Luc de Barochez – Pékin-Moscou, l’axe anti-occidental

Scroll down to content

ÉDITO. Le sommet Poutine-Xi, à l’occasion des Jeux olympiques de Pékin, consacre un partenariat dont profite surtout la partie chinoise.

Vladimir Poutine et Xi Jinping en sommet virtuel, le 15 decembre 2021.
Vladimir Poutine et Xi Jinping en sommet virtuel, le 15 décembre 2021.© MIKHAIL METZEL / SPUTNIK / AFP

Par Luc de Barochez Publié le 01/02/2022 LE POINT

Au plus fort de la guerre froide, Américains et Européens voyaient l’Union soviétique et la Chine comme un bloc indissociable. Il a fallu que les deux géants communistes soient au bord de la guerre, en 1969, pour qu’enfin les Occidentaux comprennent que la concorde ne régnait pas entre eux. Le président américain Richard Nixon, conseillé par Henry Kissinger, saisit l’occasion d’ouvrir des relations avec la République populaire afin d’affaiblir l’URSS. Son voyage à Pékin, en avril 1972, fut un coup de maître.

Nombreux sont les stratèges en chambre qui prétendent que l’Occident devrait, sur le modèle de 1972, mais à l’inverse de celui-ci, sacrifier l’Ukraine et s’allier avec Moscou pour faire pièce à Pékin. Mais autant l’Occident avait sous-estimé l’hostilité réciproque entre la Chine et la Russie il y a un demi-siècle, autant ceux qui pensent possible de détacher l’une de l’autre aujourd’hui négligent la solidité de leur axe.

Les deux pays sont unis par une commune aversion à l’égard du monde démocratique et de la puissance américaine. Ensemble, ils entendent promouvoir l’autoritarisme, semer la discorde entre les États-Unis et leurs alliés et empêcher toute contagion libérale qui pourrait ébranler leurs régimes. Ils ont fait cause commune depuis qu’ils ont réglé leur différend frontalier en 2005, et plus encore depuis que Vladimir Poutine a défié l’Occident en avalant une partie de l’Ukraine en 2014.

À LIRE AUSSIRaphaël Glucksmann : « Russes et Chinois assurent la retraite dorée de dizaines de décideurs politiques d’Europe »

Mon « meilleur ami »

La visite que le président russe doit effectuer à Pékin le 4 février, à l’occasion des Jeux olympiques d’hiver, devrait permettre d’approfondir encore le partenariat. C’est la première fois depuis le début de la pandémie il y a deux ans que le dirigeant chinois Xi Jinping doit rencontrer un dirigeant étranger en personne plutôt que par lien vidéo. Rien ne saurait être trop beau pour celui que Xi appelle son « meilleur ami ». Les deux protagonistes ont été pareillement traumatisés par la chute de l’URSS en 1991. Poutine y a vu une catastrophe pour les ambitions impériales de son pays et n’a de cesse de les restaurer ; Xi en a retenu la leçon que s’il voulait préserver son propre règne, il lui fallait étouffer sans pitié les aspirations à la liberté.

Leur accointance est mutuellement avantageuse. Moscou contribue à améliorer les capacités militaires de la Chine et à satisfaire son immense appétit d’hydrocarbures. Pékin aide la Russie à lutter contre l’effacement géopolitique, à amortir les sanctions économiques occidentales et à accroître sa profondeur stratégique face à Washington. Les deux armées organisent des manœuvres militaires conjointes de plus en plus sophistiquées. Le commerce bilatéral a atteint un record de 140 milliards de dollars l’an dernier.

À LIRE AUSSIGérard Araud – Sergueï Lavrov, la (talentueuse) voix de son maître

Comme il se doit entre deux dictatures, la relation n’est pas exempte de non-dits et de méfiance. Vladimir Poutine, en particulier, ne peut pas se satisfaire qu’elle soit de plus en plus déséquilibrée au profit du colosse économique chinois. La Russie en est devenue le premier débiteur, avec une dette de 125 milliards de dollars, selon le site américain AidData. Les investissements chinois en Sibérie sont décevants et Pékin n’a pas validé l’annexion russe de la Crimée.

La Russie stalinienne se posait avec fierté en « grand frère » de la jeune République populaire de Mao. Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, prend la peine d’expliquer ces temps-ci qu’elle n’est pas devenue le « petit frère » du géant chinois. Elle se glisse pourtant, lentement mais sûrement, dans le rôle d’un vassal de Pékin. Un vassal qui, tant que Poutine voudra maintenir le peuple russe sous sa férule, n’a pas d’alternative stratégique. Il est temps pour ceux qui rêvent encore de ramener cette Russie-là vers l’Europe d’abandonner leurs chimères.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :