamant la tenue d’un débat sur les «menaces à la paix et la sécurité internationales» à cause de la concentration de forces russes le long des frontières ukrainiennes, souhaitait porter le contentieux devant les caméras, après des semaines d’infructueuses négociations russo-américaines, et à la veille d’un appel téléphonique entre le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, et son homologue américain, Antony Blinken.

S’il s’agissait d’esquisser une coalition internationale en soutien à l’Ukraine assiégée et de dénoncer les manœuvres d’intimidation russes, les États-Unis en sont pour leurs frais. Certes, ils ont réussi à imposer la tenue formelle du débat, en remportant un vote préalable de procédure. Seules la Russie et la Chine s’y sont opposées, pour trois abstentions: Inde, Kenya et Gabon. Le «non» chinois est une mauvaise surprise pour Washington: les diplomates américains voulaient faire sortir du bois la Chine, en espérant qu’une distanciation marquée vis-à-vis de la Russie et de ses «garanties de sécurité» s’apparente à un revers sérieux pour Moscou, dans la mesure où Pékin défend farouchement les principes de souveraineté nationale et d’intégrité territoriale sur la scène internationale.

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Peine perdue: l’ambassadeur chinois, Zhang Jun, a sciemment employé les mêmes éléments de langage que son homologue russe, Vassili Nebenzia, moquant la «diplomatie du mégaphone» employée par les États-Unis et réclamant un cadre de discussion «plus calme», loin de l’ONU et de ses désuètes passes d’armes médiatiques, pour résoudre cette crise pacifiquement.

«Hystérie américaine»

Auparavant, l’ambassadrice américaine, Linda Thomas-Greenfield, avait tiré le signal d’alarme face à «une agression russe, qui menace non seulement l’Ukraine mais toute l’Europe» et dénoncé «la plus vaste mobilisation de troupes et d’équipement en Europe depuis des décennies». Si la Russie envahit l’Ukraine, a-t-elle conclu, «aucun d’entre nous ne pourra dire qu’il ne l’avait pas vu venir». «Je voudrais poser une question à ma collègue américaine, rétorquait aussitôt Vassili Nebenzia. D’où vient ce chiffre de 100.000 hommes qui seraient déployés à la frontière ukrainienne? Ce chiffre n’a jamais été confirmé.»

Le diplomate russe a rappelé que les États-Unis avaient déjà par le passé usé du réceptacle de l’ONU pour exposer des soi-disant «smoking guns (faits accablants)», citant le défunt secrétaire d’État Colin Powell et ses «échantillons radioactifs» censés établir l’existence d’un programme irakien d’armes de destruction massive en 2003. Pointant «l’hystérie américaine» autour d’une invasion imminente, Nebenzia a également pris soin de rappeler que la situation actuelle en Ukraine résultait du «coup d’État russophobe» survenu à Kiev en 2014, et a tancé l’arrivée au pouvoir de «purs Nazis». Il a poursuivi en reprochant aux Occidentaux de laisser «célébrer des héros qui ont combattu aux côtés de Hitler, et tué des Polonais, des Russes, des Ukrainiens».

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Ukraine: Moscou accuse Washington de vouloir «créer l’hystérie» avec une réunion à l’ONU – Regarder sur Figaro Live

«La notion de sphères d’influence n’a pas sa place au XXIe siècle», a commenté pour sa part l’ambassadeur français, Nicolas de Rivière, appelant au respect des accords de Minsk, signés en 2014, et censés régir le cessez-le-feu en Ukraine orientale. Il a en outre plaidé pour la poursuite des efforts diplomatiques, avant la réunion de Berlin début février en «format Normandie», à quatre (France, Allemagne, Ukraine, Russie), suivant celle de Paris le 27 janvier.

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